Hier encore, j'avais 20 ans (paf, une référence culturelle à peine l'article commencé), j'étais jeune et insouciante. Et puis un jour, tout doucement et irréversiblement, quelque chose a fini par changer en moi.
Ca a commencé il y a presque 4 ans. Mon petit frère a eu la mauvaise idée de fêter ses 18 ans. Comment ce garçon a-t-il pu passer de l'âge de 5 ans, où il appuyait négligemment sur le bouton « rec. » de mon Fisher Price, bousillant par la même occasion ma K7 de Babar, à 18 ans, fumant le joint comme je mange des mikado (c'est-à-dire beaucoup trop souvent), sans que je ne m'en rende absolument compte. C'était un fait, j'avais vieilli. Je n'étais plus enfant, mais je n'avais certainement pas dépassé le stade adolescent, c'était impossible.
Mais ces derniers temps, j'ai commencé à avoir de sérieux doutes quant à ma jeunesse et certaines personnes m'ont mise subtilement sur la voie de la raison.
Tout a commencé en stage, alors que je jouais à la maîtresse dans une classe de maternelle. Accompagnant les enfants dans un théâtre à l'autre bout de la ville, j'en profitais pour tailler une bavette avec deux petites filles, une à chaque extrémité de bras. C'est alors que la question fatidique me fut posée : tu as quel âge ? A ma réponse (24 ans pour ceux qui sauraient pas), leurs yeux se sont écarquillés, presque horrifiés, et est sortie totalement naturellement de leurs bouches : « mais tu es vieille !!! » Hum… Respirant profondément, j'essayais de ne pas pleurer, quand ces petites pestes ont continué leur délire : « et tu n'es toujours pas mariée ? Faudrait ptet te dépêcher si tu veux avoir des enfants ! » (euhh… qui a parlé d'enfants ici ?!) ou encore un charmant : « je serai ta meilleure amie même quand tu seras morte ! » (comment t'expliquer chérie que je compte pas mourir de suite hein…). Je décidai d'oublier ces insultes et mettais cela sur le compte de leur inexpérience.
Ces derniers jours pourtant, des gens se sont acharnés à me rappeler à mon triste sort. Un jeune homme de mon âge à qui je tenais gentiment la porte expliquait à son correspondant au téléphone qu'une « dame » lui avait ouvert. Ingrat ! Et que dire alors de ce jeune serveur que je côtoie de temps en temps et qui s'obstine à me donner du « tout va bien madame ? ». T'as de la chance d'être beau, mais je te hais quand même. Et voila que mes voisins m'invitent à un apéritif de cinquantenaires ou que je vais fêter l'anniversaire d'une jeune quarantenaire…
Alors oui, c'est indéniable. Je trouve les trentenaires de plus en plus sexy. Je suis agacée par les bruits de scooter du jeune con qui tourne dans les rues juste pour faire du boucan. Je commence mes monologues par un extrait d'une chanson de Charles Aznavour. Je feuillette le Femme Actuelle de Maman. J'emploie des expressions comme « tailler une bavette ». J'ai bientôt un métier, un vrai. Les enfants m'appellent « madame ». Les vieux aussi d'ailleurs. Je regarde parfois « Envoyé Spécial ». Et je sais me servir d'un aspirateur, d'une machine à laver ou d'un fer à repasser (que certains n'y voient pas un message caché).
Mais je continuerai à m'habiller avec du rose. A mâcher du chewing-gum à la fraise. A ne porter QUE des converses. A manger des carambars. A danser comme une dératée dans ma chambre (mais jamais en public). A mater les mignons vingtenaires. A pleurer bêtement devant une comédie romantique ou un téléfilm allemand dont raffole M6. Et à rêver du Prince Charmant.
Faut pas déconner non plus, saperlipopette !