Un jour, un journaliste a fait une chronique tiède de notre album « Seconde Peau ».
Il y qualifiait notre travail d’ électro littéraire. On ne l’a pas pris pour un compliment.
On peut faire de l’électro et aimer la littérature, sans pour autant avoir envie de se faire estampiller d’une si bancale appellation.
Mais on s’est dit que ce serait plutôt drôle de se laisser prendre au jeu suivant.
Pourquoi ne pas être là où on nous attend ?
Pourquoi ne pas se mettre à faire ce que d’autres ont décrété qu’on faisait ?
On s’est donc attelé à la tâche de la réalisation d’un morceau d’électro littéraire.
Au final, il est franchement plus rock&roll qu’électro – et qui s’en plaindra ?

Nathan avait, à ma demande, réalisé un instrumental qui illustrait la dernière virée en bagnole de Jackson Pollock. Ce soundtrack était tellement complet que je peinais à écrire quoi que ce soit qui l’accompagne. Pas moyen de laisser tomber non plus, vu que le morceau me plaisait vraiment beaucoup.
On a commencé à le travailler en répétition et j’avais pris quelques bouquins avec des textes que je voulais lire dessus, en attendant de pondre mon texte. Il y avait des trucs de Ferlinghetti, Ginsberg, Lamantia, Bukowski et … Daniel Darc, ancien chanteur de Taxi Girl, à ses heures traducteur de Burroughs et Ferlinghetti, et qui a une prose pas très éloignée de celle des cousins beat.
En fin de compte, c’est un des textes de Daniel qui y collait le mieux ("Lookin’ for a Jew - death to music bizz" éditée par le micro-éditeur rouennais "Derrière la salle de bains"). En particulier un passage sur le Tutti Frutti de Little Richard et sur le rock&roll en général. Le reste… bah le reste était littérairement très bien, mais ne collait plus au morceau.
J’ai écrit quelques petits trucs autour, mais rien de bien épais ou d’assez dense. Puis, vu que c’est un des leitmotivs du bonhomme Darc, je suis allé glâner tout un tas d’autres textes à lui sur le rock : des notes de pochettes des albums "Sous influence divine" & "Parce que", des notes de pochette du maxi-45t de Taxi Girl "Nous sommes jeunes nous sommes fiers" et une impro vocale sur le morceau "Nijinsky" Après, j’ai fait un cut-up de tout ça.

Au final, ça donne une espèce de pamphlet mythologique sur le rock&roll.
Je le lis (vu que c’est vachement long et dur à retenir) et le déclame sur scène.
Parfois, j’aboie, je crie ou j’ahane entre deux phrases.
En fin de compte, c’est pas si mal, l’électro littéraire.
L’ironie de tout ça, c’est que « Cherchez le garçon », le tube de Taxi Girl était déjà un cut-up entre « Fais pas ta rosière » de Raymond Chandler et un autre polar de John Evans, comme quoi…
david (pour Taxidermists), 4 décembre 2007
Ce texte a également été publié dans ON (interrupteur littéraire), il y accompagnait le texte de Tutti Frutti. http://www.onlit.be
La version de Tutti Frutti que vous pouvez entendre sur notre page a, quant à elle, été enregistrée lors de notre session radio aux Studios Silent Block, le 9 mars 2008.