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Daniel PERON


Last Updated: 11/23/2009

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Saturday 14/11/2009 





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L’errance de la toile blanche.......

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Combien de fois suis-je tombé, devant la toile blanche, dans un état de profonde stupeur proche de la paralysie hypnotique ? Je ne saurais le dire…....

Un état très particulier que connaissent tous les créateurs et qui voit alterner des moments d’agitation exaltée proches de la confusion mentale, exaltation servie par le pressentiment de voir enfin de l’Informe naître la Forme tant espérée  qui voit alterner aussi ces instants étirés dans le temps, emplis d’abattement, de torpeur, de vide stérile et désespérant…....

Il s’agit bien d’engendrer à partir des méandres de l’Imaginaire et d’accoucher  d’un être tout aussi imaginaire, l’œuvre d’art… qui devient objet bien réel et pourtant bâti sur une pure idéalisation du monde…....

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Un paradoxe… ....

Pour supporter un monde construit en partie sur l’Illusion, que ce soit en le fuyant ou en l’affrontant, il nous faut créer de l’Illusion donnée elle aussi pour réelle…....

Une béquille parmi d’autres mais qui se fonde, elle en particulier, sur l’Illusion la plus manifeste, celle proposée par l’œuvre d’art, qu’elle soit peinte, écrite, filmée, numérisée, théâtralisée… ....

Une illusion que tout le monde feint d’appréhender pour réalité tout en sachant pertinemment qu’elle n’est qu’illusion pure. L’œuvre d’art est comme cet équilibriste qui marche à petits pas sur la corde reliant le réel et l’imaginaire. Elle participe des deux et se revendique comme telle. Un jeu entre  2 extrêmes particulièrement frappant au Théâtre qui exige que le spectateur joue le jeu dans l’instant où il se pose comme tel: un jeu de dupes intégrant immédiatement l’illusion pour le transmuter en faux réel…....

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Pourquoi donc, dans un monde où l’Illusion règne déjà suffisamment, ajouter encore d’autres formes illusoires qui, apparemment, n’ont aucune nécessité primordiale ?


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On pourrait pourtant en rester là et inventer, créer sans se poser de questions. Mais ainsi sommes-nous faits, des éternels demandeurs, des pinailleurs, des coupeurs de cheveux en quatre…. ....

 
....

Combien de fois me suis-je posé cette question de la nécessité de créer ? Nécessité pour soi-même, nécessité pour les autres… Cela me laisse perplexe et, c’est avec le temps, que cette question s’est imposée de plus en plus… La jeunesse a quelquefois le privilège de l’enthousiasme et je peignais alors sans trop me poser de questions. L’envie, le désir l’emportait sur toute interrogation. Un désir qui met en branle une énergie à tout épreuve, un désir qui prend racine dans l’Illusion justement, la croyance… L’illusion que tout est possible… Jeu du désir et de la foi (en soi), jeu du désir et de la motivation… Fondamental.....

 ....

Mais aujourd’hui, peste soit le nombre des années,  il m’arrive souvent de tourner autour de la toile immaculée à la virginité agaçante. « N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? » dirait l’autre.......

On se penche dessus, on s’assoit, on prend du recul, on va boire un café, on se rassoit, on reprend un croquis, on pose la toile verticalement puis horizontalement, on boit un autre café…. Tout plutôt que  faire le premier geste… Rien que du banal, l’angoisse de la page blanche, diriez-vous ? ....

Mais cela va plus loin ou plutôt cela va plus profond…


La question proche du lieu commun: pourquoi créer ? se double en fait de LA question existentielle: pourquoi vivre et comment vivre ? ....

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Si donner un SENS à ce monde relève de l’utopie, de l’INSENSE, il faut bien donner un sens , un petit sens, un sens des plus modestes à chacun de nos actes inscrits dans la banalité des jours… ....

Ma fille m’a dit: ‘Tu ressasses « . Soit. J’en prends acte, un acte de foi puisqu’il s’agit du jugement d’une personne essentielle. Alors laissons tomber quelquefois la quête du SENS ultime pour donner des petits bouts de Sens à l’Instant, même si la somme de ces parties ne nous renseigne en rien sur le SENS global du Tout…....

Damned ! J’ai progressé… Etre lucide sur ce qu’est notre monde tout en admettant notre défaite essentielle devant la force de l’Illusion. Elle nous est consubstantielle, qui pouvons-nous ?, elle fait corps avec la conscience. ....

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Jouer ainsi le jeu de l’Illusion tout en s’efforçant de ne pas y succomber corps et âme: projeter, anticiper, élaborer, planifier, créer au sens large… Et aussi ressentir, aimer, rêver, fantasmer, idéaliser, sublimer... ....

Qu’il est quand même doux de s’illusionner tout en gardant les pieds sur terre. La quadrature du cercle: les pieds dans la gadoue et la tête dans les étoiles.......

 ....

