Noir est le chemin.
On ne me reconnaît pas ce droit. Dans la nuit d’être à la hauteur des nuits. D’être dans le noir, tout simplement, de parler ce langage.
Noir est le corps du texte, usé par les mains, malmené. Traîné de siècle en siècle appétissant d’or et de coups donnés, fragile, violé. Je ne force pas les terrains, le trouble court et désorganise. Je vis, dans le même tour que les autres vies et j’écoute, j’entends les sons de la nuit, les tasseaux fatigués de la langue. Des magies ont tourné au scandale, les fruits de la foi tournent à la confiture, danger de malversation et de pourriture. La nuit est noire, par laquelle sortent les ombres du mensonge. Le cœur s’oublie en devoirs. Nous errons, ma petite mort. Nous marchons, dans un silence fabriqué vers la pénible promesse. L’illusion gagne les défilés denses. Un corps suffit comme exemple et nous courons, tous, vers le même sort.
La route est noire. J’entends sa course. Je respecte sa déformation et je m’engage, vivante. Je parcours les os broyés, le choc des angles soumis à la forme. Je me donne à la force du voyage, au caractère de la source. J’adopte, l’ironie j’adopte, la joie je professe, le serment d’être en terre avec la terre, et toujours reconnaissable, fidèle au corps et au mouvement. Je navigue au rythme, dans le son de l’image. Riche d’une cohérence profonde, et d’un bien, partageable sous condition, multiplié dans le désir. Je marche à la rencontre de moi-même, je me taille un reflet à la mesure de mes différences, à vif dans le gras superflu du verbe.
L’accident de la route ne se révèle pas, il fait corps avec le montant même de sa matière. Noir est le heurt, d’attente en attente et brimé par le devoir de rebondir. La voie de l’échec louvoie, s’isole des courses et des parcours. Nous n’avons guère le choix, prendre la route, noire et cassante, dure et sèche. Et nous avons le choix… Par notre marche de l’ameublir et d’y bâtir les nobles paysages, dragues de songes et de désirs. La paix sur l’âge, dans le lointain de la quête. A l’autre bout du voyage, aux sources d’un temps sans limites.
La route est noire. Empruntons-la.