Pascal Mono
Crossroads !
L'homme est simple, discret, déterminé. A Pornic, mi-août, 48 heures avant sa première partie (acoustique) du festif et démago Bénabar, il avance d'un pas précis et convaincu jusqu'à la terrasse où, pendant plus de deux heures, il détaillera son parcours et sa vie d'artiste, avec une foi communicative, à la fois sereine et légitimement angoissée.
Pascal Mono n'est pas blasé. Son album ne s'appelle donc pas Intact pour rien – ni pour l'impact du mot, no ! Le guitariste, auteur-compositeur, avance, depuis presque vingt ans, sur un chemin solo parfois très escarpé, régulièrement prometteur… Niçois, fils de l'écrivain Jean-Louis Maunoury (« Au début, j'hésitais à chanter en français, mais j'ai toujours écrit en français, avant même de toucher une guitare, sans doute pour imiter mon père »), Mono est élevé strictement entre cours de violon et de piano, baignant dans la musique classique. Puis arrivent, à la fin des années 70 (il est né en 69), des disques de Dylan et des Beatles (dont il dit avoir appris tout le répertoire).
« Le choc, c'est un disque de Led Zeppelin. Je me dis que je veux vraiment jouer de la guitare électrique. Je décroche une guitare du mur, chez mon oncle, je la remonte moi-même (rires), mon premier accordage, je pète les cordes parce que je ne sais pas comment il faut faire… Un copain, à l'école, me donne ma première gamme de blues, et tout part de là ». Depuis, sa vision du rock est restée la même : « Le mot de compositeur me parait trop fort, et même si je suis auteur-compositeur, ça me fait toujours bizarre, parce que les grands compositeurs que j'ai écoutés, c'est quand même Mozart, Bach… Le rock'n'roll, c'est plus une inspiration simpliste pour véhiculer de la colère, de l'humour, du dégoût, ou du plaisir, mais ça reste trois accords… ».
Et cette voix si remarquable, avec laquelle, par ailleurs, il fait ce qu'il veut, quand l'a-t-il trouvée ? « Avec (son ex-groupe) Moulin Rouge, je faisais aussi des reprises. Je découvrais que je pouvais chanter du Aerosmith dans les tonalités d'origine, du Police, du Led Zeppelin… Je n'ai jamais pris de cours de chant, jamais chanté dans ma chambre ou dans ma salle de bain. Ca s'est passé dans un micro, avec des enceintes. Le son venait de l'extérieur et tout le challenge, c'était passer au-dessus de la batterie ! ». Un plaisir quotidien… « Oui ! C'est un bon moyen d'échapper à la condition humaine ».
SUR LA ROUTE
Ses débuts ont lieu au cœur des années 80, dans un pub de Nice, le « Hole In The Wall ». « Le virus est là, tu vois le regard des gens qui change. A 17 ans, je pars faire le tour d'Europe avec un copain, on se paye l'hôtel en jouant dans la rue… ». Assidu, néanmoins, à ses études de philo : « Je lisais les bouquins, mais en dehors de ça, c'était six heures de gratte par jour. Et la guitare m'a amené au chant. Je ne voulais pas être chanteur, je voulais être guitariste. Je me suis même monté un studio, quelques années après, où je continuais à bosser les plans de Van Halen, mais bon… Apparemment, j'étais plus doué pour chanter que pour faire leurs solos, donc maintenant je joue mes solos, c'est mieux (sourire) ».
En 1994, Pascal monte à Paris en même temps que son partenaire de l'époque dans Moulin Rouge, le guitariste Philippe Paradis. « Je me disais que ce serait bien qu'il soit mon guitariste. J'avais rencontré le batteur des Scorpions (nda : Herman Rarebell, qui quitte le combo hard teuton en 1997) qui voulait qu'on monte un groupe, d'ailleurs ça s'est fait ». Des maquettes sont enregistrées à Cologne. Culte, car introuvable ! « Ouais ! C'était un mélange d'Aerosmith et de Rage Against The Machine… Mais quand tu rentres dans ce genre de répertoire en anglais, laisse tomber, tu es en concurrence, sur le marché international, avec des groupes indépassables… Bref, de toute façon, Rarebell n'a pas trouvé de deal, on a laissé tomber ».
Espoir suivant : une signature chez Sony/Columbia. « Sony m'avait donné un choix : tu préfères aller aux Etats-Unis ou en Angleterre ? J'ai préféré aller en Angleterre, parce que Radiohead, parce que le trip hop… J'y voyais une créativité plus pointue… Et puis c'était beaucoup plus proche de chez moi ! Mais le directeur artistique a dû partir (ndr : Didier Varrod) et dans ce cas-là, tes projets artistiques passent à la trappe ». En 98, Mono a tout de même l'occasion d'enchaîner sur deux tournées européennes, en première partie de Massive Attack et d'Eagle-Eye-Cherry. Il accompagne Chezere, la protégée trip hopeuse de son producteur anglais, Rick Frazer. En 1999, il intègre Spina, « un groupe bordelais qui avait fait deux albums, chez Musidisc, du rock électro-indus entre Nine Inch Nails et Front 242. Des musiciens très matures, avec un discours ésotérique… Quelque chose de très pointu, qui nous a amené à jouer dans plein de salles, du Théâtre 140 (Bruxelles), où était passé le Floyd, jusqu'à Jérusalem ». Mais Musidisc est racheté, et une autre signature tombe à l'eau. Il quitte le groupe en 2004.
