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Vincent Havret



Last Updated: 11/25/2009

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May 11, 2008 - Sunday 
Dans cette vieille ruelle escarpée d'Antananarivo (Madagascar), coulaient des torrents de sueur, par delà les ombres de la ville.

Je n'ai pas su son nom, mais je l'ai vu battre le métal sur sa forge de fortune.
Là, à même un sable gagné par les cendres et le reste des pavés que personne ne pleurait plus.

Et les coups réguliers d’un marteau assourdissant, s’entrecroisaient dans les ténèbres sanguines de sa détermination.
Et de nombreuses fois, je le vis tirer puissamment sur ce mégot immortel qui rougissait alors, rallumé d'une secrète et intime incantation.

Et à chaque choc sur le métal, son bras noueux se relevait, faisant danser ses bracelets d'argent.
Et à chaque souffle brûlant son visage, son corps répondait d'un autre martellement.
Il y avait un combat entre lui et le feu. Et chacun incisait l'autre de ses propres empreintes.

Une rage.
Un conflit qui se devinait sans âge.

Il ouvrageait assez finement et depuis des heures surement, une grille de portail entièrement noircie par le cœur d'une infernale obstination. 
Une porte de Dante toute métaphorique(…), mais n'existant que par et pour le simple prétexte de La Rencontre.

Claquement du marteau, riposte des étincelles sur la chair.
Choc de l'eau sur l'incandescence, puis cette nécessité profonde d'alimenter encore une nouvelle fournaise.

Survivre n'est rien, ou si peu, à qui s'éprouve d'une telle passion.

Puis, bien plus tard, lorsque que le vif et minuscule éclat de lumière heurte son œil, tout son corps réagit immédiatement. 
Un spasme lourd semble un instant suspendre ses gestes, au delà du désir.
A peine une parole, indistincte.
Un râle nerveux.

Plus pour le soutenir que par peur d'une énième blessure je lui demandais s'il « allait bien ?».

Il a repris une cigarette, m'a observé un instant, puis avec une grande inspiration rougeoyante, a tourné les yeux vers sa forge…

Dans cette vieille ruelle escarpée d'Antananarivo (Madagascar), coulaient des torrents de sueur, par delà les ombres de la ville. 
Et les habitants malgaches d'aujourd'hui, portent souvent au bras un lourd bijoux en argent façonné, nommé VANGO-VANGO. L'histoire dit que leurs ancêtres, se libérant de leur condition d'esclave, fendirent un semblable anneau de métal pour en ôter les chaines.

Il est de ces luttes, qui ne s'éteignent pas,
pas plus que de brûlantes mémoires.



 

soudeur2.jpg picture by monsieurwinch
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- SO -

 
certaines histoires sont ancrées dans les mémoires, certaines images elles se reflètent dans les prunelles ...
mais l'oubli est souvent impossible, meme si souvent fort envier !
 
Posted by - SO - on May 11, 2008 - Sunday - 12:55 PM
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batdaf

 
C'est vraiment bien ce que tu fais ! J'espère qu'un jour tu compileras... Si en plus tu sais dessiner, ça pourrait faire un magnifique "Carnet de voyages".
 
Posted by batdaf on May 12, 2008 - Monday - 7:56 AM
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YERGLA [Officinal MySpace]

 
Parfois ce forgeron revient dans ma vie, j'ai tellement vu couler, se mouvoir ce métal rougeoyant ... cette minute de lecture m'a ramené bien loin en arrière, à l'époque où encore l'homo faber vivait à l'extérieur des villages, parce que c'était lui le gardien des secret du feu et donc de la vie...
Cet homme je l'ai vu ...merci
 
Posted by YERGLA [Officinal MySpace] on May 14, 2008 - Wednesday - 11:20 AM
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babel
le babel

 
merci de m'avoir donné cette adresse, SoleilDeBrousse.. on y est bien...
 
Posted by babel on May 16, 2008 - Friday - 9:22 PM
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Melenea

 
Un moment gravé sur la rétine et dans la mémoire, une image forte et les mots qui savent transmettre... bravo
Mél
 
Posted by Melenea on May 19, 2008 - Monday - 6:58 PM
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Karine Breault
Karine Breault

 
Très beau texte, merci.
 
Posted by Karine Breault on May 21, 2008 - Wednesday - 12:17 PM
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Philati

 
Beau texte, commentaire identique à celui de Melenea.

Ton regard est précieux, qui voit au-delà des apparences, et s'attache à extraire d'une situation son caractère universel et symbolique, ainsi ce forgeron qui porte et transmet une parcelle d'Héphaïstos, et plus profondément encore, la forme entière de l'humaine condition (toutes les routes mènent à Montaigne).
 
Posted by Philati on June 2, 2008 - Monday - 9:34 AM
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Bulle
Mathilde Vittorelli Miranda

 
Superbe. Oui c'était probablement lui.
Très beau texte vraiment!!
 
Posted by Bulle on June 18, 2008 - Wednesday - 5:16 PM
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MiSs hYDe

 
(tiens, je n'avais pas laissé de traces ici, et pourtant je suis certaine que je l'avais lu...)
je trouve que c'est ici que tout commence...



 
Posted by MiSs hYDe on August 26, 2009 - Wednesday - 11:30 PM
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