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Lionel Davoust



Last Updated: 6/8/2009

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Saturday, December 22, 2007 
Alors qu'à de très rares exceptions près, le pop-rock n'en finit pas d'agoniser en recyclant les mêmes idées depuis Dark Side of the Moon, des groupes époustouflants mais plus underground innovent réellement et laissent loin derrière eux le son de grand-papa célébré par les Inrocks...

Therion est une formation suédoise fondée en 1987 dirigée par Christofer Johnsson et que j'ai eu l'immense plaisir de revoir vendredi dernier à Rennes pour un concert magistral de trois heures. Avant de partir dans le blabla, à quoi ça ressemblait? À une mise en scène grandiose où chaque morceau devient une petite pièce de théâtre en soi tragique ou comique emmenée par deux chanteurs et une chanteuse au registre époustouflant et où les musiciens, de véritables virtuoses, enterrent n'importe quel groupe mainstream. Au Québec, cette tournée, c'était ça:



Therion mêle aujourd'hui avec maestria rock extrême, instruments classiques, orientaux et choeurs dans des compositions d'une grande beauté et d'une subtile richesse qui ne peuvent que séduire l'amateur de musique ayant deux bonnes oreilles. Leurs textes profondément chargés d'ésotérisme et de mythologie (principalement rédigés par Thomas Karlsson, le dirigeant de l'Ordre du Dragon Rouge...) devraient intéresser les amateurs d'imaginaire.

Therion est à l'origine un groupe de death metal mais leur musique présente très vite de nombreuses innovations dans le genre pour l'époque (usage des claviers, des choeurs, de gammes orientales qui resteront toujours chères à la formation). Néanmoins, les albums de cette mouvance restent forcément confidentiels, ne séduisant que le public métal.

En 1996, Therion opère un virage radical en abandonnant les éléments usuels du death (le chant, notamment) et incorpore à sa musique des influences directement inspirés du classique: sonorités symphoniques et ensemble de choeurs sur l'album Theli. Deux univers qui semblent en surface très éloignés se rencontrent alors pour une alchimie musicale inédite: le gros son des guitares saturées donne une base puissante aux éléments orchestraux qui prennent alors toute leur ampleur.



Ce mélange a été popularisé aujourd'hui auprès du grand public à travers les derniers albums de Within Temptation et de Nightwish, le concert très inégal de Metallica avec le philharmonique de San Franciso ou même via Evanescence, mais Therion est le premier groupe à avoir réellement expérimenté dans cette veine et, surtout, à rechercher un véritable équilibre entre les sections. Theli conserve une bonne part d'influences purement métal: on y retrouve une composition puissante et épurée (To Mega Therion), efficace, fondée sur les riffs (Invocation of Namaah) mais néanmoins très mélodique (Nightside of Eden), ce qui n'empêche pas l'apparition de "ballades" (The Siren of the Woods).

L'année suivante sort A'arab Zaraq - Lucid Dreaming, un album plus mineur proposant d'un côté un certain nombre de reprises (Children of the Damned d'Iron Maiden, Here Comes the Tears de Judas Priest) et de l'autre la bande originale du film The Golden Embrace sous forme métal et métal symphonique. Cette seconde partie préfigure clairement l'incontournable Vovin qui sort en 1998.



Sur Vovin, le mélange rock et orchestre atteint clairement sa maturité, d'une part par l'usage d'un véritable ensemble de cordes, d'autre part par la composition. Vovin conserve une approche métal en fondant les morceaux sur des lignes mélodiques accrocheuses mais on ne peut déjà plus vraiment parler de riffs; Therion fait appel à tout le spectre instrumental, donnant la parole à des violons quasiment baroques et aux choeurs. Le morceau d'ouverture, Rise of Sodom and Gomorrah, chef-d'oeuvre emblématique, rompt définitivement avec les racines death du groupe:



D'autres feront la renommée de la formation comme le très speed et entraînant Wine of Aluqah. Therion pose par ailleurs davantage d'ambiances plus lentes et mélodiquement très intenses comme l'étrange Raven of Dispersion ou le sublime Clavicula Nox.



Après Crowning of Atlantis - un disque à l'approche similaire à A'arab Zaraq - Lucid Dreaming (reprises d'Accept, de Manowar + enregistrements live) -, sort le très attendu Deggial (2000). Une nouvelle étape est franchie, la composition prend toute son envergure technique; nombre de morceaux présentent plusieurs mouvements et progressions, la production et la composition symphonique se raffinent. Malheureusement, Christofer Johnsson donne l'impression de se perdre un peu et cet album n'a pas le punch et l'efficacité de Vovin. Deggial est un disque plus lent et quasi hypnotique à qui il manque un ou deux morceaux réellement rapides pour être équilibré et qui nécessite une écoute attentive pour être apprécié. Néanmoins, il recèle des perles méconnues (Ship of Luna, Via Nocturna) et la richesse de la composition préfigure clairement la direction que le groupe veut prendre.