TEMPS A NOUVEAU
En 2005, c'est le challenge Star Ac, un quitte ou double finement négocié et, à l'arrivée, un album, enfin ! Belles chansons pop rock, au dessus d'une production manquant de relief et d'angles non arrondis, mais une voix libre, quoi qu'il arrive… « Je suis très fier de cet album. Je ne m'attendais pas à avoir autant de liberté artistique. J'ai bossé avec Antoine Essertier, que j'avais croisé à l'époque où il travaillait pour Daran et Les Chaises (ndr : producteur de « Dormir Dehors »), et j'étais heureux de le retrouver. Il est très productif, il travaille énormément. Mais quand tu as fini un album, tu n'en vois plus que les défauts, alors quand tu m'en renvois un, je le vois gros comme une maison, je le sais ! ».
Sur Intact, il partage les guitares avec Essertier mais surtout avec Matthieu Imberty, un temps sur les routes avec No One Is Innocent. Geoff Dugmore (Killing Joke, Brian May Band, Rachid Taha, Heater Nova, etc.etc. !) est à la batterie ("un petit gars exceptionnel, pas blasé du tout, plein d'énergie et toujours à fond pour le projet ») et Nicolas Fizman à la basse (« La Rolls Royce ! Un mec qui passe sans problème du jazz à AC/DC »).
L'enregistrement de cet album fut « un conciliabule à trois », avec Essertier et Djoum (l'ingénieur du son depuis 20 ans chez ICP). « Ca reste de la chanson française « à l'anglaise ». Ce n'est pas le même enjeu, quand tu chantes en français. Ton texte passe, et tu t'adresses à des gens qui doivent comprendre ce que tu dis ». Cependant « pour le prochain, je vais veiller à ce qu'il y ait plus de basse, que ce soit un peu plus gras, moins clean. Avec Matthieu (Imberty), on avait enregistré plein de guitares pour chaque titre, mais il a fallu n'en garder que trois ou quatre ». Il poursuit l'analyse : « C'est un condensé de vie, cet album. Ca démarre, ça fouraille, y'a du tempo, et puis ça finit en guitare/voix (« Avec Des Mots »), un peu à la Jeff Buckley, avec une explication plus ou moins claire sur l'acte d'écrire, de composer et de chanter ». Un dépouillement sonore bienvenu ! Intact, ce sont des textes impressionnistes (« Aïe ! », « Grand A ») et d'autres plus proches d'une histoire courte, d'un moment de vie (« Je Me Casse », « En Somme »). « J'aime bien quand c'est très condensé, et semer le trouble avec un double sens. Depuis « l'expérience TF1 », j'écris des choses plus positives, avec plus d'humour, comme « Mon Epoque » ou « Grand A ». Les artistes que j'apprécie ont de l'humour ».
Mono aime à insister sur la variété de ses goûts : « Ils sont très éclectiques, je pense que la musique doit pouvoir s'infiltrer partout, sans être cloisonnée. J'écoute autant Nusrat Fateh Ali Kahn et John Mayall, que Springsteen ou même NTM. J'ai parfaitement conscience de mes influences, et ce qui est bien, c'est de savoir s'en dépêtrer, ne pas vouloir faire la même chose. Ecrire en français aide à proposer quelque chose à soi, qui t'est propre ». Il co-signe les paroles de « Sur Mon Cœur » avec Jean Fauque. « C'est rare que je parte d'une musique pour écrire un texte. J'avais écrit trois ou quatre textes, qui ne collaient pas trop, et c'est là que j'ai pensé à Jean Fauque, avec qui j'avais déjà collaboré à l'époque de Columbia. On n'a pas tout mis, parce que ça faisait redite, mais sur le prochain album, il y aura des textes avec lui ».
Et le joli titre ? « Intact, c'est l'esprit, qu'il l'est. En 20 ans, j'en ai vu des gars qui tombent, comme sur un front, que ce soit la came, le sida ou la dépression. Quand tu joues des années dans ta cave et qu'il ne se passe rien, tu finis par en avoir marre. Ceux qui lâchent des phrases gratuites comme « le rock est mort » me font doucement sourire… Le rock est peut-être mort, mais les rockers sont bien vivants ! ».Pendant son moment de gloire télévisuelle, Pascal marque les esprits. Gros potentiel commercial… Pourtant, Universal n'a, à ce jour, pas cédé le moindre centime pour une quelconque promo : « C'est la stratégie de Mercury. On lâche le bébé dans la nature juste avant l'été, on fait un buzz, public et professionnel, on le sort sur la base de fans, et on voit ce qui se passe. Comme le bouche à oreille est très bon, à la rentrée, ils devraient passer à la vitesse supérieure. Il faut que ça passe par la scène, et faire le plus de concerts possible ».
L'objet CD est aussi attractif et créativement dense que son contenu. Le livret est superbe… « Merci… pour mon frère, qui est affichiste (ndr : Jean-François Maunoury). C'est lui qui a fait Existenz, Memento (ndr : et les affiches de Spina) et d'autres trucs plus indé. Il a bossé jour et nuit pendant une semaine ! Ca nous a aussi permis de nous retrouver ».
Marc-Emmanuel Konigson