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Au pays de Clara Croche (consultez aussi mes archives!)

Thursday, July 23, 2009 

Current mood:désabusée
Des bras entourent son corps lourdement, elle voudrait s'en détacher mais ne bouge pas de peur de le réveiller. Le sommeil fut lourd, comme couvert d'une couverture épaisse en pleine canicule.

Elle l'aime bien.
Elle voudrait pourtant partir ou même mieux, être déjà ailleurs.

Il dort à point fermé. Il la voulait hier soir, la voudra t'il encore en se réveillant?

Elle, elle ne sait plus bien. Elle sait que son bras épais l'empêche de bouger, de sortir, du lit, de prendre une douche, de regarder ces mails, d'appeler une amie, d'ouvrir les volets, de voir la vie autour d'elle. Elle attend. Puis, elle tente de bouger son bras sans qu'il ne s'en aperçoive, il bouge, un peu, et retourne à son sommeil.

Elle se lève, prend sa douche, va faire la vaisselle de la veille, regarde ses mails, appelle son amie, ouvre les volets, regarde la vie dehors. Elle voudrait qu'il soit éveillé, peut-être même qu'il s'en aille. Elle voudrait autre chose. Quoi? Bonne question.
Elle voudrait un monde où ça ne se passe pas ainsi.
Elle voudrait être heureuse de traîner dans un lit avec un homme. Elle voudrait se satisfaire de le regarder dormir comme un doux ange. Elle voudrait avoir envie de lui préparer un bon café, d'aller lui chercher des viennoiseries.

Au lieu de ça, elle ne sait même pas de quoi elle a envie. Elle a la sensation que le superficiel, la vacuité l'emportent sur le désir, l'envie de rencontrer vraiment l'autre.

Il se lève, tard.
Ils boivent un café. Il a envie qu'elle vienne avec lui retrouver des amis.
Ils y vont.

Saturday, August 16, 2008 

Current mood:figée

Depuis que je suis enfant, je rêve d'être une poupée.

Au départ, je rêvais de ces jolies poupées avec de grands yeux clairs et disproportionnées. Je rêvais de ces franges bien taillées, de ces petites nattes. J'aurais eu une jolie robe rose avec plein de volants, le nez retroussé et la bouche entrouverte. On m'aurait habillée, rhabillée, maquillée, coupé les cheveux n'importe comment, laissée traîner au fond d'un lit.

Ensuite, j'ai rêvé de ces poupées qui ont des voitures, des sacs à main, plein d'accessoires, avec une taille fine comme une allumette, des cheveux décolorés, du gloss sur les lèvres, sans sexe mais pourtant si sexuées… On m'aurait mariée, faite partir en vacances, promener mon chien. On m'aurait mis des boucles d'oreilles, des habits pour faire l'infirmière, la femme d'affaire ou bien le policier.

Puis j'ai rêvé d'être une de ces poupées que certains hommes mettent dans leur lit quand ils sont seuls : étendue, gonflée à bloc, la poitrine regardant le ciel, le sourire béat, offerte. On m'aurait serré très fort, on m'aurait laissée déshabillée, on m'aurait dégonflée. J'avais atteint un point de non-retour.


A force de rêver d'être un jouet, un objet divertissant, j'ai perdu la parole. Cela ne me dérangeait pas plus que ça au départ. Je souriais, je posais, je défilais.

Ensuite, à force de rêver d'être un jouet, un objet récréatif, j'ai perdu le mouvement. Je me souviens : je souriais. Je me suis dit que c'était une chance d'être immobilisée avec le sourire.

Puis, à force de rêver d'être un jouet, un simple jouet, je suis devenue une poupée comme tous, toutes, avec moi, le désirions.

Derrière ma vitrine, je suis fière, je suis la première femme à être parvenue à me changer en poupée par ma seule et unique volonté. Personne ne m'a imposé quoi que ce soit, je suis devenue celle que, au plus profond de moi, je…

Enfin, je n'ai plus pu penser.

Saturday, August 16, 2008 

Current mood:rêveuse

Elle aurait voulu vivre comme dans les contes aux princes et aux princesses...
Il lui avait crée un monde où ils volaient tout les deux au-dessus d'un monde de lilliputiens, où il la sauvait de ses cauchemars lourds, où ils se racontaient des histoires à en faire pâlir les contes de fées d'antan. Ils avaient rêvé ensemble avant même de s'aimer. Ils s'étaient aimés avant même de se rencontrer. Mais les rêves éveillés ont forcément une fin sauf dans les beaux livres reliés d'or. Il était parti.
Et elle était retournée à l'amère réalité, pas encore consciente que c'était peut-être la dernière fois qu'elle faisait partie d'une étoile filante.
Elle avait cru qu'elle rêverait à nouveau, qu'elle vivrait à nouveau la réalité des histoires inventées. Mais tout était tellement compliqué...
Ils lui avaient demandé de l'aimer avant d'avoir pu fantasmer de belles vraies histoires.
Enfermée dans ses rêves, du haut de sa tour fantasque, il lui fallait attendre d'avoir les cheveux assez longs pour laisser glisser ses deux nattes et qu'un prince, de chair et de sang, escalade vaillamment cette tour d'illusions.

