« - Vous n'avez plus vingt ans… Il faut vous surveiller d'un peu plus près !
- Bof ?
- Et votre surcharge pondérale !
- Vous trouvez ?
- Il faudrait passer de 95 à 80, ou mieux à 78 kilos, tout doucement, en un an ! Et puis, il faudrait lever un peu le pied : combien travaillez-vous par semaine ?
- Je ne compte pas.
- Vous vous souvenez de votre planning de la semaine dernière ?
- (Je compte) 92 heures !
- Vous avez entendu parler des 35 heures ? »
Un peu secoué par ma petite défaillance cardiaque, je suis l'avis de Diaphoirus, du moins pour le poids, car je trouve que mon rythme de travail me convient : quand on aime, on ne compte pas ! Et comme « celui qui veut peut », je perd les dix-sept kilos en un an pile de poissons et légumes à la vapeur (sans sauce !).
Ouf ! Sauvé ! Et non, c'est là que les ennuis commencent vraiment !
Car les amis, au vu de mon nouveau format, paniquent et se livrent à des tas d'hypothèses sur mon état de santé : « Ce pauvre Alain… Il n'est plus que l'ombre de lui-même… Un ancien pilier… Il doit déprimer, ou alors, il a quelque chose de grave… ».
Et ils se mettent en tête de me redonner les rondeurs qui, selon eux, conditionnent ma joie de vivre. Ce ne sont qu'invitations à repas fins et festivités, auxquels j'ai le plus grand mal à résister, d'autant que j'apprécie toujours la bonne chère. Celui qui n'a jamais prétendu stoïquement préférer le saumon mal cuit, tout en lorgnant sur les ris de veau aux morilles de ses commensaux, ne peut pas comprendre !
La lutte pour maintenir mon nouveau poids devient inégale et le curseur de mon pèse-personnes repart lentement mais inéluctablement à la hausse, jusqu'à ce que je réagisse en déclinant toute invitation.
Nouveau chœur d'amis consternés par « ma déprime », mais je maintien ma porte close et me réserve aux amis virtuels, beaucoup moins dangereux, en me répétant tous les matins la prière de Talleyrand :
« Seigneur, protégez-moi de mes amis,
mes ennemis je m'en charge »