ONE SWITCH TO COLLISION
Korrect!!!! (Pan European Recording/Pias)
Sortie de l'album le 17 novembre
«La seconde avant l'explosion, l''instant avant le crash».
Le nom du groupe parisien donne un aperçu de l'équilibre instable sur lequel flirtent les harmonies de ce premier album, sobrement intitulé Korrect. Balayant la vision typiquement française du rock psyché (pupilles dilatées, drogues et foulards roses), One switch to Collision parvient sur ce premier disque de 2mn d'épaisseur à faire cohabiter les esprits de Timothy Leary, Albert Londres et Ra, dieu du soleil.
Car c'est bien de croyances dont il est ici question. D'envolée sonores et de carlingues dorées. Un hommage aux premiers voyageurs, d'ici ou d'ailleurs, dans des cockpit bien trop petits pour leurs corps. La modestie débute là, lorsque les compositions, si belles soient elles, s'avèrent minuscules vu d'en haut. L'un des thèmes majeurs de ce premier disque, palpable sur la jam instrumentale Bist du korrect, plus free-jazz que krautrock, et son final über-sonique.
Ce souci d'élévation se retrouve précisément dans l'histoire de One Switch to Collision. Né de la rencontre d'une dizaine d'adolescents dans une cave parisienne. Un sous-sol, plutôt, celui de la boutique d'Oliver, devenu depuis chanteur de ce même groupe, qui voit la bande répéter inlassablement tous les samedis après-midi. La musique y est déjà forte, elle porte un nom de code révolutionnaire (Talibans Rock action), déjà prête à se jouer au grand jour.
Ce même sous-sol, quelques années plus tard, a fait des petits. Qu'ils s'appellent Turzi, Total Peace, Service ou One Switch to collision, tous proviennent de ce même terreau des temps modernes. Si la boutique a depuis fermé ses stores, pour de logiques raisons financières, elle a toutefois redonné naissance à un mouvement (le rock aérien monotheiste) dont One Switch est le plus digne représentant. Les racines allemandes (Faust), ne peuvent expliquer à elles seules la direction prise par One Switch to collision. Il faut remonter dans le temps, jusqu'au grand-père de Gunther (bassiste et chef d'orchestre du groupe) pour comprendre la fascination pour les décollages soniques: Ce même grand-père, jadis pilote de chasse de l'aviation allemande, qui donne très tôt l''envie d'un «au-dessus» à sa descendance.
A travers la fulgurance des pistes, Korrect fait apparaître au grand jour la motivation fondamentale du groupe: intuition corporelle, liberté des instruments et balancement des corps. Jusqu'à l'épuisement. Une tension free jazz où les mots s'effacent parfois doucement, comme sur le brillantissime Four Four et ses claviers Modern Lovers, ou Blues, invitation à l'oubli de soi. Bien évidemment, les inconditionnels du Piper at the gates of dawn du Floyd trouveront leur bonheur à l'écoute des longues plages opiacées importées des indes (K9, Psychotic sunday). Mais c'est un peu vite oublier que One switch to collision est un groupe moderne, au fuselage bien apprêté, dont les compositions sont plus qu'un simple exercice de style mêlant shoegaze et LSD.
Derrière les nuées de l'orgue et les éclaircies du chant transcendantal se cache une définition très claire du psychédélisme pour soi: Dépasser la notion même de l'individu et du leader, offrir son instrument à la mélodie commune, aimer l'Europe, dans ce qu'elle a de plus vertigineux.
Se baisser vers le ciel... jusqu'à l'explosion.
Ducrès Thomas (HANK tous droits réservés)