C'est de soir où tu dis, ben oui, je cherche un ami, je cherche une oreille où déposer ma parole, ça ferait tout de même pas mal de parler un peu, d'être écouté au moins, toucher l'illusion d'une reconnaissance, oui c'est ça, d'avoir en face de toi quelqu'un qui te reconnaisse. Qui te connaisse au moins. J'en demande pas plus.
On ne se connaît pas dans le fond, les uns les autres, on fait semblant, on se livre dans un puzzle de propos, on fait passer le message, selon l'humeur, que l'on va bien, ou que l'on ne va pas. On y va de son petit commentaire dans ce papotage urbain, on est l'écume d'une civilisation qui paume ses vagues, ça part dans les sens notre truc, par moment on se parle, on s'isole à deux dans une complicité temporaire, on croit tout se dire, plus on se rapproche et plus on se perd. Au bout d'une semaine déjà, on ne sait plus quoi se dire, au bout de deux on ne sait plus qu'on existe. On zappe d'une âme à l'autre, on glisse d'une tête à l'autre, on se mail pendant des jours jusqu'à se lustrer le pseudo, puis un jour un des deux ne répond plus, on ne sait même pas pourquoi, c'est moi, ou alors c'est l'autre qu'a pas répondu, on ne sait plus, en tout cas il y a un soir où le message n'a été que Lu, même plus Répondu. On en a tous des mots qui sommeillent, des confidences plus ou moins exagérées de l'autre, sûrement sincères sur l'instant, mais qui restent à là à stagner, des petites mares qui nous dégazent leur méthane, en petites bouffées de remords, avant d'oublier.
Une relation à la Myspace ça nous fait des séquences de visages dans la boîte Réception, toujours la même tête en rangées verticales, on se parle sur l'instant, on guette la réponse de l'autre, on se dépêche de dire à son tour, et de poser la question, qui fera qu'on attendra la réponse suivante avec l'urgence d'un sentiment déterminant. Alors que de sentiment, franchement, il n'en est même plus question. Trop s'écrire c'est apprendre à se perdre, échanger à tout rompre c'est dilapider toute substance d'une éventuelle rencontre, d'ailleurs si on se voyait en vrai, on serait déçu de l'image, on se toucherait même pas le clavier. Tous ces messages oubliés, toutes ces promesses perdues ça me fait des boursouflures sur le cœur, à la radio on m'a prescrit, dix ans d'arrêt d'aimer.