Qu’il est finalement nécessaire de sublimer !...  Nous sommes dotés de cette conscience qui fait tant de mal quelquefois et nous avons ,à portée d’âme, l’antidote, la sublimation, cette fonction miraculeuse de la psyché, qui transmute le plomb en or. Le contre-poison qui fait que l'homme n'a de cesse de construire, imaginer, restituer, sous mille aspects, ce sentiment indicible de vacuité pour mieux l’annihiler avec cet outil unique dont il dispose, l'imaginaire symbolique. ....

Sinon pourquoi accorder tant d’importance à ces traces de matière jetés sur une triviale toile de lin ?

C'est peut-être cela que nous ressentons confusément dans notre relation à l’œuvre. Elle parle de l'artiste, de celui qui la regarde ou l'écoute, et d'un « plus » indéfinissable qui établit la relation entre les deux et la relation à un Indicible, ce qu’on pourrait appeler le « Mystère » faute de mieux…D'où le choc esthétique que l'on peut ressentir devant certaines œuvres, inexplicable mais palpable, choc qui semble la manifestation de ce point de rencontre si rare entre le créateur, l’observateur et un questionnement universel…....

J’ai donc décidé de ne plus ressasser… de désasser, si l'on peut dire. Le ressassement, pire le ressentiment, semble le premier pas vers le précipice Une seule arme contre lui: l’action. Même avec un zest de compromission vis-à-vis de l’Illusion… C’est le prix à payer pour éviter la chute dans la paralysie mélancolique de l’auto-analyse perpétuelle… Le tout agrémenté d’une bonne dose d’auto-dérision… et de Ricoré. Un fragile équilibre: il faut y croire sans vraiment y croire. Diable !, dirait Faust, avec raison… L’Illusion est bien une diablesse avec laquelle il nous faut pactiser sous peine de de mourir d’inertie.....

Alors, tout en restant vigilants, laissons encore quelques alouettes aux miroirs, peuplons le monde de moulins à vents, préservons nos châteaux en Espagne… Tel Sisyphe, grimpons et regrimpons sans fin…....

Il semblerait que ce soit notre punition et notre salut….





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Marie

 
..J'ai lu, j'ai apprécié et surtout la dernière phrase... 

Le paradoxe : "Il semblerait que ce soit notre punition et notre salut"  L'une étant contenue dans l'autre, suivant la très sainte croyance judéo-chrétienne, ne sommes-nous pas conditionnés par cette illusion et cette auto-flagellation perpétuelles ?

Quant à l'artiste, il est condamné à porter le cilice éternellement mais comment faire pour vivre "au ras des pâquerettes" quand l'âme nous tire si fort vers le haut ? Mais rassurons-nous, tous les grands spécialistes (NASA, réalisateurs hollywoodiens, Mayas, Nostradamus, etc.) nous prédisent la fin du monde pour le 21 décembre 2012 :))) Nous saurons alors sans doute pourquoi nous étions là ! Je termine volontairement ce commentaire sur cette petite note d'humour, la peur au sein de notre civilisation est bien réelle, mais est-elle justifiée ? That is the question ? disait Shakespeare :)

Amicalement
Marie..
 
Posted by Marie on Saturday 14/11/2009 - 4:22 PM
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DanielP
Daniel PERON

 
Bonjour Marie.
Oui, c'est très judéo-chrétien la dernière phrase. Oups ! Le naturel (de l'éducation enfantine revient au galop !)...
En fait, il n'y a ni punition ni salut au sens eschatologique du terme si l'on part du prémisce que rien n'est porteur de sens. L'homme n'est pas plus puni que l'animal devant chaque jour chercher sa proie pour survivre. C'est ainsi, de l'ordre du vivant et de ses aléas... Quant au salut, il s'entend plutôt comme un moyen de supporter ce que nous trouvons insupportable dans cette (dés)organisation du vivant. L'illusion en est un: à la fois maladie et remède...



 
Posted by DanielP on Saturday 14/11/2009 - 5:14 PM
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alain

 
Dépeindre ? Comme on fait des trous dans la toile, sans savoir pourquoi, et si ça nous amuse ? Pourquoi pas écouter simplement ?

Je suis terrassier
Une toile vide contient toutes les promesses à venir
Semences et enfants
C'est pour la vie que tu peins
Pour elle la muse silencieuse
Parle dans la toile
Et invente l'impossible
Un objet d'art
Un cadeau pour les gens qui passent
Presque rien
Qu'un peu d'amour et de joie

Création sans illusion
 
Posted by alain on Saturday 14/11/2009 - 4:22 PM
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DanielP
Daniel PERON

 
Très beau. Merci Alain...

 
Posted by DanielP on Saturday 14/11/2009 - 5:15 PM
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lavande

 
et si c'était nos passions qui donnaient un sens à la vie, écouter son être intérieur pour coller au plus près de nos ressentis, ne pas faire semblant, tomber le masque en attendant le mot " game over"
amitiés

 
Posted by lavande on Sunday 15/11/2009 - 8:19 AM
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