« Ils ne bombardent plus ! » La rumeur court, et semble se vérifier : une heure passe sans ces salves qui rythment les jours et les nuits toutes les vingt minutes. D'après mon interprète, la radio annonce une trêve de vingt quatre heures.
Ma voiture se joint au convoi qui s'improvise. Je ne suis pas franchement rassuré, car la file est trop longue et nous mettrons bien plus de vingt minutes ; si la trêve est rompue, les derniers resteront sur la route, et j'en fais partie…
Vingt minutes sans problème, l'heure fatidique passe sans salve… cinq bonnes minutes encore pour atteindre Tyr, je me détends un peu. Et puis c'est le pépin.
Un hélico de Tsahal nous survole, puis se met en vol stationnaire à une cinquantaine de mètres de nous. Nous continuons à avancer, que faire d'autre ? Il pivote doucement et pointe son sale museau sur ma voiture. Je me dis que mon parcours va se terminer sur cette route cratérisée d'un pays martyr, que j'ai choisi, que c'est mieux que de partir après six mois de cancer… mais ces bonnes raisons ne m'empêchent pas d'avoir peur – seuls certains fous et les menteurs peuvent se vanter de n'avoir jamais eu peur !
Ouf ! Il change de cap, nous dédaignant… puis il revient sur nous. Le jeu du chat et de la souris n'amuse pas la souris, je vous le garantis. Il se livre plusieurs fois à ce manège ; je distingue bien les casques de l'équipage, ils doivent se marrer.
Et puis il s'éloigne de nous et recommence son jeu avec une voiture devant nous, puis une autre plus loin… j'en ai honte, mais j'éprouve un soulagement certain ! Une dernière volte et il se décide – l'heure du déjeuner approche sans doute – balançant sa purée mortelle sur une cible hautement stratégique : une ambulance dûment signalée par son croissant rouge.
La femme qu'elle amenait à la maternité n'aura plus besoin d'être délivrée.