"L'accent de "Blàa" n'est pas dans le bon sens, mais il est difficile de trouver un clavier islandais, puis, comme Blàa est un mot qui n'existe pas, son orthographe n'existe pas non plus.
Voici un moment que je voulais parler de Séverine. Séverine, c'est aussi Séverine Daucourt-Fridriksson. J'avais été piqué par la pointe de son écriture, il y a déjà une dizaine d'années, dans une revue depuis disparue "Petite". Je lui écrivis et nous nous rencontrâmes au Marché de la poésie, ça devait être en 1999, il faisait très beau.
Ce qui me frappe dans l'écriture, dans la poésie de Séverine, c'est la qualité du silence, un mot si galvaudé que tous les silences de tous les poètes en deviennent assourdissants et rebondissent comme des gros phoques sur toutes les banquises verbeuses. Placez silence dans un poème et vous aurez l'impression d'avoir écrit de la poésie, c'en est effrayant, on en traîne des acouphènes.
Le silence de Séverine ne fait pas mal aux oreilles, non. Il me souvient d'une lecture en librairie à Paris, un soir de décembre, pendant laquelle les textes furent parsemés de débris de chips, chutes de cacahuètes et autres crevettes apéritives bavardes. il faut le dire, c'était un peu saucissonné...
Et Séverine s'est assise, à lu de sa voix de chat le carré que nous venions de publier : "Petits morts". Alors tous les pièces éparses du bruit sont tombées à terre, dans un petit mouvement de glace pilée. Ce qui suit une lecture de Séverine, c'est ça, la qualité du silence, chacun retourné à son être. Pour cela, je l'aime et je l'admire beaucoup.
Elle dit être à la recherche "Non pas de la justice, mais de la justesse", et c'est juste. On perçoit dans sa poésie cet exact désir, cette façon de désigner la ligne pure, quand bien même il y aurait des ombres, avançant du clair vers l'opaque... On ne peut pas vraiment toucher à ces mots-là, tant ce désir en elle est présent.
Nous avons commis ensemble deux livrets "Petits morts", en 1999, et "L'Ile introuvable", en 2003. l'ensemble des poèmes de "l'Ile introuvable" est paru chez Jacques Brémond en 2004 je crois, sous le titre "L'Ile écrite".
Puis voici qu'à présent, Séverine chante. Je la retrouve ainsi, avec pareilles qualités de justesse, d'élégance, d'exigence. Aussi, je vous invite à découvrir son travail, à l'entendre, à écouter ce qu'elle tait et qu'elle avait à ne pas nous dire.
Il est des êtres dont la grâce tient à un fil, Séverine est de ces êtres, ce fil est solide, il sait se jouer du vent, rien d'éthéré, rien de naïf à cela : une présence complète : la justesse, la beauté."
Hervé Bougel
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