Sunday, August 03, 2008 

Current mood:  warm
J'ai bu dans une bougie
Une larme de chaleur,
Une gorgée de lueur,
Quelques goutte d'une flamme.

J'ai bu dans une bougie
Une fumée désaltérée,
Une cire éthylique,
Quelques chaleurs vaporeuses.

J'ai bu dans une bougie
Le désir éphémère.
Sunday, August 03, 2008 

Current mood:équilibriste
Un éléphant s'amusait sur le bord de la fenêtre.
Sa trompe frôlait le mur extérieur. Il se penchait, se penchait, avançait ses oreilles, ses yeux. Il se penchait, se penchait, mettait ses deux pattes avant hors de l'immeuble fanimalier. Appuyé sur son gros ventre, l'éléphant décolle ses pattes arrières, joue avec le vide, transgresse sa condition pachidermique.
Les pattes en éventail, le visage levé vers le ciel, sa trompe et ses oreilles jouent à se poser sur l'air.
L'état d'ivresse le prend, une sorte de vertige jouissif qui l'anime, qui lui donne prise sur son environnement.
Il flotte, joue à l'équilibre précaire, baisse la trompe, lève les pattes. Il ressent l'ivresse des grandeurs, bascule, manque de tomber et retrouve son équilibre.
Nul filet au dessous de ces volets, il pourrait s'écraser comme une souris au sol et la grosse bête se réduirait alors à néant.
Vie d'éléphant joueur qui nous balance entre le dedans et le dehors, entre la terre et le vide...

Saturday, June 28, 2008 

Current mood:fantasque

Je pleurais le polystyrène de notre amour. La cellophane commençait déjà à couvrir nos membres et le bleu de tes lèvres coulait le long de mes seins. Doit-il vivre ou mourir cet amour qui est encore dans notre ventre maternel ?

Ça s'effrite avant même d'avoir été un. Ça dégouline avant le solide.

Je le sens, ça coule entre mes doigts, ça pleure le long de ma cuisse.

Et toi, ça te fait quoi ?

Monday, February 18, 2008 

Current mood:  drained

Lorsque mes paupières se sont ouvertes, j'ai ressenti comme un gant de boxe dans le diaphragme, comme une pierre dans le fond de ma gorge : j'avais perdu ma voix...

Perdu ma voix : j'ouvre la bouche, je met mes cordes vocales en vibration et... rien plus rien... Je me vois déjà, une pancarte au dessus de la tête, entre le lion qui saute dans le cerceau enflammé et le phoque faisant tourner un ballon sur son nez : la chanteuse sans voix

Je commencerais à chanter sans que jamais aucun son ne sorte du tréfond profond de ma gorge. Les gens hilares riraient à gorge déployée comme quand ils voient un clown triste tomber...

Et moi, impuissante marionnette dans ce théâtre de guignol, impuissante à protester, impuissante à prononcer la moindre bribe orale... Ils rient de plus belle me voyant m'agiter dans tout les sens : le corps pour exprimer les mots et maux...

Tout est flou et trouble comme une promenade en plein brouillard... Et la vie éveillée me rappelle à elle de toute sa force et me sors indemne des lourds méandres du sommeil... L'humanité reprend ses droits.

Monday, February 18, 2008 

Current mood:égale

Point de jouet, point de dominé,

S'il s'agit d'être, de partager,

L'homme, par ma parole, loin d'être chattré,

N'en est que d'autant plus respecté.

Par moi, Femme, ne soit point inquiété.

Aimes-moi comme ton égal, un autre-toi,

Et de ma bienveillance, convaincs-toi.

 

A l'humanité

Sunday, February 17, 2008 

Current mood:  artistic

Une petite frappe discrète sur la porte. Ce genre de petite frappe qui s'excuse déjà d'être là avant même d'avoir été introduite. Ce devait être elle : une petite jeune fille croisée dans une de ces soirées où je crois toujours que personne dans les lieux n'a jamais lu une seule de mes lignes, où je me crois inconnue. Elle me dit : « Je suis une jeune écrivain, j'aimerais faire un stage à vos côtés, comprendre comment vous écrivez. »

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Certes très valorisant, je ne comprenais ni la démarche, ni ce que je pouvais lui apporter en l'acceptant à mes côtés mais la curiosité, une fierté un peu mal placée, et j'avais dit oui.

Je vais donc répondre à la porte à cette grande enfant, les cheveux bien rangés et le sourire brillant à lèvres. Elle porte un pantalon noir, le pli bien marqué à l'avant, un T-shirt noir pailleté de « Paris by night », une veste courte ajustée. A son bras, un petit sac noir en cuir. Un instant, j'ai eu un sourire : une petite banquière dans la peau d'un écrivain. Je la fais entrer avec les diverses formules de politesse, lui propose un café qu'elle refuse.

