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Lionel Davoust



Last Updated: 6/8/2009

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Gender: Male
Status: In a Relationship
Age: 31
Sign: Scorpio

Country: FR

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Monday, June 11, 2007 

Current mood:Folding time and space (but not for long)
"Chose promise, chose promise." (Proverbe politique.)

Ah. Mais il se trouve que j'ai été ado et stupide (pas stupide-je-fais-flamber-une-grange-pleine-de-foin-en-jouant-avec-les-allumettes, ni stupide-je-mets-les-tortues-sur-le-dos-pour-voir-si-elles-crèvent, ni même stupide-je tire-les-couettes-des-filles-pour-leur-faire-comprendre-que-je-veux-sortir-avec - raisonnement qui m'a toujours échappé, d'ailleurs, mais en même temps, plein de trucs m'ont échappé au collège, et il y a longtemps que j'ai fait une croix sur certains Grands Mystères de l'Univers; dieu, la loi de Murphy, la psychologie des jeunes filles).

Non, moi, j'ai été stupide-j'ai-des-étoiles-dans-les-yeux. Heureusement, de longues heures assommantes de catéchisme administrées par de grosses madames pétries de respectabilité et à la voix sirupeuse s'étaient déjà chargées dès le primaire de m'ouvrir les yeux sur les réalités de l'existence (me faisant découvrir précocement la définition du mot "opium") mais, à douze ans, je gardais encore quelque naïveté.

Long prologue, hein?
Certes, mais c'est qu'on ne gagne pas le secret pour gagner beaucoup et sans le moindre effort tout en restant chez soi sans un minimum de papotage, eh. Ca se mérite.
Ou alors, c'est simplement que l'anecdote est tellement ridicule que je procrastine à mort.
Pick-axe your choice.

Bref. Chose promise, chose due, disions-nous. J'ai promis de divulguer le secret, je le fais. Et gratos, en plus.

A douze ans, donc, je découvre dans un magazine de haute tenue culturelle négligemment laissé sur la table du salon (TV Mag, y a des chances) une publicité fort sobre (comprendre: en noir et blanc avec photo au tramage apparent) comme il y en avait tant dans les années 80 sur le secret pour gagner beaucoup et sans le moindre effort tout en restant chez soi, garanti sur facture, rubis sur l'ongle, c'est comme la Pierre du Nord, ça marche parce qu'elle est bénie par Danielle Gilbert, c'est comme les vaporisateurs de parfum à hormones mâles, ça marche parce que c'est certifié par la Société Scientifique des Amis de la Terre Creuse.

Je savais évidemment que c'était un attrape-couillons, mais j'étais d'une curiosité maladive. Comment pouvait-on vendre un truc pareil au vu et au su de tout le monde et prétendre avec aplomb que ça marche? Comment une telle entreprise pouvait-elle survivre sans périr enterrée sous des tombereaux de procès intentés par de pauvres retraités crédules ayant sacrifié leurs économies dans l'espoir d'une vie meilleure?

Il fallait que je sache.

L'opium du peuple, tout ça.

A douze ans, donc, ayant depuis longtemps tué le Père Noël, dieu et le Nounours de Bonne Nuit les Petits, j'ai économisé laborieusement mon argent de poche pendant une éternité et me suis démerdé pour envoyer un chèque à la boîte en m'attendant à moitié à ne rien recevoir du tout.

A ma grande surprise, deux semaines plus tard, je recevais trois livrets colorés "sous pli discret" recelant le secret qui allait faire de moi un (jeune) homme riche et fainéant, donc assumé et charismatique, m'attirant par là-même les faveurs de ma fiancée du moment (qui préféraient toutes, bien entendu, un basketteur de Terminale - depuis je hais les basketteurs, et aussi la Terminale). Les livrets étaient agrafés à la main, l'impression sentait la dactylo photocopiée, les schémas le tracé soigneux au Rotring.

Eh bien, la promesse n'était pas vaine. Il s'agissait effectivement de démarrer un business chez soi, l'espoir de gains n'était pas nul, en revanche, créneau efforts, il y en avait quand même un peu à fournir.

Qu'y avait-il donc dans ces petits opuscules?

La suite au prochain billet.

Nan, j'déconne.

Ma foi, le secret était tellement imparable et stupide à la fois que j'ai regretté de ne pas y avoir pensé moi-même, pour rire.

Il s'agissait d'un guide exhaustif pour démarrer une boîte spécialisée dans la vente par correspondance... de livrets divulguant le secret pour gagner beaucoup et sans le moindre effort tout en restant chez soi.

Bon, j'exagère, c'était pas aussi limpide, mais quand même. Le petit guide parfait et très sérieux de la vente d'espoir par correspondance. Attention, c'était bien fait: un chapitre assez long sur la relation avec les banques et les investisseurs, un autre sur l'immatriculation au registre du commerce, même des conseils pour organiser son temps, pour optimiser les frais d'envoi avec la Poste (courrier, routage, etc.).

Magnifique variation sur la vente pyramidale. Tu achètes le mode d'emploi de l'arnaque où tu viens de tomber.

C'est le secret, ai-je donc appris. D'une sobriété à toute épreuve et en même temps tellement idiot que je n'aurais jamais cru que quelqu'un aurait eu un jour le culot de faire un truc pareil.

Le pire, c'est que ça marche peut-être: j'étais jeune et con, j'ai acheté le machin. Combien d'autres?

Mais il y a pire. A mesure que je rédige ça au fil du clavier, un peu comme ça vient, je me rends compte d'un autre truc beaucoup plus tangible. Oui, j'avais promis de vous divulguer le secret, au moins un commentaire l'attendait de pied ferme, rameutant ainsi du trafic supplémentaire sur mon blog, en tout cas sur cette entrée.

Plus de quinze ans plus tard, à très, très modeste échelle, j'ai inconsciemment utilisé ces préceptes; je comptais partir sur une blague, une anecdote que j'espérais marrante pour un lundi, mais j'ai créé du buzz et Le Secret s'est alimenté tout seul, m'échappant un tout petit peu et ainsi, une part de l'expérience devient une mini-démonstration involontaire. Dont nous sommes tous les jouets, et moi le premier. Je vous présente mes excuses, je découvre la chose un peu ahuri. Que c'est étrange, quand les idées, les résonances nous échappent.

Salut à toi, l'Ouroboros. Je te proposerais bien de boire un verre, mais t'aurais du mal.

Alors... ces mecs avaient raison, en fait? Depuis le début?
Rhô, la vache.
Dire que j'aurais pu connaître la richesse, la fainéantise et l'amour des collégiennes.
Quelle épiphanie. Y a de quoi devenir philosophe.

Bon, excusez-moi, mais faut que je vous laisse. J'ai un cours de catéchisme à choper.
Lucie Chenu

 
Bon catéch ! :-D
 
Posted by Lucie Chenu on Monday, June 11, 2007 - 16:43
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