Sur
Vovin, le mélange rock et orchestre atteint clairement sa maturité, d'une part par l'usage d'un véritable ensemble de cordes, d'autre part par la composition.
Vovin conserve une approche métal en fondant les morceaux sur des lignes mélodiques accrocheuses mais on ne peut déjà plus vraiment parler de riffs; Therion fait appel à tout le spectre instrumental, donnant la parole à des violons quasiment baroques et aux choeurs. Le morceau d'ouverture,
Rise of Sodom and Gomorrah, chef-d'oeuvre emblématique, rompt définitivement avec les racines death du groupe:
D'autres feront la renommée de la formation comme le très speed et entraînant
Wine of Aluqah. Therion pose par ailleurs davantage d'ambiances plus lentes et mélodiquement très intenses comme l'étrange
Raven of Dispersion ou le sublime
Clavicula Nox.
Après
Crowning of Atlantis - un disque à l'approche similaire à
A'arab Zaraq - Lucid Dreaming (reprises d'Accept, de Manowar + enregistrements live) -, sort le très attendu
Deggial (2000). Une nouvelle étape est franchie, la composition prend toute son envergure technique; nombre de morceaux présentent plusieurs mouvements et progressions, la production et la composition symphonique se raffinent. Malheureusement, Christofer Johnsson donne l'impression de se perdre un peu et cet album n'a pas le punch et l'efficacité de
Vovin.
Deggial est un disque plus lent et quasi hypnotique à qui il manque un ou deux morceaux réellement rapides pour être équilibré et qui nécessite une écoute attentive pour être apprécié. Néanmoins, il recèle des perles méconnues (
Ship of Luna,
Via Nocturna) et la richesse de la composition préfigure clairement la direction que le groupe veut prendre.
Secret of the Runes (2001) est aussi très attendu en raison de la surprise un peu mitigée qu'était
Deggial. Le projet est ambitieux: écrire un morceau par rune, par monde porté par l'arbre Yggdrasil. Et
Secret of the Runes fonctionne bien mieux. Restant globalement mid-tempo (décevant encore à demi les fans de métal de la première heure), Therion continue sur sa lancée en réussissant l'exploit de proposer des compositions plus complexes, quasiment prog, mais plus efficaces et mieux arrangées que sur
Deggial.
Secret of the Runes nécessite lui aussi une écoute plus attentive que les très métal
Theli et
Vovin, mais l'effort en vaut la chandelle, ne serait-ce que pour le sublimissime
Midgard, qui vaut à lui seul l'achat de l'album:
Pour beaucoup,
Secret of the Runes reste le disque définitif de Therion de par sa richesse et sa cohérence, d'autres regrettent encore l'absence d'un ou deux morceaux plus speed. Ce dernier critère est une qualité ou un défaut selon l'auditeur, une chose est sûre:
Secret of the Runes est un disque dense, surprenant, pensé mais très accessible, peut-être le meilleur point d'entrée dans l'oeuvre de Therion.
Therion met trois ans à sortir le disque suivant, et la surprise est de taille: en 2004 sort un double album monumental,
Lemuria et
Sirius B. Le(s) disque(s) définitif(s) de la formation, le(s) voilà. L'attente est à la hauteur: le groupe réussit l'alchimie parfaite entre richesse de composition, éléments métal, efficacité mélodique, arrangements créatifs, grandeur des atmosphères. Aussi forts et puissants l'un que l'autre, ces deux disques sont de véritables aboutissements, profonds sans être indigestes, comme seul un vrai et grand musicien s'étant abreuvé à tous les horizons, rock, métal, classique, oriental, pouvait en concevoir. Chaque morceau touche à la perfection et ce dans tous les registres, speed (le puissant
Typhon qui retrouve les grunts death,
Blood of Kingu) ou mid-tempo (
Lemuria et son riff accrocheur,
The Dreams of Swedenborg). On retiendra enfin l'implacable
Kali Yuga:
2007 a enfin vu la sortie de
Gothic Kabbalah, à nouveau un double album, qui conserve la même richesse que
Lemuria et
Sirius B mais fait moins appel aux ensembles orchestraux que les deux précedents et utilise davantage les solistes que les choeurs. Il en résulte un album plus rock, au son plus précis et moins grandiose, mais dont la composition réussit toujours à conserver ce périlleux équilibre entre complexité et sobriété. Sans le côté blockbuster des deux opus précédents,
Gothic Kabbalah est un disque moins accrocheur mais superbe qui offre des compositions d'une beauté fascinante comme le sublime
Adulruna Rediviva qui a donné son nom à la tournée des vingt ans du groupe.
En vingt ans de carrière et treize albums, Therion a donc quasiment fondé une école musicale à part entière, celle d'un métissage parfait entre influences classiques (et même orientales) et l'une des deux musiques réellement modernes, le métal, véritable foyer créatif du rock actuel. Loin de la virtuosité sans âme d'un Dream Theater ou d'un Yngwie Malmsteen, la musique de Christofer Johnsson se renouvelle sans cesse, proposant de nouvelles expérimentations et aventures sonores d'une grande inventivité, des compositions intelligentes, subtiles et accrocheuses sans jamais tomber dans la démonstration théorique ou technique, allant toujours de l'avant à cent mille coudées au-dessus de la quasi-totalité des productions actuelles et creusant un chemin que bien des groupes s'efforcent d'emprunter, en vain.
Quelques pistes pour aller plus loin: Le site officiel et
le MySpace qui va avec (avec cinq morceaux à découvrir, tirés de
Gothic Kabbalah).
Une biographie en français (qui s'arrête à
Lemuria et
Sirius B mais met l'accent sur les années death que j'ai passées sous silence ici).
En bref: si vous avez l'oreille rock ou métal et que vous souhaitez découvrir Therion, attaquez par
Lemuria et
Sirius B, continuez par
Gothic Kabbalah,
Vovin et
Theli; si vous n'aimez pas trop le son saturé, attaquez par
Secret of the Runes ou par
Deggial, continuez sur
Gothic Kabbalah.
Happy birthday Therion! See you during the next twenty years! And thank you for the wonderful music.