Tu es dans ma bouche ainsi qu’amandes amères
Ville ! Le soleil couchant est ton encensoir
Et la voûte d’automne aux caresses du soir
Se mire tout soudain sur les grands lampadaires
J’erre seul dans les rues où mes pensées s’apprêtent
A soutenir l’assaut des nouvelles couleurs
Le noir naît de partout et assiège sans peur
Mes ampoules grillées des lendemains de fête
Sur la place à présent déserte la fontaine
Ayant dompté le vent toute droite jaillit
Tandis qu’en mon esprit par le vide assailli
Tout espoir se tarit et s’engouffre la peine
Les amants recherchent l’obscurité propice
Et couvrent de la nuit leurs longs épanchements
Cependant vainement j’expose mon tourment
A l’œil indifférent d’une échoppe factice
Le fleuve a emporté sans même y prendre garde
Mes bagages au vent et mon filtre d’amour
Je regarde passer, déplorant mes doigts gourds
Les nageurs aguerris du haut de ma mansarde
Le fleuve a disparu mais hélas je demeure
Je cherche la lumière en noyé malchanceux
Pourquoi le pont s’enfuit devant mon corps osseux
Si naturellement que son geste m’écœure
A mes yeux desséchés les ombres des ruelles
Semblent s’entrelacer pour sourdre leurs secrets
Ils peuvent se lier et chuchoter tout près
Leur amour dérisoire ou leurs douces querelles
Les amants des chaussées qui n’ont vu ma silhouette
Et les ponts indiscrets qui se sont dérobés
Et la ville sans âme où je viens tituber
Ne m’arracheront pas une seule pirouette
Et la morne vitrine si bien colorée
Comme ayant deviné à mon air aigrefin
Que je n’achèterai pas les sacs, les parfums
Et le fleuve enfui de la foule bigarrée
Et la lumière froide qui couvre d’œillades
Les couples attardés aux terrasses des bars
Et qui préfère même éclairer les loubars
Leur fumée d’argent à ma triste promenade
Et la nuit dans mon cœur où il faut que je lutte
Et la nuit dans mes sens que je combats en vain
Et qui guide mes pas tout au bord du ravin
Semblent se moquer des ombres que je suppute
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