Voilà que je joue à l'écrivain, au Markus Leicht !
Mais je n'oublie pas que j'ai quelques amis(ies) formidables…
Markus était un petit enfant sans histoire, qui allait sagement à l'école tous les jours, ne rechignait pas à faire ses devoirs, mais était très distrait : il oubliait régulièrement ses livres de classe à la maison, rebouchait mal ses tubes de peinture qui coulaient dans son cartable. Il se démarquait aussi de ses petits camarades par son amour des livres, principalement les histoires de science fiction ! Il adorait courir à la bibliothèque pour dévaliser le rayon en question, ainsi que celui des bandes dessinées.
Et puis surtout, il était fou amoureux de sa maîtresse : Elodie ! Déjà, rien qu'à prononcer son prénom, son petit cœur d'enfant fondait. Il la regardait avec un sourire béat, et se démenait comme un fou pour avoir de bonnes notes, et des compliments de cette jolie jeune femme aux cheveux longs et bruns, et aux yeux plein d'étoiles brillantes quand elle souriait. Pour lui, elle était la plus belle femme du monde, après sa maman bien sur.
Ce jour là donc, cours de science. Tout le monde devait planter un bulbe, une racine ou une petite plante et l'amener à l'école, pour suivre l'évolution au fur et à mesure. Elle avait soigneusement marqué les pots du prénom de chaque enfant, et les avait alignés sur les rebords des fenêtres. Markus avait amené un petit cactus. Dès qu'elle l'avait vu, elle avait souri « oh, comme il est mignon ton petit cactus ! » Ha, comme il était heureux, il souriait de toutes ses dents. Il aimait bien les cactus, même si c'était tout piquant ! Et puis, il était le seul à y avoir pensé !
Que n'aurait-il fait pour un sourire de d'Elodie, un mot gentil ! Elle leur demandait parfois d'inventer des histoires, de raconter leur vacances, de résumer un livre. Ce jour là, il fallait écrire une histoire fantastique. Lui, il avait inventé une histoire d'extra-terrestre déguisé en canapé rouge ! Il en avait d'ailleurs écrit 3 pages, au lieu des « 20 lignes minimum » imposées. Elle l'avait vraiment félicité, en lui disant qu'elle avait beaucoup ri ! « Mais quelle imagination, mon petit ! Tu finiras écrivain, toi ! Tu m'enverras tes livres dédicacés, hein ? Tu n'oublieras pas ? Je suis dans l'annuaire. Et puis, quand tu seras célèbre, tu leur diras à tous, que tout petit, ta maîtresse Elodie Brun te l'avait prédit ». Ha quel bonheur, cette maîtresse ! Pourvu que l'année scolaire ne finisse jamais !
Peu de temps après, au début d'une récréation, il vint la voir en particulier, et lui posa une question pas ordinaire :
« S'il vous plait Maîtresse, dites moi, pourquoi dit-on que les extra-terrestres sont des petits hommes verts ? »
Déconcertée par cette question, elle lui fit répéter :
« Pardon Markus, je n'ai pas compris ?? »
« Pourquoi dit-on que les extra-terrestres sont des petits hommes verts ? Répéta-t-il . Pourquoi verts ? »
Alors là, elle cru que le ciel lui tombait sur la tête ! Les enfants ont parfois de drôles de demandes ?!!!
« Je… je ne sais pas ! » Mais voyant la déception dans le regard de son jeune élève elle se reprit aussitôt :
« Attends, j'ai lu ça quelque part. Oh, c'est une histoire très compliquée ! Je ne voudrais pas me tromper… Je vérifie ce soir, et te dis tout ça dès demain, d'accord ? »
« Oh oui, merci ! » Et l'enfant parti, content de n'attendre qu'une journée pour avoir la réponse à son énigme.
