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UN LABEL DE MUSIQUE EXPERIMENTALE à Heure-le-Romain. Yannick Franck nous le présente...


Yannick Franck, bonjour! Un beau jeune homme productif!Merci! J'aimerais te retourner le compliment (…)
Grâce
à vous, HEURE-LE-ROMAIN héberge une plateforme pour la musique
expérimentale et improvisée, puisque vous avez mis sur un pied un
label, IDIOSYNCRATICS. Qu'en est-il des activités de ce label, de son
poids, de sa dimension internationale?Au
départ, nous avons crée le collectif de façon très spontanée avec mon
complice Phil Maggi. Nous jouions alors ensemble dans la formation
IDIOSYNCRASIA (qui fonctionne aujourd'hui au ralenti, au profit de nos
autres projets) et partagions déjà un goût très affirmé pour les
musiques de recherche, non conventionnelles, avec un caractère radical,
étrange, etc. Nous avons alors commencé à tisser des liens avec des
musiciens et des artistes d'un peu partout et à être invités de temps à
autre à nous produire à l'étranger. Nos performances étaient alors des
espèces de rituels néo dadaïstes bruyants et très sombres qui
marquaient les esprits par leur caractère étrange et leur frontalité.
Elles nous ont valu une certaine réputation dans les milieux
alternatifs liégeois tout en restant confidentielles à peu près partout
ailleurs.
Le
label est une petite plate forme indépendante qui vise avant tout à
diffuser notre propre musique et celle de musiciens dont nous
apprécions la démarche.
Vous
êtes musicien vous-même, vous vous produisez en live et organisez des
évènements sur la musique électroacoustique. Vous utilisez des
instruments mais enregistrez aussi vos sons de base dans la nature...
Oui,
nous avons bricolé en 2005 le festival idioLABO avec notre allié Maxime
Lê Húng. J'ai ensuite organisé toute une série de concerts, toujours
avec les moyens du bord, parfois seul ou aidé d'amis. J'ai aussi
co-organisé les évènements Minima per Maxima avec une bande de
passionnés, mais j'ai aujourd'hui décidé de me focaliser sur mes
propres projets et de moins organiser de concerts car j'ai de moins en
moins de temps libre.
Par
rapport aux enregistrements de terrain présents dans ma musique, il
s'agit surtout d'exprimer mon rapport au réel, c'est comme une sorte de
dialogue avec mon environnement. J'ai envie de faire de cette réalité
quotidienne une source inépuisable d'inspiration, de créativité. C'est
donc une façon de célébrer les instants vécus, la force vitale, les
sentiments intimes qui se mêlent à la confusion du monde.
C'est un style à part, qui évoque des ambiances, bruits de machines, sentiments. Le grand public y adhère-t-il?
Ce
n'est pas nouveau, le grand public ne s'intéresse pas à ce qui n'est
pas divertissant, à ce qui demande une réelle implication. Le grand
public consomme des produits de masse qui relèguent la création
artistique à l'agrément et au divertissement. Et dans ce domaine il y a
de très bonnes choses, mais on ne peut que déplorer le caractère
sensationnaliste et abrutissant de la plupart des grandes productions.
Ceci dit, je croise toute une série de gens de plus en plus ouverts et
curieux partout où je vais.
De
plus en plus de circuits alternatifs voient le jour, parce que la
demande existe, il y a vraiment un public désireux de découvrir des
alternatives à ce qu'on lui propose à grande échelle.
C'est
également un style qui marie le son à l'image et à d'autres formes
d'expression artistique. Ca ne vous gêne pas si votre travail finit par
être vu comme un "tapis sonore" sans message propre?
Lors
d'une collaboration, la première chose sur laquelle j'insiste est le
fait de créer un rapport authentique entre les différents médiums
artistiques. Il faut pour cela sortir de nos réflexes habituels, créer
des espaces ou les éléments deviennent complémentaires, indissociables
les uns des autres.
La
radicalité de la recherche purement sonore m'intéresse tout autant,
mais il est certain que ce type de démarche déstabilise souvent
l'auditeur inexpérimenté. Mais n'est-ce pas de la personne qui vous
intrigue et qui vous semble d'abord insondable dont vous tombez
amoureux? Moi oui!
"L'art
du son", ça vous a toujours attiré, je suppose. Votre aventure est-elle
née à HEURE-LE-ROMAIN, en contemplant les paysages du Beaurieux?
Ou peut-être l'activité industrielle du bassin liégeois? Les eaux obscures de la Meuse?
Oui,
je crois que c'est tout ça, le contexte géographique et social des
lieux où on naît et où on évolue intervient de façon plus ou moins
claire. Puis il y a mes parents, toujours ouverts et intéressés de
tout, les rencontres, les amis, les gens de la médiathèque (de la
Communauté Française de Liège) comme Pierre Charles ou Henri, les cours
d'histoire de l'art de Guy Vandeloise (aux Beaux-Arts), la rencontre
avec Giro (pionnier du son expérimental à Liège) et surtout A2tout (un
ami musicien qui est parti bien trop tôt).
Racontez-nous
votre projet musical Y.E.R.M.O. qui construit "des environnements
sonores et médidatifs", "abstraits". Ainsi vous voyagez dans toute
l'Europe!
Y.E.R.M.O.
est mon projet avec le guitariste Xavier Dubois. Nous nous sommes
rencontrés lors de la première édition du festival idioLABO à
Bruxelles. Nous avons commencé en faisant des performances durant
lesquelles nous jouions de longues notes suspendues, qui se
superposaient, vrombissant jusqu'au débordement. Ce côté absolutiste et
rituel est aujourd'hui exacerbé, notre son étant devenu de plus en plus
bruitiste et puissant.
Nous
travaillons depuis deux ans avec les plasticiens Nadine Hilbert et Gast
Bouschet avec qui nous avons une incroyable cohésion.
Nous
avons notamment eu la chance de participer avec eux à la biennale de
Venise à l'occasion de leur exposition Collision Zone, dans le pavillon
du Luxembourg. Pour plus d'infos sur le projet:
www.myspace.com/proyectoyermo
