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Alain



Last Updated: 11/17/2009

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Sunday, March 11, 2007 

« Tu n'irais pas les caresser comme lui, hein ? »

Franchement, les crocodiles peuplant les douves du palais présidentiel de Yamoussoukro n'ont pas l'air très avenants. N'allez pas imaginer des douves à la façon des châteaux de la Loire, mais à la dimension africaine : dans les trois cents mètres de large. Et à la surface de l'eau boueuse flottent des centaines de troncs d'arbres, les bestioles à l'affut, car le troupeau de vaches livré ce matin n'est plus pour eux qu'un lointain souvenir.

Une demi-douzaine d'entre eux se chauffent au soleil sur une petite plage à côté de la porte d'enceinte : des caïmans de trois à quatre mètres de long qui semblent dormir, mais sont assez éveillés pour attraper au vol, sans jamais les manquer, les morceaux de viande que le « berger » leur jette. La vivacité de ces monstres est étonnante. Et de temps en temps le berger va en caresser un, très prudemment.

 

Mes accompagnateurs ont manifestement oublié qu'un « expert » doit relever tout ce qui peut ressembler à un défi sous peine de perdre son crédit… moi pas ! Aussi, je ne fais ni une ni deux et enjambe le garde-corps ; mon geste est si inattendu que personne ne songe à m'en empêcher.  Dans le silence de mort qui s'est abattu sur nous, je n'entends plus que mon cœur, qui bat vraiment très fort !

J'ai bien observé comment faisait le berger, et me conduis exactement comme lui. Je choisis un crocodile isolé des autres ; c'est le plus gros, mais il est bien placé, la tête tournée vers l'eau. Je peux donc l'approcher en restant du côté de la terre ferme, sans risquer me faire couper la retraite.

Je me penche ensuite lentement, en gardant les jambes en dehors du demi-cercle que pourrait balayer sa queue, et du bout des doigts je tapote délicatement l'extrémité de l'appendice caudal… sans réaction du monstre.

J'ai rempli mon contrat et recule vers la barrière, sans perdre mes agneaux des yeux ; deux d'entre eux ont discrètement amorcé leur reptation dans ma direction, mais il leur manquera plusieurs secondes, je peux donc sortir dignement, en faisant mine de ne pas me presser.

Le silence est alors rompu par les hurlements de joie des assistants. Mais le plus étonné, c'est peut-être moi, quand je constate que les spectateurs sont devenus presque aussi pâles que moi !

Et puisqu'il faut une morale à toute histoire, tous ont vite retrouvé leur verve et leur couleur, celui qui m'avait provoqué a été licencié le soir même, l'histoire a fait le tour du pays et plus aucun Ivoirien ne s'est avisé de me défier… Un regret quand même : mes accompagnateurs ont été tellement sidérés qu'aucun n'a pensé à prendre une photo ; dommage pour mes archives !

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Melle Mela

 
arhhhhg j'ai peur de ces petites bêtes!!!!
 
Posted by Melle Mela on Sunday, March 11, 2007 - 6:49 PM
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Alain

 

Moi aussi : il faut être fou ou idiot pour ne pas en avoir peur.
Mais " Quand faut y aller, faut y aller "...


 
Posted by Alain on Sunday, March 11, 2007 - 6:55 PM
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mais quelle mouche vous avait donc piquée?

en tous cas chapeau!


 
Posted by on Sunday, March 11, 2007 - 7:09 PM
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Alain

 

Heureusement qu'aucune mouche ne m'a piqué, ça m'aurait déconcentré !

Plus sérieusement : dans beaucoup de pays, un expert n'est écouté que s'il a un peu de panache ; alors, il faut de temps en temps prendre un peu de risques, en les calculant au mieux.


 
Posted by Alain on Sunday, March 11, 2007 - 7:17 PM
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Franck Cécile
Franck Cécile

 

Mais si Alain il y a eu une photo ...

 


 
Posted by Franck Cécile on Sunday, March 11, 2007 - 7:06 PM
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Alain

 

Et très ressemblante, en plus...

Mille et un merci !


 
Posted by Alain on Sunday, March 11, 2007 - 7:20 PM
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Estelle-Luvstory

 

Cela fait un moment que je ne suis venue ici alors je passe et je me retouve embarquée dans une histoire ...  que dis-je, une aventure surprenante au milieu des crocodiles.

Décidément, vous nous étonnerez toujours... et comme vous dites, dommage que les archives n'aient pas gardé en leur sein un souvenir si mémorable! 

Très bonne fin de soirée Alain.

Estelle.


 
Posted by Estelle-Luvstory on Sunday, March 11, 2007 - 9:20 PM
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Alain

 

Et j'en ai eu bien d'autres.

Je me suis bien amusé dans ma vie...


 
Posted by Alain on Sunday, March 11, 2007 - 9:40 PM
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Mutants Anachroniques

 
De Parempuyre à Yamoussoukro, ce n'est peut-être pas "le dernier roi d'Ecosse" (vu le film?) mais pourquoi pas le dernier duc d'Aquitaine? Ton texte souffre cependant un peu d'une absence de contexte --- "expert", "défi", on aimerait savoir de quoi il retourne exactement! Ou est-ce là de notre part un excès de prosaïsme? --- (N'oublions pas que tu passes ici de la poésie au roman d'aventure!) --- Difficile en tout cas d'apprécier la morale de l'histoire sans plus de détails susceptibles de l'éclairer, même si nous avons conscience que vu la structure éclatée de notre livre-site (Stase.org, où sont les textes mis en lien sur le blog), on pourrait élever au sujet de nombre de nos textes la même objection!!!
 
