Evidemment!
Songez à ne pas passer votre vie à hair et à avoir peur (Stendhal, dans Lucien Leuwen)

... Entre les murs de Laurent Cantet, Palme d'or 2008 à Cannes, donc, donc. Comme la plupart des enseignants, j'y suis allée en traînant les pieds, exaspérée à l'avance par tout ce battage médiatique et tout ce que j'en avais déjà lu.
Eh bien j'avais tort: ce film est MAGNIFIQUE: courez-y!!
Car entre les murs de l'école, c'est exactement comme cela: EXACTEMENT: notre école, mais surtout notre société. Il confortera donc chacun dans les certitudes qu'il a déjà... Pour moi, paradoxalement, ce film a la pêche, et me donne de l'espoir, sans occulter les impuissances et les ratages.
D'abord, Laurent Cantet est décidément un metteur en scène formidable, qui voit et filme tout, et si bien, d'une façon frontale: les ambiguïtés de la mixité sociale et les décalages abyssaux, les rapports de force, les humiliations ordinaires, les enjeux du langage, l'aspect terriblement affectif des rapports maître/élève, le Conseil de discipline comme un thriller. Tout cela est très juste: seule (petite) réserve: son 'équipe pédagogique' est un peu trop idyllique: unie, solidaire, motivée (mais ça arrive
).
Mais, au delà de l'anecdote, ce n'est pas un film sur l'école, mais sur la société (n'oublions pas que c'est une fiction: ici, l'école n'apparait que comme le microcosme symbolique de la société française actuelle, qu'on l'aime ou pas). C'est ce qui différencie ce film des multiples films déjà sortis sur l'école et la banlieue, et prouve l'immense talent de Laurent Cantet, et son sens des raccourcis significatifs, de la litote, de la bonne distance à adopter, et même une forme d'opacité dans son discours. C'est en quoi il diffère de Bégaudeau qui jusque là expliquait à tout le monde ce qu'il fallait faire, et qui ici apparait parfois comme un pauvre type dépassé par les évènements, pas forcément sympathique, et inégal, comme tout le monde. En fait, Cantet l'a utilisé aussi: il est François Marin, et pas l'ineffable FB qui qui sait tout sur tout, et qui m'exaspérait à travers son livre et ses interviews. Et les gosses sont formidables!
Une palme culottée, et ultra méritée, donc: bravo Sean Penn et les autres (enfin, ça aurait été encore mieux s'ils avaient donné aussi le Grand Prix du jury à Valse avec Bachir)