Mieux vaut pécher par excès que par insuffisance. Jules Barbey d'Aurevilly

Bon, nous l'attendions depuis des années, car Catherine Breillat avait annoncé depuis des lustres qu'elle envisageait d'adapter au cinéma Une Vieille maîtresse de Barbey d'Aurevilly. Dont acte.
Retour en arrière: il y a cinq ans, avec les petits camarades de mon club littéraire, nous avions partagé ce roman avec passion: certains l'avaient adoré, d'autres détesté, quant à moi, j'avais été "retournée" au cours de ma lecture, au point qu'après avoir violemment clamé ma détestation de ce dandy réactionnaire (l'auteur), j'étais devenue une fervente avocate de ce chef-d'oeuvre (le livre).
Suite à nos échanges verbaux enflammés, des mails vindicatifs avaient fusé de tous nos ordis, et finalement, nous nous étions retrouvés durant l'été 2002 dans le Cotentin, à Carterêt, fief de Barbey et centre de l'intrigue, pour arpenter les rudes chemins de douaniers hantés encore par Vellini et Ryno, ou nous allonger ensemble sur la falaise devant des couchers de soleil fastueux. Mais cela est une autre histoire...
Bref. Hier soir, donc, séance de ciné en bande au MK2 Biblithèque, suivi d'un débriefing dans un café voisin. Verdict:
Là encore, l'un adore, un autre déteste, les autres sont partagés. Moins de passions s'expriment, néanmoins: le temps a passé... Globalement, nous avons surtout fustigé quasiment à l'unanimité une grosse erreur de casting: Ryno de Marigny est ici incarné par un joli jouvenceau à la moue boudeuse qui n'est guère crédible en séducteur patenté traînant une liaison torride depuis dix ans: du coup, tout le film en est déséquilibré, au point qu'on se demande si Catherine Breillat a vraiment bien compris l'enjeu de cette histoire (??).
Pour le reste, les avis divergent. Perso, je retiendrai l'interprétation d'Asia Argento: ridiculement déguisée en gitane, elle n'est pas totalement le personnage de Vellini, mais elle y apporte son intensité coutumière; et puis aussi les scènes érotiques très physiques, jamais hamiltoniennes et parfois limite crades, comme souvent chez Breillat. Mais comme nous sommes loin du livre, à la fois brûlant et glacé! Comment, d'ailleurs adapter au cinéma une oeuvre aussi "littéraire"? Un conseil, donc: voyez le film, peut-être? Mais surtout, lisez Une Vieille maîtresse!