Garou et M. Pokora : les séducteurs de l'été LE DOUX GAROU Les chanteurs populaires bénéficient d'un capital sympathie qui souvent s'effondre quand on les rencontres. Avec Garou, on n'est pas trompé sur la marchandise, ou plutôt si : il est beaucoup plus chouette en vrai ! Aucune séduction dans son regard bleu profond mais la transparence d'un artiste authentique qui aime les gens, la vie et la musique passionnément. On commence par parler de son nouvel album étonnant et on fini par échanger les adresses des bonnes tables, entre deux fous rires... Un joli moment de vie qui nous ferait presque oublier l'interview ! VOUS DITES QUE CET ALBUM EST A LA FOIS UNE RENAISSANCE ET UN RETOUR AUX SOURCES : PARADOXAL, NON ? C'est en fait un redémarrage par la source. On m'a connu par Notre-Dame de Paris mais je chantais depuis longtemps déjà... Je faisais la tournée des bars avec des chansons de différents styles que j'aime beaucoup mais que je ne parvenais pas à reproduire en français. Pour deux raisons : le français ne porte pas toutes les musiques et en plus, le rock n'est pas du tout le même au Québec qu'en France. Du coup, je me retrouvais le cul entre deux chaises, je n'arrivais pas à trouver le terrain où tout le monde allait comprendre, ou plutôt ressentir, mon rock.
C'EST DONC POUR RETROUVER LE ROCK QUE VOUS AVEZ RÉALISÉ CET ALBUM EN ANGLAIS ? Entre autre, oui, bien que ces dix dernières années, depuis Notre-Dame, je ne me suis pas beaucoup investi dans l'anglophone... mais on venait me trouver pour que je fasse des titres en anglais, à la télé notamment. Il faut dire que durant les trois années de Notre-Dame, je n'avais pas d'album, pas de chanson officielle à moi et, du coup, je faisais des reprises en anglais. C'était d'ailleurs marrant, je me souviens avoir reçu un trophée de Révélation de l'année pendant Notre-Dame alors que je n'avais toujours pas d'album ! C'est dire à quel point ma carrière est particulière.
VOUS AVEZ SU VOUS ENTOURER DE JOLIS NOMS SUR CET ALBUM, COMME PEER ASTROM ? Plus que des noms, ce sont des chansons que je choisis. C'est pour cela que j'ai puisé un peu partout, que je ne voulais pas me lier à un collaborateur. L'exemple de Stand up est parlant : l'album était fini mais je trouvais qu'il manquait encore une épice pour servir le plat. Ça faisait longtemps que je demandais une chanson dans le genre Matchbox Twenty, un groupe très connu au Québec, alors j'ai demandé directement à Rob Thomas !
ET LORSQUE VOUS NE TROUVEZ PAS, VOUS ÉCRIVEZ VOUS MÊME, COMME ALL THE WAY... Oui, je me fait un sur-mesure ! Pour l'instant, je n'ai pas envie de me consacrer à l'écriture, je suis persuadé que j'y viendrai plus tard. Mais je crois qu'il faut être posé pour écrire et je vis à trois cents à l'heure ! Et puis, écrire doit venir d'un besoin, ce qui n'a pas été le cas, sauf pour cette chanson sur le poker que personne ne voulait me faire, alors je l'ai écrite.
AUTRE CURIOSITÉ DE CET ALBUM : ON A L'IMPRESSION QUE MÊME VOTRE VOIX A CHANGE !... C'est ce que tous mes potes m'ont dit ! Ma voix est moins déchirée, moins rauque... c'était probablement le syndrome Quasimodo ! L'exercice de chanter en français ou en anglais joue, et puis je crois que j'étais arrivé à un moment où je me sentais bloqué. Un vieil ami m'a dit avec beaucoup de justesse que cet album était important dans mon évolution, même pour ma carrière en français. J'ai réussi à débloquer un truc et, depuis que l'album est sorti, mes amis, ma famille et même les gens qui m'arrêtent dans la rue me disent : "Enfin, ça c'est toi, ça fait longtemps qu'on attend."
CE N'EST PAS UNIQUEMENT DÛ A LA LANGUE OU AU GENRE ? Non, ce serait plutôt grâce au feeling musical car je ne suis pas un artiste d'un genre précis avec des chansons qui se ressemblent, j'ai toujours été éclectique dans mes goûts : cet album l'est aussi. En fait, je l'ai construit pour la scène, comme un carton d'invitation. Quand on m'a proposé Notre-Dame de Paris, j'ai d'abord eu peur car j'étais un animal en liberté qui changeait de style comme de bar. J'étais d'ailleurs connu pour ça dans le milieu des musiciens : ils ne savaient jamais à quoi s'attendre lorsqu'ils jouaient avec moi ! Alors l'idée de reproduire le même spectacle, aussi cadré, pendant autant de temps a été une grande crainte pour moi. quand je parle de retour aux sources, c'est retrouver tout ce feeling...
