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LeGrizzly

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Last Updated: 4/18/2009

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February 18, 2009 - Wednesday 

Current mood:  hopeful






Ainsi que je le dis dans ma page de présentation, je suis donc aussi écrivain. Comme on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, je vais donc faire un peu d'auto promotion, comme l'annonce le titre de cette note.

Etant aussi fan de Thiéfaine, je vous livre ici un extrait de mon roman "Veto tendresse" (que vous pouvez découvrir (et commander) en cliquant sur le titre) dans lequel mon personnage principal parle de lui. S'il y a d'autres passages qui évoquent cet artiste que j'adore, je précise de suite qu'il ne s'agit pas d'un roman à son sujet.

Voici l'extrait :


Lorsque je me réveille, l’esprit parasité par des pensées qui m’ont tourné en rond, je regarde autour de moi à la manière d’un naufragé qui chercherait un point solide où s’accrocher et au terme d’un vain panoramique, mes yeux tombent sur une bouteille de mezcal que j’avais oubliée sur la table. Après un instant de réflexion au cours duquel je pense à m’emparer du récipient pour en ingurgiter quelques gorgées, je conviens avec moi-même que le remède serait finalement pire que le mal et recommence à scruter la pièce pour m’arrêter sur les fenêtres. L’appartement n’en possède que trois qui donnent toutes sur la rue. Je me lève, m’en approche et m’accoude à l’une d’elles pour regarder passer la foule de ce matin ensoleillé. Mais le désolant spectacle de mes contemporains m’ennuie rapidement et je me sens revenir vers ce qui m’encombrait. Peu désireux de remonter dans le manège de mes idées, je me retourne vers l’appartement en m’adossant à la rambarde. Ce que j’y découvre m’apparaît tout aussi peu brillant que le défilé des anonymes sur leur trottoir. Je passe rapidement sur la vaisselle qui s’accumule et le linge sale qui traîne un peu partout tout en pensant que comme tanière pour un célibataire ça fait nettement cliché, reviens sur la bouteille. Je résiste encore à son appel, mais reste hypnotisé par le liquide alors même qu’il n’y a aucune bulle à compter. Et puis, tandis que je tente sans doute d’extraire le contenu de son contenant par la seule force de persuasion de la pensée, je me dis en mon for intérieur qu’elle se trouve là parce que Gérard est venu me voir il y a deux jours et, à l’instar de ces vieux dont la mémoire immédiate ne leur permet plus de savoir où ils ont mis leur chapeau, mais qui peuvent se remémorer avec une précision chirurgicale la couleur de la cravate qu’ils portaient le jour de leur certificat d’études, ce ne sont pas les derniers moments passés avec lui qui me reviennent à l’esprit, mais ceux, primitifs, de notre premier contact.
C’était la rentrée des classes. On allait tous les deux subir la même année de première dans le lycée-abbaye qui se trouve derrière chez moi et dans lequel je ne connaissais personne. Machinalement, je me suis installé tout seul dans le fond quand une espèce d’individu hilare est venu s’asseoir à côté de moi. Au cours de l’heure qui a suivi, le prof a baratiné son sempiternel discours de bienvenue et nous avons commencé à discuter. Je crois que tout a débuté entre nous quand je lui ai demandé son nom et qu’il m’a répondu, le sourire aux yeux :

- Gérard Manvussa.

- Moi non plus.

- Et toi ?

- Je ne m’appelle pas.

J’avais dit ça pour répondre à sa plaisanterie et il n’a pas relevé. Il a juste continué à sourire. Evidemment, quand le prof a fait l’appel, et que nos noms respectifs ont été prononcés, nous avons tous deux répondu le « présent » de rigueur. Il s’est alors tourné vers moi et il m’a dit :

- Pour quelqu’un qui ne s’appelle pas ...

- Pour quelqu’un qui dit
s’appeler Gérard Manvussa ...
- Attends, j’ai dit que JE m’appelais Gérard Manvussa, pas qu’ON m’appelait Gérard Manvussa ...
- Et moi j’ai dit que JE ne m’appelais pas ; pas qu’ON ne m’appelait pas ...
Là-dessus, nous avons ri bêtement et un peu fort, ce qui nous a valu de nous faire remarquer dès le début de l’année, mais, depuis, par dérision, il m’appelle Gérard Mandlo-Danlébott et moi je continue à l’appeler Gérard Manvussa. Et quand quelqu’un nous demandait pourquoi on s’appelait ainsi, chacun notre tour, nous répondions invariablement que c’était l’autre qui avait commencé. Ce qui laissait perplexes des interlocuteurs qui finissaient tout aussi invariablement par conclure très justement à une plaisanterie d’un goût douteux.
Contrairement à moi, il n’avait aucun penchant homosexuel. De toute façon, je ne l’aurais jamais compté au nombre de ces conquêtes que je voulais interchangeables et anonymes. Avec lui, c’était une amitié solide et indéfectible qui se nouait. Une amitié fondée sur la dérision, mais aussi sur l’art. Nous étions tous les deux plus ou moins musiciens et savions grattouiller les cordes d’une guitare dans l’ordre prescrit par le compositeur et à la vitesse requise. Ca nous a rapprochés un peu plus et comme déjà à cette époque j’écrivais un peu, l’idée de monter un groupe nous est rapidement venue. La formule : « On ferait les musiques et je fournirais les paroles » est rapidement devenue : « Il fait la musique et moi les paroles ». Car il est indéniablement meilleur musicien que moi. Bien que jouer avec des notes ne soit pas son art de prédilection. Il est, et l’était déjà bien avant que je le rencontre, un plasticien hors pair qui s’amuse à créer à partir d’objets de récupération. Ce qui lui a d’ailleurs valu un jour
de ma part le doux surnom de « trash-runner ». Nos premières créations étaient bien sûr exécrables et ne servaient le plus souvent qu’à nous faire rire ou à faire fuir les rats de la cave où nous répétions. Cependant, petit à petit, on s’est améliorés et on a commencé à développer un son plus rock, plus dur. On découvrait Bérurier Noir et la révolte envahissait mes textes et la dureté nos accords.
Et puis nous avons connu Thiéfaine. Nous nous sommes aussitôt engouffrés dans le souterrain de ces chansons où planent folie et dérision, quête impossible de l’amour androgyne et bestiaires fantasmatiques. Les mots y sont torturés jusqu’à l’extrême limite de leur signification, presque transfigurés à l’intérieur même de leur signifié. L’influence aura été fulgurante. Comme la révélation de ce qui nous manquait. Elle a agi comme un catalyseur entre nous, rendant textes et musique véritablement complémentaires, chacun comprenant, à travers cet univers qu’on découvrait, ce que voulait exprimer
l’autre.
Le klaxon d’une voiture dont l’occupant a dû estimer qu’il ne s’était pas écoulé le temps réglementaire entre le moment où le feu était passé au vert et celui auquel l’occupant de la voiture situé juste devant lui aurait dû réagir retentit soudain et me tire de ma rêverie pour me permettre, petit un, de constater qu’il est dix heures et quart ; petit deux de me précipiter chez Gérard à qui j’avais fait la
promesse de passer le voir avant dix heures.













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Incantations
By Mike Oldfield
Release date: 1980-07-01