Dans cette vieille ruelle escarpée d'Antananarivo (Madagascar), coulaient des torrents de sueur, par delà les ombres de la ville.
Je n'ai pas su son nom, mais je l'ai vu battre le métal sur sa forge de fortune.
Là, à même un sable gagné par les cendres et le reste des pavés que personne ne pleurait plus.
Et les coups réguliers d’un marteau assourdissant, s’entrecroisaient dans les ténèbres sanguines de sa détermination.
Et de nombreuses fois, je le vis tirer puissamment sur ce mégot immortel qui rougissait alors, rallumé d'une secrète et intime incantation.
Et à chaque choc sur le métal, son bras noueux se relevait, faisant danser ses bracelets d'argent.
Et à chaque souffle brûlant son visage, son corps répondait d'un autre martellement.
Il y avait un combat entre lui et le feu. Et chacun incisait l'autre de ses propres empreintes.
Une rage.
Un conflit qui se devinait sans âge.
Il ouvrageait assez finement et depuis des heures surement, une grille de portail entièrement noircie par le cœur d'une infernale obstination.
Une porte de Dante toute métaphorique(…), mais n'existant que par et pour le simple prétexte de La Rencontre.
Claquement du marteau, riposte des étincelles sur la chair.
Choc de l'eau sur l'incandescence, puis cette nécessité profonde d'alimenter encore une nouvelle fournaise.
Survivre n'est rien, ou si peu, à qui s'éprouve d'une telle passion.
Puis, bien plus tard, lorsque que le vif et minuscule éclat de lumière heurte son œil, tout son corps réagit immédiatement.
Un spasme lourd semble un instant suspendre ses gestes, au delà du désir.
A peine une parole, indistincte.
Un râle nerveux.
Plus pour le soutenir que par peur d'une énième blessure je lui demandais s'il « allait bien ?».
Il a repris une cigarette, m'a observé un instant, puis avec une grande inspiration rougeoyante, a tourné les yeux vers sa forge…
Dans cette vieille ruelle escarpée d'Antananarivo (Madagascar), coulaient des torrents de sueur, par delà les ombres de la ville.
Et les habitants malgaches d'aujourd'hui, portent souvent au bras un lourd bijoux en argent façonné, nommé VANGO-VANGO. L'histoire dit que leurs ancêtres, se libérant de leur condition d'esclave, fendirent un semblable anneau de métal pour en ôter les chaines.
Il est de ces luttes, qui ne s'éteignent pas,
pas plus que de brûlantes mémoires.