Secret of the Runes (2001) est aussi très attendu en raison de la surprise un peu mitigée qu'était Deggial. Le projet est ambitieux: écrire un morceau par rune, par monde porté par l'arbre Yggdrasil. Et Secret of the Runes fonctionne bien mieux. Restant globalement mid-tempo (décevant encore à demi les fans de métal de la première heure), Therion continue sur sa lancée en réussissant l'exploit de proposer des compositions plus complexes, quasiment prog, mais plus efficaces et mieux arrangées que sur Deggial. Secret of the Runes nécessite lui aussi une écoute plus attentive que les très métal Theli et Vovin, mais l'effort en vaut la chandelle, ne serait-ce que pour le sublimissime Midgard, qui vaut à lui seul l'achat de l'album:



Pour beaucoup, Secret of the Runes reste le disque définitif de Therion de par sa richesse et sa cohérence, d'autres regrettent encore l'absence d'un ou deux morceaux plus speed. Ce dernier critère est une qualité ou un défaut selon l'auditeur, une chose est sûre: Secret of the Runes est un disque dense, surprenant, pensé mais très accessible, peut-être le meilleur point d'entrée dans l'oeuvre de Therion.



Therion met trois ans à sortir le disque suivant, et la surprise est de taille: en 2004 sort un double album monumental, Lemuria et Sirius B. Le(s) disque(s) définitif(s) de la formation, le(s) voilà. L'attente est à la hauteur: le groupe réussit l'alchimie parfaite entre richesse de composition, éléments métal, efficacité mélodique, arrangements créatifs, grandeur des atmosphères. Aussi forts et puissants l'un que l'autre, ces deux disques sont de véritables aboutissements, profonds sans être indigestes, comme seul un vrai et grand musicien s'étant abreuvé à tous les horizons, rock, métal, classique, oriental, pouvait en concevoir. Chaque morceau touche à la perfection et ce dans tous les registres, speed (le puissant Typhon qui retrouve les grunts death, Blood of Kingu) ou mid-tempo (Lemuria et son riff accrocheur, The Dreams of Swedenborg). On retiendra enfin l'implacable Kali Yuga:



2007 a enfin vu la sortie de Gothic Kabbalah, à nouveau un double album, qui conserve la même richesse que Lemuria et Sirius B mais fait moins appel aux ensembles orchestraux que les deux précedents et utilise davantage les solistes que les choeurs. Il en résulte un album plus rock, au son plus précis et moins grandiose, mais dont la composition réussit toujours à conserver ce périlleux équilibre entre complexité et sobriété. Sans le côté blockbuster des deux opus précédents, Gothic Kabbalah est un disque moins accrocheur mais superbe qui offre des compositions d'une beauté fascinante comme le sublime Adulruna Rediviva qui a donné son nom à la tournée des vingt ans du groupe.




En vingt ans de carrière et treize albums, Therion a donc quasiment fondé une école musicale à part entière, celle d'un métissage parfait entre influences classiques (et même orientales) et l'une des deux musiques réellement modernes, le métal, véritable foyer créatif du rock actuel. Loin de la virtuosité sans âme d'un Dream Theater ou d'un Yngwie Malmsteen, la musique de Christofer Johnsson se renouvelle sans cesse, proposant de nouvelles expérimentations et aventures sonores d'une grande inventivité, des compositions intelligentes, subtiles et accrocheuses sans jamais tomber dans la démonstration théorique ou technique, allant toujours de l'avant à cent mille coudées au-dessus de la quasi-totalité des productions actuelles et creusant un chemin que bien des groupes s'efforcent d'emprunter, en vain.

Quelques pistes pour aller plus loin:
Le site officiel et le MySpace qui va avec (avec cinq morceaux à découvrir, tirés de Gothic Kabbalah).
Une biographie en français (qui s'arrête à Lemuria et Sirius B mais met l'accent sur les années death que j'ai passées sous silence ici).

En bref: si vous avez l'oreille rock ou métal et que vous souhaitez découvrir Therion, attaquez par Lemuria et Sirius B, continuez par Gothic Kabbalah, Vovin et Theli; si vous n'aimez pas trop le son saturé, attaquez par Secret of the Runes ou par Deggial, continuez sur Gothic Kabbalah.

Happy birthday Therion! See you during the next twenty years! And thank you for the wonderful music.
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Lionel Davoust

 
(Désolé pour les edits successifs, vu la taille de l'entrée et la galère pour insérer autant de vidéos, il a fallu rattraper des broutilles après coup :-) ) J'en profite pour préciser que la vidéo de Midgard n'est évidemment pas un clip, c'est un montage réalisé par un fan.
 
Posted by Lionel Davoust on Sunday, December 23, 2007 - 11:58
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Xavier

 
Ca m'a l'air pas mal du tout...
 
Posted by Xavier on Sunday, December 23, 2007 - 13:24
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