16 h 30 ! La foule des enfants sort en courant et en criant de l'école. Dans une des classes, une jeune enseignante est plongée dans ses pensées. Où allait-elle trouver cette information ?… Car s'il y a une chose qu'elle ne supportait pas, c'était de décevoir un enfant, de ne pas arriver à lui répondre. Certes, elle ne pouvait pas tout savoir, mais elle estimait de son devoir de répondre à toutes les demandes de ses petits.
Cependant, ni la bibliothèque de son école, ni celle de sa ville, ne lui donnèrent la solution à son problème. Ha, s'il pouvait exister une machine où on pourrait être en relation avec le monde entier, les bibliothèques les plus fournies, les gens les plus érudits, rien qu'en appuyant sur un bouton, elle trouverait certainement ce qu'elle cherchait ! Mais c'est pas demain la veille que ça va exister, une machine pareille ! Même pas dans plusieurs années, ou en l'an 2000 ! Elle s'était aussi renseignée auprès de tous ses collègues à l'heure du déjeuner, mais personne ne put l'aider : ni Titine la gentille Directrice, ni Sylvie l'infirmière grande dévoreuse de livres, ni Dany la plus bavarde de l'école qui s'était pourtant jetée sur la 1ère cabine téléphonique trouvée pour appeler toutes ses amies, sans plus de résultats !…
Le lendemain fatidique arriva. Le petit Markus vint dès l'ouverture du portail de l'école près de sa maîtresse adorée, pour lui réclamer sa réponse. Et là, allez comprendre pourquoi, devant ces grands yeux marrons interrogateurs et ce petit nez en trompette, d'un coup, sans l'avoir prémédité, elle se mit à inventer une histoire :
« Tu connais Superman, le héros venu de la planète Krypton ? »
« Oui ! lui répondit-il, dévorant son Elodie des yeux. »
« Et bien au début, il était vert ! Comme la kryptonite, la pierre de sa planète ! »
« Ha bon ! Ca alors !!! » S'écria-t-il la bouche entrouverte, et les yeux gros comme des soucoupes (pas volantes !).
« Oui, mais voilà, dès la 1ère parution de la bande dessinée, la presse se déchaîna ! Les journalistes disaient que ce n'était pas très plausible, qu'on ne pouvait pas le confondre avec un humain, puisque sa peau était verte.
L'auteur et le dessinateur, consternés, et sur les conseils de leur éditeur, ont modifié légèrement l'histoire, donnant couleur humaine à Superman. Mais la kryptonite resta verte. Par la suite, le personnage eut un tel succès, que d'autres auteurs ont repris cette idée d'extra-terrestre vert, en hommage à leurs créateurs. »
« Whouaaaaa ! Géniaaaaaaal ! Et vous croyez qu'on peut encore trouver cette bande dessinée avec Superman vert ? »
« Oh non, il y eut très peu d'exemplaires vendus, et beaucoup ont été détruits. Il ne doit en rester que 2 ou 3, que de riches collectionneurs se sont arrachés à prix fous, lors de ventes aux enchères ! ».
Satisfait et heureux, Markus parti en récréation, non sans avoir remercié sa gentille Maîtresse, qui lui décrocha un sourire plein de tendresse.
Elle rentra en classe, la conscience un petit peu tourmentée, ne comprenant pas vraiment ce qui l'avait poussé à mentir ainsi. Il ne lui enverrait sûrement pas de livre dédicacé quand il serait grand et qu'il découvrirait le pot aux roses, se lamenta-t-elle ! Mais quelle pouvait être la réponse à cette question saugrenue, bon sang ??!!!
Epilogue 1 : Markus, devenu grand et apprenant enfin la vérité, ne se rappela que de la gentillesse de cette institutrice !
Epilogue 2 : Pour ceux qui veulent connaître la véritable origine des petits hommes verts, sachez que moi, adulte et saine de corps et d'esprit, j'ai un jour posé cette question au grand Markus, alors qu'un petit grain de folie m'avait envahie ! Et qu'il me donna très rapidement la réponse, à ma grand stupéfaction ! Rendez-vous sur les commentaires de ma page au 23 avril.