J'avais hâte de participer à ce concours-festival visa francophone… D'abord, c'était en Aveyron, au soleil. Ensuite je trouvais ça chouette un concours d'ACI où l'on avait, en faisant partie de la sélection, une date dans le festival « Tout le monde chante ». Bon d'accord, le cachet est loin d'être mirobolant, mais ça remboursera le voyage et puis on passera quelques jours au soleil gratuitement.
Arrivée à Villefranche de Rouergue, jeudi, 14h30
Il fait beau, il fait chaud, la ville est belle, le théâtre municipal aussi et on va faire de la musique… Tout semble se présenter pour le mieux…
Matthias nous amène à l'internat du lycée Beauregard où nous serons logés le temps de notre séjour… Une chambre par groupe, des cannettes et quelques fruits secs sur une table. Un peu glauque certes, mais bon, ambiance colonie de vacances, jusque ici tout va bien. Heureusement, prévenue par une ancienne candidate qui n'est autre que mon accordéoniste, j'avais demandé s'il fallait apporter des duvets, car pas de couvertures sur place, nous n'étions pas prévenus, certains se sont donc retrouvés sans rien…
Assoiffés par le trajet (non défrayé) et la chaleur, nous prenons quelques cannettes avant de partir et le pique-nique que nous nous étions nous-mêmes préparé. Il est 15h passé et nous n'avons pas encore eu le temps de manger. Ah, les chambres ne ferment pas à clef et le lycée reste grand ouvert… Bien, nous transporterons donc avec nous nos instruments de musique pendant toute la durée du séjour… Retour au théâtre, assez loin de là, le lycée étant très excentré. Balances. Bon, on ne peut pas dire que les conditions techniques soient excellentes, le matériel est assez vétuste. Et puis j'avais demandé à plusieurs reprises si une batterie potable était disponible sur place « oui, oui, pas de soucis »… Hum… Jamais vu une batterie aussi pourrie. Pas grave, nous sommes de bonne humeur. Chacun y met du sien. Ca va.
Mon amie Gaëlle Vignaux, qui participe elle aussi au concours, a passé les sélections la veille et nous rejoint. Rapide debriefing. Le son des balances n'a pas été reproduit le soir même, elle a chanté sans retour et s'est faite engueulée pour avoir plaisanté sur scène sur les conditions techniques. Bon. Ce n'est pas grave, on verra bien. Et puis nous pouvons enfin manger. Ahhhhh ! il est 16h30, il était temps. Aucune nourriture n'est prévue pour les artistes sur place. Ce sera le cas pendant tout le séjour. Coup en terrasse sous le soleil villefranchois. La vie est belle.
Je participe donc le soir à la seconde demie finale. Long discours de Nicolas Rossignol, président de l'association Visa Francophone, qui organise ce concours. « Ah ! l'accueil des Villefranchois, ah !... L'attention portée à la création et aux artistes… » Que d'émotions, ça nous arracherait presque une larme… Bien, je passe en dernier, la soirée et donc un peu longue et comporte le stress inhérent aux concours. C'est à nous. Argh larsen… Argh, buzz… Bien. Ca y est, ça va. Le son est même assez bon pendant ma prestation. Je m'amuse. Tout va bien.
Délibérations d'un jury qui ne nous a pas été présenté. Nous avons le droit pendant ce temps à un merveilleux catering. Trois tranches de saucissons, un bout de pâté, du taboulé et quelques gâteaux secs. Nous devons bien être quarante. Ce n'est pas ce soir que l'on se goinfrera. Mais bon, je retrouve des amis et connaissances qui participent au concours : Coline Malice, les Soria et fait la connaissance des autres participants. Les gens sont sympas. C'est chouette.
Le Verdict : je ne serai pas en finale. Pas grave. Mon amie Gaëlle y est, elle, et je suis bien contente.
Vendredi. Petit déjeuner. Nous en profitons, c'est le seul repas offert par l'organisation. « Tiens, vous avez vu la date de péremption des cannettes qui étaient dans les chambres ? » « euh, ben non, on n'a pas regardé… » « ben vous devriez ». Nous vérifions donc. Elles sont périmées depuis des mois… Hum.
Nous errons toute la journée dans les rues de Villefranche. Non, c'est vrai, c'est beau, mais ce n'est pas grand et une fois qu'on en a fait le tour quatre fois… Ben on paie de notre poche des coups en terrasse.
Petite répétition au soleil sur les bords de l'Aveyron. Ah, un moment sympathique…
Entre temps, nous avons tout de même eu quelques informations assez déroutantes. Selon les groupes, les cachets pour les dates durant le festival ne sont pas les mêmes et certains groupes ont deux dates (donc deux cachets) quand d'autres n'en ont qu'une… Bien… Pensaient-ils que les candidats ne se parleraient pas ? Dommage, nous nous entendons très bien et les choses se savent.
