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Arlt.



Last Updated: 12/28/2009

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Status: Single
City: Paris
State: Ile-de-France
Country: FR
Signup Date: 11/28/2006
Wednesday, May 21, 2008 
Les plus belles voix sont ainsi faites qu'elles ont à la fois la consistance du minéral et la légèreté d'une simple brise : elles prennent vie dans les profondeurs rocheuses de l'âme pour mieux monter au ciel et flotter en pleine lumière. Le chant, alors, est cet acte alchimique grâce auquel la terre peut se transformer en air ; et la musique qui le soutient devient cette combinaison de gestes secrets et sacrés qui en permet l'accomplissement. Ce prodige naturel, accessible à tous les hommes qui n'ont pas renoncé au goût de vivre, se joue sous le toit d'Eloïse Decazes (chant) et Sing Sing (guitare, chant), les deux esprits qui hantent Arlt.
"Que vaut la vie sans incandescence ?", entendait-on en ouverture de Les Dents, l'une des quatres gemmes égrisées par le duo sur un premier EP mis en forme par la patte féline de Bertrand Belin. C'est bien cette douce mais franche brûlure qui se célèbre ici, dans les replis de mélodies qui ne se conforment jamais aux froids calculs et aux mornes discours de la Grande Chanson Française™. Dans la voix calme et perchée d'Eloïse Decazes brille la flamme de ces extralucides qui aiment à fréquenter les mystères du vivant sans s'échiner vainement à les percer. Fuyant comme la peste les paroles surchargées de sens et d'émotions, l'apparente impassibilité de son chant transcrit sans pathos ces poussées de fièvre ou de fatigue qu'éveille l'inépuisable spectacle de l'amour passant, du monde frémissant et de toutes ces forces merveilleuses et illusoires qui animent les hommes. A ses côtés, Sing Sing construit sur sa six-cordes des édifices d'une altière fragilité, aux lignes brisées fermement tracées, des structures mouvantes toujours au bord de l'effondrement, qui donnent justement corps à ses visions d'oracle. Mocke, le guitariste d'Holden, y dépose ici et là des empreintes qui ont la fine consistance de traits de salpêtre, de traces de suie ou de tâches de rouille – enfin de toutes ces choses sans lesquelles nulle construction musicale ne peut donner à l'auditeur le sentiment d'avoir réellement vécu.
On dit que, pour rendre tout leur brillant à de vieilles pièces d'or, il faut les polir avec un chiffon, de la salive et des cendres. C'est précisément ce que fait Arlt. dans ses chansons : avec l'humble ingéniosité des artisans et un matériel réduit au strict nécessaire, il redonne tout son lustre à un art ancien, qui revêt soudain l'éclat de la nouveauté. Il entre peut-être du folk et du madrigal, du blues et de la pop, des langages d'autrefois et des propositions inédites, dans la composition de ce singulier mortier sonore battu à mains et à voix nues. Ça n'a en réalité que peu d'importance : l'essentiel, ici, se trouve dans une musique qui cultive à la fois sa longue mémoire et son amour de l'imprévu pour jouer sa propre partition, hors des modes et au cœur d'un présent ouvert sur l'immensité des temps passés et à venir.
Par endroits, Sing Sing joint son chant grave à celui d'Eloïse Decazes. Car leurs deux voix étaient faites pour s'entendre. Et elles ont aussi la grâce de savoir s'écouter, se répondre, se détacher l'une de l'autre pour mieux se reprendre. Manière de rappeler que le chant est également un art de la danse, qui prend la dimension d'un ballet intime lorsqu'il se pratique à deux. Solennelles dans la légèreté, gracieuses dans leurs déséquilibres même, les figures réalisées par Arlt. épousent la démarche glorieuse et incertaine des hommes qui ont choisi de s'engager à corps perdu dans l'absurde et grandiose métier de vivre.

Richard Robert