L'ancienne « garçonnière » de Jacques BrelD'aucuns, amis lecteurs fort intentionnés d'affection à son égard,
scrutant ci-contre l'album photos « Souvenirs de Jacques Brel »
m'auront fait remarquer que la fiche administrative de l'aviateur
enregistrée à l'Aéroclub de France en date du 11 décembre 1964
portait mention d'une adresse « 11 cité Lemercier » à Paris 17è ;
alors que, dès 1955 selon la biographie, les BREL (femme et enfants)
étaient censés résider à Montreuil-sous-Bois en Seine-Saint-Denis.
NB. Il ne s'agit pas d'une erreur, mais bien d'une subtilité administrative
voulue par Jacques lui-même, et qui mérite une explication.Il convient de se resituer dans la carrière du chanteur pour comprendre.
Si 1964 est d'abord l'année du décès de ses père et mère (janvier et mars),
c'est aussi l'année où Jacques obtint le Grand Prix national du Disque en France.
Il n'y devient célèbre qu'à partir d'octobre 1961 par son récital à l'Olympia.
L'achat d'un petit avion « Gardan Horizon » en 1965 répondra aux impératifs
« TGV » du franchissement de longues distances par ce « galérien des galas ».
Néanmoins, Jacques n'oublia jamais les premiers temps de sa vie parisienne.
En 1953, il vint seul à Paris contre l'avis de sa famille qui lui coupa les vivres.
Même la naissance, en juillet, de
France - sa seconde fille - n'aura pu le retenir.
Jacques Canetti, responsable artistique chez Philips et découvreur de talents,
fut son introducteur local qui tenait le cabaret des « Trois Baudets »,
situé 64 boulevard de Clichy, Paris 18è, à deux pas de la Place Blanche.
Aujourd'hui, ce haut lieu de mémoire de la chanson française
renaît en un espace de promotion et de présentation
de la chanson francophone dans toute sa diversité.
L'achèvement de sa rénovation est à suivre ici :
« Les Trois Baudets 2008 »Ouverture prochaine de la programmation ici :
« Espace des Trois Baudets » Donc à Paris Pigalle, en 1953, dans un secteur de longue date
fort réputé pour sa densité et sa diversité artistique
« notre » Jacques impécunieux chercha à se loger à proximité,
entre Les Batignolles et Montmartre.
Il trouva refuge dans la chambre N°13 de l'Hôtel du Chalet, situé
entre l'avenue de Clichy, au square Chausson, et la rue Lemercier ;
et desservi par la ligne 13 du métro, à la station « La Fourche ».
L'adresse indiquée sur la fiche de l'aviateur : « 11 cité Lemercier »
correspond bien à cet espace arboré, entouré de petites habitations,
auquel on accède par un porche fort discret sis 28 rue Lemercier,
dans le 17ème arrondissement de Paris.
Hé bien, saviez-vous que Jacques avait tenu à garder cette location
en souvenir des temps durs de son installation en France ?
Ainsi, pour se domicilier en 1964 …
Il pouvait encore, en toute légalité, faire mention de cette adresse.
Alors, quelle était donc la destination finale de ce lieu inutilisé ?Pour la beauté relationnelle de cette anecdote, sachez qu'à
mon arrivée comme étudiant à Paris, quand bien même j'avais
déjà de quoi me loger en résidence universitaire …
Jacques n'hésita jamais à proposer sa « garçonnière » pour y
jouer « la pièce » qui me conviendrait sans avoir à le remercier… ;-)
Bien à vous,
Saintexounet
PS 1. L'accord parfait des rencontres accordées à notre destin,
bien qu'incertain, est un guide têtu toujours épatant …
Car dans ce quartier, à la station suivante du métro « Guy Moquet »
où vécu mon Parrain dès 1925, puis d'autres cousins jusqu'en 1980,
où se tint en 1969 le repas de ma noce chez mes beaux-parents,
résidèrent aussi les grands parents maternels de ma filleule Elodie.
Par l'étalement dans le temps et l'absence de concertation,
qui me fera croire en l'occurrence au fruit d'un pur hasard ?
PS 2.
A propos de cette photo d'un avion « rouge » qui vole encore : il s'agit
du Wassmer Super IV, acheté par Jacques à Issoire (Puy de Dôme) ;
il avait été qualifié à son pilotage exactement jeudi 27 novembre 1969.
J'étais alors à Tunis, à mon premier poste professoral (coopération scientifique).
Jacques jubilait de bonheur à pouvoir me l'annoncer en direct au téléphone
au bon milieu de mon cours en labo, où mes étudiants furent plier de rire
à me voir jouer le pitre volant en suivant à l'écouteur le récit Brélien !