Festival Al-Bustan - L'ensemble Badila a réveillé l'âme des grands poètes arabes
Vibrations énigmatiques
L'article de Colette KHALAF
Une musique sans frontières, festive et spirituelle a enveloppé chaleureusement le public du festival. Cinq musiciens occidentaux et orientaux (la danseuse s'étant excusée pour indisposition) ont offert à une audience, tombée sous le charme, des sons inédits, nourris des rivages de la Méditerranée.
Ce sont des citoyens du monde, comme on le dirait en termes modernes. Ces cinq musiciens originaires de la France, de l'Iran et de l'Inde se sont rencontrés un jour à l'initiative du percussionniste français Bastien Lagatta et ont formé l'ensemble Badila dont le nom signifie « l'amoureux à fière allure », en dialecte du Rajasthan.
Bastien Lagatta alternant entre tabla, tombak, derbouka et morchang; Robin Vassy, son alter ego (dixit Lagatta), entre sanza, sabar, berimbao, kes-kes et ghatam. Le chanteur Mame Khan Manghanivar (originaire de l'Inde) à l'harmonium et aux karthals. Sardar Mohamadjani (Iran) au tar, oud et rubâb. Enfin, le chanteur iranien cette fois, Javid Yahyazadeh, soufflant dans son ney et sa lalevah. Ils étaient cinq artistes assis en tailleur devant leurs instruments, prêts à offrir au public un concert haut en couleur.
Sacrée et festive, chaude comme le souffle des vents des steppes arides, aigrelette comme l'eau cristalline de la mer Méditerranée et rythmée comme le tempérament bouillonnant des Orientaux, leur musique va s'élever, métissée, à l'arôme d'encens et d'épices. Elle explore, à l'aide des instruments anciens, un répertoire qui court du Proche-Orient jusqu'aux profondeurs du continent indien. La voix de Mame Khan, langoureuse comme les chants des nomades et traînante comme les caravanes qui s'étirent dans le désert, a chanté les vers des poètes mystiques orientaux. Et d'un coup, les anciens, Mira Bai, Mawlana Rûmi ou Ghulam Farid, se sont fondus en toute harmonie avec les compositions contemporaines de Bastien et Mame, créant un univers musical nouveau et mystérieux.
Ensuite, à l'aide de percussions diverses comme les tambours d'eau, bâtons de pluie, gongs et crotales, accrochés aux pieds de Vassy, devenu pour quelques instants, à lui seul, homme-orchestre, les cartes se brouillent, les ambiances se mélangent et l'imaginaire vagabonde.
«J'ai l'honneur de travailler avec ces artistes, a dit Bastien Lagatta en s'adressant au public. Issus tous de familles anciennes de musiciens, ils portent à la fois en eux l'héritage de leurs pères et les traditions de leurs pays.»
Entre maqâm arabe, mugam centro-asiatique et raga indien, l'ensemble Badila a emmené l'audience vers un pays aux contours énigmatiques qui n'existe pas sur la mappemonde. Un pays fait d'amour, de bonheur et de sérénité.
Colette KHALAF