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Tomasz, brailleur de
nuit des caves de Paris....
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« Brailler ». Sens premier: « crier de façon assourdissante ».
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Sens figuré: « chanter fort et mal » (définition de l’Internaute). ....
Quel chanteur supporterait qu’on le
compare, même de loin, à un « brailleur » ?....
Pour Tomasz, loin d’être une insulte,
ce dénominatif est devenu l’étendard de son art.....
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Une énigme…La trentaine bien attaquée
mais toujours mal rasé, sweat-shirt à capuche, l’air pataud et affreusement
amical, le chanteur se passe des formules de politesse de circonstance.
D’ailleurs, cet arpenteur de petites salles de concert en tout genre éjecte de
fait toutes les normes de langage conventionnelles et les non-dits habituels.
Samedi 3 janvier, après une première partie au Connetable, petit resto dans le Marais doté d’une cave en sous-sol,
Tomasz annonce à un auditoire réduit : «si
jamais vous voulez rester jusqu’à 22h30, je serais là pour brailler une petite
demi heure » !....
Décontraction déconcertante,
probablement acquise après la bagatelle de 500 concerts qu’il a joués depuis 2001. Tomasz est boulimique de la scène,
accro au contact avec son public. Il suffit de regarder son myspace. Neuf
concerts l’attendent déjà en janvier... L’année 2009 commence fort. Un homme
pressé se cacherait derrière ce visage enfantin et enjoué? Etonnant pour un adepte de Noir Désir, mais
le chanteur avoue n’être efficace que dans l’action, et ne pas se donner le
temps nécessaire à travailler ses compositions. Des caves comme celle du Connetable, il en a écumé des centaines.
Ses sous-sols préférés ? L’apérock
café, le Café de mars..…Quand il
a commencé à gratter dans des groupes de rock, l’envie de live l’a vite gagné. « Mon but c’était de faire des lives.
Faire deux répétitions par semaines pour un live par mois, ça ne me convenait
pas ».
Alors il décide de tenter sa chance en solo. Culotté pour quelqu’un qui a
appris la guitare seul et « comme un
feignant ». Mais tout semble aller de soi pour cet enfant d’Europe de
l’Est. Ses parents ne sont pas musiciens, mais à leur départ de Pologne, ils
emportent avec eux leurs mélodies slaves. Tomasz a huit ans. Il est fasciné par
la guitare. Peut-être parce qu’en écoutant le transistor qui braille des
mélodies rock, il n’arrive pas à comprendre comment les guitares rouges – un groupe de rock polonais « à
connaître » - font pour tenir à l’intérieur ! Alors c’est sur ce
mystère qu’il décide d’aller s’égosiller de cave en cave depuis huit ans? Une
passion fétiche ? Un souvenir de gosse ?....
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Une énigme…Les braillements en question,
ils reviennent à intervalles réguliers, comme les anecdotes caustiques qui
rythment son live bien calé. Ses prestations se divisent entre reprises et
compositions personnelles. Le besoin d’être bestial, de faire cracher le
micro ? ....
« J’aime
trop faire des reprises. Quand je ne fais que des compos, j’ai l’impression
d’avoir faim en sortant, tu comprends ? » Soit. Son
regard plein d’assurance, de celle qui naît d’un parcours bien rempli et loin
d’être encore achevé, parle surtout de liberté. Oui, sa manageuse, « une amie » précise-t-il, le somme de faire plus de compositions, pourquoi pas des
premières parties, mais il ne semble pas prêt à faire ce saut qualitatif. ....
Peur de s’enfermer dans son propre
style, de déplaire, de s’appauvrir, ou générosité envers ses pairs et son
public? ....
Peut-être tout simplement le plaisir de
chanter ses vieilles
rengaines. Un bonheur perceptible sur son visage quand il « braille »
Allez viens de Mano Solo, quand il
rugit de plaisir au beau milieu d’un morceau de Noir Désir. Le public, lui,
frissonne lorsqu’il l’entend fredonner Jeff Buckley avec des trémolos dans la
gorge et un coffre digne de l’ex-rossignol du rock n’ roll. Pourquoi se
priver de ces reprises bien senties pour se consacrer uniquement à la
compo? « Je ne suis pas vraiment
carriériste » révèle-t-il. On s’en doutait un peu. C’est peut-être son
remède à l’aigreur, un des seuls thèmes qu’il
aborde les sourcils froncés. Pourtant au-delà des reprises, ses compositions
valent aussi le détour. Le chanteur aux racines polonaises pense slave quand il
compose et français quand il braille. Le résultat donne des créations tout en
langueur et empreintes de nostalgie. Toute la variété française se donne en
fait un apparat slave, « avec des
accords ré la mineur ré mineur qui viennent tous de l’Est » selon
Tomasz, qui apprécie cette recherche de nouvelles influences. Le chanteur qu’on imagine bon
camarade, se fait bombarder de conseils par ses proches. Pourquoi pas des
compositions en polonais ? Arrêtes de
tourner, prends plus de temps pour composer ? Mais les écoutes-t-il ?....
A l’heure actuelle, comme s’il
n’assumait toujours pas son côté mélancolique, ses concerts finissent toujours
avec une petite dernière de Jeff Buckley ou de Tracy Chapman.....
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L’énigme a peut-être là son dénouement.
Comme tant d’artistes qui tournent de cave en cave avec des cachets qui
feraient pouffer les adeptes des grosses scènes, Tomasz a le profil modeste.
L’ambition ne le ronge pas. Son album Novambre
sorti l’an dernier est en vente dans quelques magasins, mais surtout à la fin
de ses concerts. Il table sur 300 ventes par an. Pour le montage et l’édition,
ce débrouillard a transformé son appart en studio d’enregistrement. Bienvenue
dans le monde merveilleux de l’autoproduction ! Des mois de boulots, en trio
avec une violoncelliste et un accordéon rencontrés sur le site de rencontre
myspace, comme son ami manageuse. Depuis, il est sur un nouveau projet avec des
enfants de sa ville. En collaboration avec un auteur, il a proposé à la mairie
de Suresnes de faire chanter les enfants entre 16h30 et 18h à la sortie de
l’école. ....
Une façon peut-être de montrer aux
gosses que la chanson n’est pas que du bruit enfermé dans un transistor, que
tout le monde peut en faire. Tomasz a dû
passer par des études avant de pouvoir fredonner librement. « J’ai fait quatre ans d’études en AES
(Administration Economique et Social)…J’en ai au moins tiré une chanson »,
s’amuse-t-il à dire avant de fredonner son morceau sur la vocation de
travailler dans l’administration. Lui qui a fait le mouton comme tout le monde,
rêve peut-être en secret de voir des jeunes pousses de brailleurs à Suresnes,
prêts à prendre la relève…Mais la chanson n’est pas comme le sport, on peut
faire une longue carrière. Même si ce bon vivant concède avoir fait des excès
au cours de ses nombreuses tournées. « Tu
te fais payer quatre, cinq pintes, il y a un moment où il faut savoir dire
stop ». Dorénavant, il se vante d’être un des seuls Polonais à boire
de l’eau. Et il espère continuer à brailler pendant encore longtemps. A moins
que – il semble seul à s’en inquiéter - il ne devienne aigri avant.....
En attendant, il continue de brailler,
profond comme les caves qu’il écume, et insouciant, comme si chaque concert
était une première. Aurais-t-il trouvé dans les bas-fonds parisiens l’élixir de
l’éternelle jeunesse ?....
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Pour en savoir plus, rendez-vous sur le
myspace de Tomasz, ....
http://www.myspace.com/tomaszlivecom.....
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.. Emmanuel Haddad.
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