Le soir, finale du concours. Les groupes se succèdent. Youhou ! ma copine Gaëlle Vigneaux a gagné le premier prix. Coooooool ! Enfin bon, si les finalistes s'attendaient à un petit coup à boire en leur honneur… Ils seront déçus… Et les 3000 euros que Gaëlle a gagnés, elle peut ne les recevoir que dans 8 mois (les gagnants de l'année précédente ne l'ont reçu qu'après neuf mois)…
Retour à l'internat. On ne se couche pas trop tard parce que mon percussionniste doit partir demain. Il a son train à 8h à Figeac, à quelques trente kilomètres de Villefranche. Or, l'organisation avait omis de nous faire part d'un détail fâcheux. Demain justement, le tour de France part de Figeac et passe par Villefranche… La ville de Figeac est donc fermée à la circulation à partir de 6h du matin… Tous ses renseignements, c'est bien sûr nous qui les obtenons, tout ce qu'a su me dire Matthias, étant de nous renseigner à l'office du tourisme… Le même Matthias, qui, répondant à notre étonnement au sujet des fameuses cannettes mises à notre disposition a sorti un superbe « Ben oui je sais qu'elles sont périmées, et alors, je les bois moi »… « Non, ben rien, on aurait aimé être prévenus … ». Pas grave, face à l'adversité, restons solidaires ! Le samedi donc, à 5h15, c'est tout notre groupe qui part vaillamment vers Figeac accompagner Gaël à la gare. Gaël qui attendra donc deux heures dans une gare déserte que son train arrive.
En rentrant je commence quand même à avoir les nerfs. La fatigue, les douches froides (ah oui, j'avais oublié ça), être traîtés comme de la merde, payer notre bouffe chaque jour, la colère monte. Et c'est le cas pour tout le monde. En plus, ce n'est encore pas aujourd'hui que je chanterai, ce pour quoi je suis quand même venue, et je sais que la journée qui m'attend va encore être une journée d'errance Villefranchoise. Parce qu'évidemment, la date dans le festival n'est prévue que le dimanche après-midi. Depuis notre arrivée le jeudi, nous avons donc joué un quart d'heure. Et en plus, le temps a tourné au moche. Bien, testons donc un autre resto, continuons de dépenser nos sous… Il faut bien se nourrir et s'occuper. Tiens, les Soria sont à la sieste musicale cet après-midi… Certes le concert, dans les jardins de l'hôtel de ville est quelque peu contrarié par le tour de France et les mariages qui se succèdent en mairie et klaxonnent à tout va (mais bon, un samedi de juillet, vraiment, qui aurait pu le prévoir…), mais je suis contente de les voir chanter. Voilà, voilà, de gros concerts pour le festival sont prévus ce soir. On a bien envie d'aller voir Cabrel. « Au fait, j'imagine que l'on a des pass pour assister au concert ? » Et Nicolas Rossignol de répondre : « Ah, non, même ma mère a payé sa place, c'est pour le cancer, gnagnagna ». Vous vous demandez ce que sa mère vient faire là-dedans, rassurez-vous, nous aussi. Et notre œuvre caritative, ça fait un moment qu'on a l'impression de la faire… Grrrr… Bref, on a tout le même le droit de bénéficier de royaux tarifs réduits à 15 euros au lieu de 20. On n'a pas à se plaindre franchement, on est vernis !
Mais le pire reste à venir. La malheureuse Coline et son pianiste Antoine, jouent ce soir sur une scène aménagée à deux pas de la scène principale. Pendant leurs balances, les musiques de Sheryfa Luna and Co tournent à fond… Et même pendant le concert, nous aurons droit à quelques essais de son. Si ça ce n'est pas de l'organisation et du respect des artistes, vraiment, hein ? Le groupe qui suit a plus de chance, les balances à côté sont terminées et leur musique crache davantage de décibels.
Coline et Antoine partiront rapidement après le concert (après avoir dû réclamer avec force le repas qui leur était acquis contractuellement ce soir là…). Hâte d'en finir avec le festival, avec Villefranche. D'ailleurs tous les artistes dont les dates sont déjà passées dans le festival fuient rapidement. Ras le bol général. On va se consoler en mangeant un bon couscous (oui, oui, bien sûr, toujours à nos frais…).
Dimanche. Nous chanterons enfin aujourd'hui. Enfin il fait moche et le concert est en plein air. Manquerait plus que ce soit annulé et que l'on soit resté depuis jeudi pour rien. Non, allez, on y croit ! Nous devons finir vers 16h30 et habitons à Paris. On est un peu nazes. Même si j'ai hâte de partir, je demande donc à Matthias si nous pouvons dormir la nuit du dimanche au lundi à l'internat. « Ah, mais ce n'est pas dans le contrat, alors ce sera 30 euros ». Je manque de m'étouffer. J'ose à peine y croire. Là quand même je m'énerve un peu. Bref, de toutes manières nous sommes venus avec la voiture de mon guitariste et il préfère rentrer le soir même. C'est la fuite. Le concert se déroule bien. La voiture est chargée. Cris de joie en passant le panneau Villefranche-de-Rouergue barré. On est même contents de retrouver Paris.
Juste un dernier mot. Les artistes ne sont quand même pas les seuls à être traîtés comme des moins que rien. Les bénévoles non plus n'ont droit à rien. Eux aussi doivent se nourrir par leurs propres moyens pendant que Nicolas Rossignol sort ses grands discours en faisant des effets de manchette. Quant à la technique, ils ne sont pas non plus rémunérés. Ils auront juste le droit d'animer le bal du 14 juillet avec un cachet revu légèrement à la hausse. Enfin, une pensée spéciale pour Julien, qui ne fait pas partie du bureau de l'association Visa Francophone mais a été le seul à se défoncer pour nous. C'est lui qui allait chercher les arrivants à la gare (à ses frais !), lui qui était disponible pour nous et lui qui dimanche, honteux des conditions dans lesquels nous étions reçus, a été acheter avec ses propres deniers des cannettes de bières pour nous les mettre en loge…
Voilà. Artistes qui souhaitez participer à ce concours, vous aurez été prévenus. Sponsors qui le soutiennent, sachez ce que vous soutenez. Et partenaires (conseil général…), sachez où vont les sous que vous mettez pour la soi-disant culture.