VOUS ÊTES AVANT TOUT UN HOMME DE SCÈNE... On m'a demandé si j'avais fait cet album en anglais pour être connu aux États-Unis : c'est tout l'inverse ! Je l'ai fait pour me balader à travers toutes les petites salles d'Europe, surtout où l'on ne me connaît pas. Par exemple, je n'avais jamais fait La Cigale à Paris; avec mes précédents albums, j'ai joué à L'Olympia, au Zénith ou Bercy mais jamais dans des salles intimes. Ça m'excite vraiment de retrouver la proximité avec le public de d'être débarrassé des contraintes visuelles ! les écrans, les éclairages, le calcul numérique... L'artiste doit suivre la machine, il en devient un peu l'esclave. Là, c'est quatre musiciens, on branche la sono et on y va, à la rock and roll !
VOUS AVEZ D'AILLEURS DIRECTEMENT ENCHAÎNE PAR LA SCÈNE... Direct ! L'album est sorti le 19 mai, et le soir même j'étais sur les planches à Lille ! Je m'éclate comme un malade. Vous savez, je reste un "entertainment"... Je ne suis pas là pour révolutionner le monde de la musique, je suis au service des gens et quand j'ai une bonne chanson, que ce soit une reprise ou une originale, je donne mon maximum pour que le public s'amuse. Je ne fais pas ce métier pour la popularité ou pour moi tout seul, la musique reste un moyen de communication. C'est ce que j'aime et je n'ai pas honte d'être alors un chanteur populaire.
VOUS SEMBLEZ EXCITE DE DÉCOUVRIR UN NOUVEAU PUBLIC ET DE NOUVELLES CONTRÉES LORS DE VOTRE TOURNÉE... J'ai commencé par la France, qui me reste chère. Je n'oublie pas que c'est grâce à elle que je suis venu en Europe; pour un Québécois, c'est la grande quête ! Puis, j'ai enchaîné par la Belgique, l'Ukraine, la Russie en passant par Vienne, Stockholm, Amsterdam... C'est génial car, petit, je vouais être archéologue, et avec ces tournées, je réalise mon enquête anthropologique ! Il y a plein d'endroits dans le monde, plein de pays qui m'attirent... Là, c'est l'Asie que j'aurais grandement envie de découvrir.
Y A-T-IL TOUT DE MÊME UN PAYS OU UNE VILLE QUI A VOTRE PRÉFÉRENCE ? Barcelone, j'adore ! J'y suis allé avec un ami très lié avec Ferran Adrià, le chef de El Bulli, et j'avoue que dîner là-bas m'a fait aimer l'Espagne davantage ! C'est extraordinaire, on a eu la totale et l'on a fini avec le chef : tout simplement incroyable... Comme peut l'être Barcelone, une ville chaude, vivante, sensuelle, qui fonctionne à l'instinct avec la mer et la fête partout.
VOUS SEMBLEZ TRÈS LATIN. POURQUOI ÊTRE RESTE VIVRE A SHERBROOKE ? J'ai vraiment le goût du voyage mais j'ai toujours pensé que je ne pourrais pas ouvrir mes branches si je n'étais pas bien enraciné. J'ai besoin de ma source, d'avoir mes racines en terre pour pouvoir continuer à pousser. J'ai donc besoin de retourner là-bas, d'avoir le sentiment d'être à la maison et d'y mener une vie simple en restant proche de la nature.
JUSTEMENT, LES VACANCES DE GAROU RESSEMBLENT A QUOI ? Au travail, à d'autres types de travail... J'ai du mal à m'arrêter en fait, je ne suis pas très français dans le genre ! Je suis allé à Disney avec ma fille, j'ai également fait du farniente sur les plages de Miami mais toujours avec le BlackBerry car j'y étais en repérage pour d'autres projets ! Mais mon travail a un goût de vacances, il me permet de voyager et de vivre des expériences extraordinaires, ne serait-ce que dans la découverte des restos. Des petites adresses populaires aux Relais & Châteaux, je m'inspire pour mes restos. Je tiens la plus vieille auberge d'Amérique du Nord dans laquelle on sert beaucoup de cuisine française... mais goûter un œil de poisson au Japon, c'est aussi instructif !
DERNIÈRE LEÇON ALORS : JE VOUS OFFRE UN BILLET D'AVION, OU PARTEZ VOUS ? Dans la cordillère des Andes, c'est un endroit qui m'appelle. Je suis passionné par la culture inca; j'ai toujours rêvé du Machu Picchu et je n'y suis encore jamais allé...
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Petit encadré sur l'album (avec photo de la pochette) :
Garou, version rock 100% anglophone : ça étonne mais surtout ça détone. Entouré de belles pointures internationales dont Peer Astrom, Rob Thomas (leader de Matchbox Twenty) ou Guy Chambers, Garou renoue avec des amours de jeunesse et nous livre treize Piece of [sa] soul comme une invitation à venir le voir jouer scène.
La photo qui est sur une page est l'avatar de son profil myspace. Et l'interview est de Céline Magnin.