Source : http://www.metalorgie.com/punk/live_report.php?id=341
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A une époque où les salles parisiennes n'offrent plus les conditions qualitatives et financières nécessaires, à l'organisation de concerts indépendants, c'est donc logiquement vers la banlieue que s'exportent de plus en plus souvent ces petites affiches. Ce samedi 16 Février, c'est le très agréable Espace Icare qui accueille la première édition du Rockin' Street Festival.
Malheureusement, si un point commun subsiste entre Paris et sa banlieue, il s'agit bien de la circulation, ainsi une heure de show sera d'ores et déjà perdue dans les bouchons… On aurait dû préférer les transports en commun, rageant…
A peine arrivé, la prise de contact se fera avec Thump. La formation francilienne démarre en trombe avec un son tout simplement dément, et une énergie sur scène débordante à l'image de son fougueux et intenable chanteur Ben. Au programme Hardcore rapide à fortes consonances Metal et aux ch--urs entraînants : on ose murmurer Boy Sets Fire, ou inversement Metal lourd tinté de Hardcore : la reprise de Pantera joué en est le parfait exemple. L'ensemble est vraiment prenant, mais parfois un peu juste techniquement, et la voix passe au fur et à mesure en retrait, dommage.
Après une demi-heure et un timing parfait, la place est cédée à Plastic Guns. Moins désinvoltes et plus expérimentés par de nombreuses années de carrière, les cinq gaillards jouant dans un registre Rock'n'Roll / Punk apparaissent clairement plus carrés, posés que leurs prédécesseurs. Il manque cependant ce petit grain de folie pouvant faire décoller les débats. On passe ici aussi par diverses influences : du Rock Alternatif des tatouages de La Sourie Déglinguée, au look garage de l'intenable gratteux, en passant par le Punk-Rock légendaire - en témoigne la reprise du classique "Prison Bound" (Social Distortion) ; l'ensemble a de quoi plaire, mais manque clairement de peps. Ainsi Poulp, qui au chant semblera trop passif. Fatigue ? Blase ? ou tout simplement Saint-Etienne ? on plaisante et pour nous faire mentir, le rythme va s'accélérer pour déboucher sur un final débordant d'énergie, à l'image du gesticulant guitariste Jack qu'on pourrait allègrement faire suivre du patronyme Black.
Ce n'est pas la tête d'affiche, mais à la vue du nombre de fans venus les acclamer on, est en droit de se demander si Time Bomb – principal organisateur du fest – n'aurait pas pu prétendre à une place plus tardive dans l'ordre d'apparition des groupes. Succès inattendu ou tout simplement humilité ? toujours est-il que spectateurs, tout comme groupe ne pourront sortir que comblés de ce show juste époustouflant. D'une imparable entrée en matière avec "Resist" au final chaotique indescriptible – mais si bon – voyant Thump les rejoindre sur scène sur un "Until the End" de circonstance, Time Bomb réussira au travers d'une dizaine de titres, à faire preuve d'une maturité étonnante vu la moyenne d'age relativement jeune. Sans jamais tomber dans la facilité ou le réchauffé, la formation francilienne est impressionnante d'efficacité : "Spit my Rage", "Green Riot"ou "We Don't Forget" et son refrain fédérateur, sont autant de petites bombes qui explosent littéralement avec toute l'énergie déployée sur scène. Ajoutez à cela justesse, des convictions et un engagement bien trempé, la formation a de grandes qualités qui se révèleront forcement d'ici peu.
