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Ha ! Vous écrivez …
Vous êtes de plus en plus nombreux à m'adresser des textes. D'abord, merci de me croire capable d'en analyser leur qualité. Je triche un peu en les donnant souvent au comité de lecture de notre vénérable Académie Lamartinienne. Quand j'ai un doute, je lis toujours à voix haute, et si nécessaire je vais jusqu'à m'enregistrer un passage pour mieux comprendre. Mais puisque vous m'y invitez, voici deux critères d'appréciation sur lesquels repose toujours ma conclusion.
Un texte poétique est fait d'images, de sensibilités et de sons. Et c'est pourquoi il faut aussi le « sentir » avec ses oreilles. Voici deux exemples bien différents de musicalité en poésie, que vous apprécierez parfaitement en les lisant à haute voix.
1 – Dans ce poème de Tristan l'Hermite (1601-1655)
Le promenoir des deux amants (extrait)
Auprès de cette grotte sombre Où l'on respire un air si doux L'onde lutte avec les cailloux Et la lumière avecque l'ombre.
Ces flots lassés de l'exercice Qu'ils ont fait dessus ce gravier Se reposent dans ce vivier Où mourut autrefois Narcisse.
C'est un des miroirs où le faune Vient voir si son teint cramoisi Depuis'que l'Amour l'a saisi Ne serait point devenu jaune.
L'ombre de cette fleur vermeille Et celle de ces joncs pendants Paraissent être là-dedans Les songes de l'eau qui sommeille.
…
C'est une mélodie coulant comme une source, une fluidité aqueuse rendant parfaitement l'esprit du texte. Notez que l'on pourrait faire la même observation phonétique dans le rendu ouaté du célèbre « Le Lac » de Lamartine. A ce propos, je vous recommande cette page d'explication littéraire : MÉDITATIONS POÉTIQUES
2 – Dans ce passage du drame en trois actes de Paul Claudel (1868-1955)
Partage de midi (1905 - extrait)
… La mer, comme elle sautait sur nous, la païenne ! Voilà une mer ! Quel vent féroce il faisait dans le grand soleil ! Comme cela sifflait et cinglait, et comme le dur mistral hersait l'eau cassée ! Toute la mer levée sur elle-même, tapante, claquante, ruante dans le soleil, détalant dans la tempête ! …
L'évocation théâtrale chez Claudel est rendue par des rythmes heurtés et des allitérations qui peuvent se comparer aux sonorités orchestrales. Et l'on ne s'y trompe pas, c'est la Mer Méditerranée en tempête, ce n'est pas l'Océan. Remarquez aussi que pour respecter cette euphonie, Claudel n'a pas hésité à faire une faute de français : « ruante » alors que le mot correct serait « ruant ». Mais « ruant dans » sonnerait mal.
Vous voilà prévenus, si vous m'écrivez, sachez que je vous écoute plus que je ne vous lis ! Amitiés. Jehan
11:08 AM
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