Fin juin, l'été n'est pas caniculaire, le spleen et l'esseulement m'ont au sortir de mon travail, cueilli comme un fruit mûr sur l'arbre mortifié, un blues à en avoir l'urgence de me taillader les avant-bras à la lame de cutter m'étreint langoureusement, je suis au fond du gouffre et je m'y sens heureux.
Le Zénith est plein à craquer, extinction des feux, l'ombre immerge la salle, les projecteurs illuminent la scène, miss PJ Harvey apparaît, minijupe noire, escarpins rouges à hauts talons, trois musiciens à ses cotés, une batterie à droite une à gauche, Paris applaudit à tout rompre la fille spirituelle de Patti Smith qui enchaîne après un chaleureux " thank you " les titres de son nouvel album.
Les pop-songs torrides et les ballades chargées d'émotions fortes alternent, la diva Rock'n'rollienne monopolise mon regard de survivant aux années quatre-vingt, sa voix tantôt stridente tantôt rauque s'empare de mes tympans en extase, mon âme est prise d'assaut, je ne vis plus que pour vouer à cette frêle silhouette le culte que je consacre à travers elle à la féminité dans son ensemble.
La scène déborde de guitares, Mosrite, Gretsch, Gibson demi-caisse, probablement pourvues de micros d'origine et sonnant plus vintage les unes que les autres, au coeur de la fosse une grappe de spectateurs ivres hurle " t'as un beau cul Poly Jean " à celle qui avoue aux journalistes en mal de scoops, éprouver envers son corps que j'admire une haine répulsive, un brûlant désir d'éradiquer séance tenante ces morfalous avinés me submerge, quelques secondes plus tard le lâcher prise nietzschéen me conduit au sommet de la montagne et j'y redeviens l'adolescent de quarante-cinq ans envoûté par son icône et s'adonnant à l'opium de sa voix perchée sur les étoiles.
Miss PJ Harvey, accepteriez vous, à l'issue de ce sublime concert que vous nous offrez ce soir, de dîner en compagnie d'un authentique raté, vous et vos musiciens avez cette fibre baudelairienne si chère à ma détresse, ce que je vois, ce que j'écoute, ici, en état de grâce, est du ressort de la beauté absolue.
Je m'abandonne à vous mon très cher ange, à vous et à Marianne Faithfull venue chanter lors des rappels, votre auditoire en délire vous gratifie d'une ovation qui fait trembler le sol du Zénith, moi j'ai préféré garder le silence et laisser couler les larmes, ce qui vient de se produire dépasse l'entendement humain, je ne veux sous aucun prétexte émerger de cette béatitude où vous m'avez plongé.
Chez moi je dormirai seul avec vous dans mes bras, votre odeur fauve sera celle de la sueur qui aura clos ce récital mystique, je vous ferai dans ma mezzanine l'amour virtuel en exigeant que vous ne vous soyez pas lavée avant l'échange, ma sale gueule de flic en civil et votre visage félin se rencontreront où nos baisers lieront nos bouches et dans mes bras d'activiste d'extrême droite votre fragilité trouvera le refuge où vous pourrez pleurer en toute quiétude.
Pour le moment vous quittez la scène du Zénith en adressant au public en liesse un humble salut de la main, je voudrai juste vous dire que je vais mourir si vous partez, à quoi cela servirait-il, vous n'êtes déjà plus là, je me dirige avec le reste du troupeau vers la sortie où m'attends la nuit moite.
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