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Current mood:  ecstatic Category: Music
Jaroussky is a prodigy, a very rare voice of that quality. Go enjoy him.
PHILIPPE JAROUSSKY – JEAN-CHRISTOPHE SPINOSI – VIVALDI – HEROES
Les castrats d’antan étaient les voix des héros dans les temps baroques. Les altos masculins ne font que tenir cette place vocale et donc chantent les héros des temps classiques et antiques, quand ce n’est pas bibliques. Il est évident que les harmoniques d’une alto féminine ne sont pas les bonnes et qu’une voix de femme ne saurait jamais rendre la plénitude et la carnalité d’un homme comme le Roi David et tant d’autres de la Renaissance au 18ème siècle. Mais dans les altos masculins, il y a bien des nuances. Je ne saurais comparer les altos actuels, français ou non, car ici nous n’avons que Jaroussky et Jaroussky est un prodige en soi. Il est une voix mâle comme il se doit et on ne peut pas s’y tromper, du moins si vous avez une pratique suffisante des altos masculins et féminins. Mais il a conservé la clarté de sa voix pré-adolescente, une voix qui n’est plus une voix d’enfant mais loin d’une voix d’adulte et il a su investir dans cette voix pré-adolescente la profondeur et la chaleur d’un adulte, je dis bien d’un adulte. Sa voix n’est en rien par ses sonorités une voix d’homme, bien que toutes les harmoniques sont celles d’un corps d’homme. C’est donc une voix pré-adolescente qui a la force charnelle et la vigueur émotionnelle d’un homme. Cela donne à cette voix la possibilité d’exprimer les sentiments d’un homme adulte dans la fougue d’un très jeune homme encore pré-pubère. C’est d’un charme envoûtant. Il trouve une intensité dans les sentiments amoureux qui nous transporte de sensualité. On se prend de vouloir désirer être l’objet de cet amour et ce en toute pureté puisque cette voix est la voix d’un ado non encore pubère. Certains diront que cette voix est perverse, mais la musique est perverse puisqu’elle joue sur les émotions les plus limites, extrêmes et transcendantes pour ne pas dire iconoclastes des formes établies. Ici Jaroussky joue sur cette limite sensuelle pour ne pas dire sexuelle qui sied si bien à la musique baroque en général et à Vivaldi, le prêtre roux, en particulier. Pure lumière lunaire dans un monde de soleil. Pur hydromel dans un monde d’alcools durs et purs. Pur miel dans un monde d’agression glucosique permanente. Pur vin ancien dans un monde de vinasse de table. Jaroussky nous fait rêver d’un monde qui a la couleur de la Jérusalem messianique de Saint Jean, une Jérusalem de lumière, de vie et de soleil, d’amour pour tous et toutes, de spiritualisme sans la moindre limite, sans la moindre retenue. Nous nageons dans les eaux de la rivière de vie de cette Jérusalem. Nous embrassons tous ces justes qui ont traversés toutes les épreuves pour se retrouver ensemble dans la communion avec l’agneau de dieu qui nous a sauvé de la mort éternelle. Jaroussky est notre agneau divin. Jaroussky eleison. Et quand on atteint ainsi un sommet d’émotion, il n’hésite même pas à nous prendre par les cheveux et nous enlever vers un plateau encore plus haut, un nid d’aigle, l’aigle de Saint Jean bien sûr, qui a ainsi la vue totale et panoramique de cet amour que nous ne voulons qu’éprouver pour toujours dans le baume de cette voix. Et la musique joue ce jeu de la totale fusion sensuelle et émotionnelle nous attachant à cette intensité de chaînes incassables. Mais ne croyez pas que nous commettons la faute majeure du Bouddhisme, l’attachement sensuel, « tanha » de mort. Nous vivons dans l’au-delà de tout attachement, dans un nirvana, un « nibbana » mental et spirituel qui nous fait fermer les yeux et désirer nous noyer, nous diluer en osmose totale dans la force vitale de ce monde dont nous ne sommes qu’une parcelle insignifiante et dans lequel Jaroussky est notre salvation héroïque et cordiale. Jean Christophe Spinosi et l’ensemble Matheus sont les maîtres du jeu, les magiciens de cette épiphanie, les prophètes de ce sabbat, en quelque sorte le bœuf de ce Mathieu à peine clandestin, le Sauveur de cette aventure. Si vous n’y croyez pas allez donc voir ou plutôt entendre de près ce qu’il en est. Si vous ne tombez pas devant cette expérience unique c’est que vous êtes sourd et que vous devriez aller voir un otorhinolaryngologiste ou un audiophoniste ou simplement un acuponcturiste pour qu’il vous transperce de toutes les lances de tous les légionnaires pour savoir ce que c’est que mourir en croix, sur la croix d’une voix plus renaissante encore que résonnante mais sonnant plus juste que tous les carillons du monde.
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Université Paris 8 Vincennes Saint Denis, Université Paris 12 Val de Marne Créteil, CEGID Boulogne Billancourt
Have a good weekend
Jacques
8:24 AM
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