Posted by Mutants Anachroniques on Monday, March 12, 2007 - 12:25 PM
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Alain

 
Je fais confiance au lecteur pour imaginer le contexte qu'il souhaite. C'est peut-être ma part de poésie... et puis cela induit des dialogues féconds.
 
Posted by Alain on Monday, March 12, 2007 - 12:32 PM
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Vanessa

 
C'est malin ! Moi aussi j'ai pâli à lecture de ce texte... je n'ose imaginer si en plus, il avait été accompagné d'un reportage photographique....
 
Posted by Vanessa on Monday, March 12, 2007 - 2:55 PM
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Alain

 

Je ne sais pas si je recommencerais : il y a dix ans, j'étais plus rapide !

Et pour les photos, d'habitude je convoque la télé, mais là j'ai été pris de court... désolé   ;-)


 
Posted by Alain on Monday, March 12, 2007 - 5:38 PM
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LUNATIKK

 

éh bien quelle aventure...nous avons un alain aventurier parmis nous, ALAINS JOHNS lol

et bien bravo impressionnant ;o)


 
Posted by LUNATIKK on Monday, March 12, 2007 - 8:07 PM
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Alain

 
Tu as raison : j'étais très impressionné, MDR
 
Posted by Alain on Monday, March 12, 2007 - 8:36 PM
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Alain

 
Chut ! Tu vas rendre les autres amis jaloux...
 
Posted by Alain on Monday, March 12, 2007 - 9:43 PM
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Alain

 
Tu as raison : j'adore la vie, d'autant plus que je la risque de temps en temps...
 
Posted by Alain on Tuesday, March 13, 2007 - 7:09 PM
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Alain

 

Tu as raison, je vais loin, mais jamais trop... jusqu'à maintenant.

Quand je suis en situation de danger (environ deux mois par an depuis trente ans), j'observe et j'enregistre tout avec beaucoup d'attention. C'est pour ça que je suis toujours là. A Beyrouth (mon premier blogue) si je n'avais pas réalisé en une fraction de seconde que le camion roulait trop vite, qu'il était chargé de gaz et que j'avais une encoignure à côté de moi, j'aurais été le quatre-vingt quatorzième mort de cet attentat.

Quant à celui qui m'a défié, son ton sous-entendait nettement un "pauvre blanc" qui ne pouvait me laisser indifférent. Il a joué, il a perdu...


 
Posted by Alain on Tuesday, March 13, 2007 - 10:15 PM
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Quelle frustration de savoir que tu as si peu de temps pour écrire davantage. C'est un tel plaisir de te lire. 
 
Posted by on Wednesday, March 14, 2007 - 11:29 AM
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Alain

 

D'une plume de ta qualité, le compliment me touche.

Merci !


 
Posted by Alain on Wednesday, March 14, 2007 - 11:34 AM
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Alain

 
Honnêtement, j'aurais plus hésité avec des mygales qu'avec des caïmans !
 
Posted by Alain on Wednesday, March 21, 2007 - 1:26 PM
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[ D e s p o r t ]

 
salut Alain
tu pouvais tranquillement aller caresser
le croco sans crainte, ils sont sacrés
comme ceux du burkina
q'on enterre comme des êtres humains
à leur morts; comme les serpents au gabon...
ces bêtes sacrées sont les amis des hommes
c'est comme ça
desportivement
 
Posted by [ D e s p o r t ] on Sunday, March 25, 2007 - 2:03 PM
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Alain

 
Sacrés sûrement, mais inoffensifs... peut-être.
Je veux bien te croire, mais à voir la tête de mes accompagnateurs, ils n'étaient pas sûrs de la bienveillance de ces bestiaux.
 
Posted by Alain on Sunday, March 25, 2007 - 2:41 PM
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~ Soledad Official Myspace~

 
<P>J'aurais aimé être là ... mais pas spectatrice !!!! </P><P>Mes nombreux voyages m'ont appris a vivre avec ce que bon nombre avoue avoir peur ou en être phobique... je ne cherche pas le danger , je le mesure et je l'apprivoise.... comme toi je dois avoir hérité d'un côté aventurier qui me pousse souvent a aller à la rencontre de l'inconnu ... et l'inconnu est parfois beau et laisse en moi des traces de vie... je crois que je pensais à l'Afrique en écrivant cela...</P><P>Merci pour ce texte .... baisers.</P>
 
Posted by ~ Soledad Official Myspace~ on Monday, May 21, 2007 - 5:29 PM
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Alain

 
Nous aurions pu aller les caresser main dans la main. C'aurait été plus agréable que tout seul !
Comme toi, je ne cherche pas le danger, mais il me trouve parfois. Et les traces qu'il m'a laissées sont des traces de mort...
Merci à toi, et mille et un bisous.
 
Posted by Alain on Monday, May 21, 2007 - 6:05 PM
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Alain

 
Je ne sais pas si c'est du courage...
En tout cas, quand on est coincé, il faut essayer de sortir par le haut !
 
Posted by Alain on Saturday, May 26, 2007 - 9:25 AM
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