Le visage est intact, et la main qui l'a dérisoirement protégé...
Peu de monde dans cette rue où tous rasaient les murs ; une femme âgée devant moi. De temps en temps, au loin, au près, le bruit sourd d'une explosion ou la stridence d'un avion au ras des toits.
Un camion passe très vite... Trop vite : il va rater le prochain virage. Est-ce son chargement de bouteilles de gaz qui m'alerte ? Je m'enfonce dans l'encoignure d'une porte et entend le déchirement des tôles quand il s'encastre dans un porche à quelques dizaines de mètres, et puis l'explosion avec un mur de feu qui passe devant moi, et puis le silence absolu...
Pas une égratignure, pas un cheveu roussi, juste assourdi : la baraka ! Pour moi du moins, pas pour les autres passants...
La vieille femme à terre m'appelle du regard. Je m'agenouille et prend sa main. Je l'accompagne de tout l'amour dont je suis encore capable, dans les trente dernières secondes avant son éternité. Les sirènes des secours me parviennent faiblement, et quand sa main se relache définitivement, je m'éclipse pour aller vomir... seul pour longtemps.