La barre est donc placée bien haut lorsque les Dirty Fonzy prennent la relève. Etrangement, alors que l'ambiance était particulièrement chaude, ce début de set paraît moins animé. En effet une bonne partie du public a déserté, et quelques nouvelles têtes ont fait leur apparition. Qu'à cela ne tienne, les Dirty Fonzy font le boulot, et cela finira par payer, avec une nouvelle fois un concert de haute qualité. Crescendo la salle va se remplir, et va finir conquise par le quintet d'Albi. Il faut dire qu'avec leur Punk-Rock mélodique à triple voix, trompette, et encore une fois une grande débauche d'énergie – la batterie n'y résistera pas – la musique est très accessible. Tel un Pennywise made in France, les refrains implacables de "Voice of Anger", "I Try" ou du tout récent "Here We Go Again" raisonnent comment autant de petits tubes. On regrette donc vraiment la désertion de la jeune génération, qui aurait vraiment pu être séduite par ce groupe professionnel (10 ans de carrière) et résolument Punk... Ils le disent eux-mêmes : « We are the worsts, and we don't give a fuck ». Le milieu de set permet de souffler 30 secondes à peine, puisque la ballade irlandaise incarnée par "1977" (titre d'ouverture de l'excellente compilation Take The Fastlane) relève plus d'un morceau à la Flogging Molly que d'une chanson traditionnelle. Si la suite semble un poil moins inspirée, les tous derniers morceaux : l'acoustico-electrico-eponyme « Dirty Fonzy » et l'inévitable et attendue reprise du Ramones "Rockaway beach", viendront clôturer un final dantesque. Une réplique cinglante à qui aurait pu douter une seule seconde de leurs capacités… En somme, une réponse Punk.
Si Los Fastidios est un groupe à part entière, Enrico son chanteur se détache clairement des autres musiciens. L'avant concert est ainsi le théâtre d'une scène qui en dit long, le seul membre initial serre les mains, accole, glisse quelques mots à chaque musicien tour à tour, tel un capitaine haranguant ses troupes. Avec cette entame solennelle, le début de concert sur "No Leader" a de quoi faire sourire. Mais le naturel revenant au galop, le sérieux reste de mise pour la suite. Car malgré tout, Los Fastidios est un groupe engagé, militant ; et tout en prenant garde aux travers des titres choisis, de ne pas occulter la moindre des ses idées (antiracisme bien sûr, mais aussi droits des animaux, combat contre la précarité et les dérives du football moderne…) la setlist peut allègrement faire office de Best-of. Cependant, malgré le charisme impressionnant d'Enrico et en dépit d'une fosse complètement acquise à leur cause, les Italiens paraissent quelques peu détachés de leurs convives. Clairement pas au niveau des idées, mais plutôt sur le fait que scène et musique semblent leur appartenir. Ainsi plusieurs refrains unificateurs comme le « stay rude, stay rebel, stay free, let's stand up. Don't forget your roots skinhead » de "3 Tone" ou le « del sogno americano (…) Cuba libre » de "Cuba Libre" sonnent creux alors qu'une multitude d'agités se serait fait un plaisir de les hurler. Qu'importe, au milieu de l'exécution parfaite de cette véritable revue d'époques : du précurseur "Birra Oi! E Divertimento" aux tout récents et toujours aussi inspirés "St Precario Day", "Buscando el Sol" de Rebels 'n' Revels, en passant par les titres cultes "S.H.A.R.P.", "Vecchio Skinhead" pour Contiamo Su Di Voi ; "Animal Liberation", "Dal Basso" pour Guardo Avanti ; "Fiumi di Parole", "Johnny and the Queer Boot Boys", "Skankin' Town" pour Siempre Contra ; le groupe se permettra une jolie offrande aux franciliens : la reprise de "Partisans" de Brigada Flores Magon. Cadeau qui s'avèrera être une péripétie parmi d'autres tant le final sera généreux. Après l'inéluctable fin sur "Antifa-Hooligan"- seul moment où scène et fosse feront corps – c'est un nouveau mini-concert qui débutera pour compléter jusqu'à l'heure fatidique de fermeture, au programme "La Nostra Citt", "Contiamo su di Voi", l'hymne "You'll Never Walk Alone" et le bref et intense "Amici".
Près de 25 titres, une belle interprétation, une excellente communication, pour plus d'une heure trente de show, que demander de plus à part que cela recommence?
A l'image de ce festival humain, qui place la musique et le partage des idées au centre des débats, on n'espère qu'une chose : une prochaine édition.
Undone
Merci à Olivier, et à Time Bomb pour l'organisation.