De manière relativement surprenante, le lever de rideau est confié à Mike Ladd, dont le hip-hop débonnaire et musical n'est finalement pas si déplacé dans un tel contexte. Secondé par deux musiciens, dont un excellent batteur, il montre qu'on peut oeuvrer dans ce genre tout en faisant fi des clichés du rap grand public.
La prestation de Yo La Tengo démarre assez prévisiblement par un de ces longs morceaux linéaires et minimalistes, zèbrés de couches de bruit guitaristique. Le seul souci étant que ce Barnaby, Hardly Working n'est pas des plus passionnants. Qu'importe, la suite se révèlera nettement plus intéressante, avec un naïvement charmant Stockholm Syndrome, avant que le récent The Room Got Heavy nous entraîne dans une ambiance plus exotique, avec ses percussions et son clavier kitsch.
On revient à un long morceau monolothique et bruyant avec Pass The Hatchet, I Think I'm Goodkind, mais ce coup-ci l'alchimie prend grâce à une ligne de basse féroce et accrocheuse. Après cette déferlante, l'ambiance se radoucit sur un splendide Tears Are in Your Eyes à la légèreté quasiment vaporeuse. On continue dans cette atmosphère calme avec plus (The Weakest Part) ou moins (Season of the Shark) de bonheur.
En passant, on ne peut qu'admirer la versatilité des trois musiciens, qui arrivent à conjurer toutes sortes d'ambiances instrumentales, des plus éthérées aux plus plombées, avec un personnel réduit et une maîtrise technique plus affirmée qu'on ne leur en donne généralement crédit (Ira Kaplan assure notamment au piano, et Georgia Hubley chante très joliment tout en jouant de la batterie, ce qui n'est pas évident).
Mr. Tough marque un retour à ces ambiances percussives et vaguement dansantes qui se font remarquer sur le dernier album, I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass, avant que I Feel Like Going Home viennent à nouveau calmer le jeu. On est dorénavant en terrain connu avec les From A Motel 6, False Alarm et autres Decora, dans lesquels s'immisce une nouveauté (I Should Have Known Better) parfaitement à sa place. Titres parfaits de pop américaine indépendante mid-tempo.
C'est alors le moment d'enclencher le turbo, avec une version surpuissante de Watch Out For Me Ronnie, à faire pâlir beaucoup de groupes punk. Puis la fin du concert sera dédiée à deux autres morceaux de longues durée : The Story Of Yo La Tango, hypnotique, et un Nuclear War amusant, qui verra le retour de Mike Ladd sur scène.
Yo La Tengo décide de finir sur la reprise de My Little Corner of the World, qui concluait déjà leur album I Can Hear the Heart Beating as One il y a de ça dix ans. Georgia Hubley hésite dans les paroles, James McNew a oublié les accords. Les rires fusent. Ils finissent par exécuter, avec une maladresse assumée, environ la moitié de la chanson avant de tirer leur révérence.
 | Currently listening: Spiderland By Slint Release date: 31 March, 1994 |
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