 

Nous nous installons à ma table, je remplis ma tasse, allume une cigarette et la regarde :

« Bon, expliquez-moi votre demande, ce que nous pouvons faire ensemble, ce que je peux vous apporter.

« Je ne veux pas que vous changiez quoi que ce soit en ma présence. J'aimerais vous regarder, voir comment vous travaillez, quel rythme, quelle discipline, …

Je ne pus retenir un sourire.

- je ne suis pas le moins dérangée par votre requête mais que pensez-vous apprendre en me voyant taper sur mon ordinateur, aller au bistrot du coin ou me rendre à la bibliothèque ?

- Je ne sais pas, madame. Je ne sais pas, c'est pour cela que je suis là. »

- Très bien, nous verrons. Suivez-moi. »

 

Je prend une tasse de café, mon paquet de cigarettes, vais dans mon bureau. Elle me suit docilement. Cette jeune fille bien rangée, suivant mes pas sur la pointe des pieds, m'amuse tant.

Je m'installe à mon ordinateur, l'allume, ouvre le document de mon dernier ouvrage. Je la sens à mes côtés aussi attentive à mes gestes que si je faisais une opération à c--ur ouvert. Un peu gênée au départ, mes mots finissent par m'avaler comme toujours et j'écris, nourrie de nicotine et de caféine.

Mes séances d'écriture attablée se finissent toujours par cette grande bouffée, ce profond soupir qui m'indique que c'est fini, que la plume est sèche. Je me lève et lui dit : « Je vous préviens, je mange peu sauf lorsque je suis à table avec des amis ».

Je vais dans la cuisine, attrape la première chose que ma main atteint, et l'enfile dans le micro-onde. Dix minutes après, le repas est mangé et nous mettons nos manteaux.

« Tous les jours, je vais au café, j'écris sur mon cahier ce que je vois, ce qui se passe dans ma tête, mes sensations. Vous pouvez m'accompagner mais je ne peux pas vous laisser lire ce que j'écris »

 

Nous arrivons au bar. Je salue le patron, mes amis habitués déjà bien attaqués par les bouffées éthyliques. Ils regardent à peine ma jeune stagiaire. Ma table est libre, nous nous y installons. Je sors mon cahier et amorce mon observation. Le serveur s'assoit à mes côtés, comme souvent lorsque peu de clients sont là, et commence son petit numéro. Il parle à ma jeune amie lui expliquant les soi-disant charmes surnaturels qui m'appartiennent, je lui souris : « Ne choque donc pas ce jeune esprit angélique, tu sais bien… Toutes mes nuits avec toi… Mais à distance… ». Nous partons d'un éclat de rire et il retourne à son service.

Quelques heures passent, entre prise de notes, sourires et discussions avec les gens. J'aime ces gens, ils ne me regarderont jamais comme un écrivain mais simplement comme une femme qu'ils apprécient, avec qui ils peuvent rire, se confier. Des années que nous nous côtoyons quotidiennement, qu'ils font partie de ma vie, de mes livres, de mes pensées.

Sur le départ, j'indique à ma stagiaire la fin de ma journée de travail mais lui propose de dîner avec moi.

Sunday, February 17, 2008 

Current mood:  curious

Je n'aime pas les grands cafés, ceux où il y a tellement de monde qu'on ne voit personne, ceux où les serveurs n'ont pas le temps de nous regarder mais seulement de prendre commande.

Alors que dans les petits bistrots, on rencontre l'autre, on le reagarde vivre même l'espace de quelques secondes. On a le temps d'être là. Parce que moins nombreux, dans un lieu plus petit, ça se verrait si on était pas complètement là.

D'ailleurs, quand j'écris dans un grand café, personne ne me voit jamais l'observer sauf s'il a envie de me séduire. Alors que dans un petit bistrot, je dois toiser discrètemement, faire mine de faire autre chose. Souvent, on me surprend,  on me jette un regard insistant, parfois méfiant, parfois bienveillant.

La vie des autres, c'est un morcellement d'humanité que j'ai envie de collecter, de garder intact. Ces morceaux d'humanité, c'est un peu plus d'humanité en moi. Un simple regard franc, droit dans les yeux pour dire à l'autre : je te reconnais comme un autre-moi et non simplement comme un serveur, la femme du guichet, un éducateur, un policier.

Tu es un bout d'humanité hors de moi qui peut entrer dans moi. C'est ça regarder les autres vivre, les reconnaitre dans leur humanité.

Alors tanpis, aujourd'hui c'est un grand café, essayons tout de même de les regarder, de les voir avec intention, d'aprivoiser leur espace...

clara croche

clara croche


Last Updated: 7/23/2009

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