En concert / À la tannerie de bourg
Le diable s'habille en Daydé
Modeste, authentique, Joël Daydé s'est mis dans la poche le public de la Tannerie
Mais le Malin snobe Mick Taylor qui a perdu son portable et son âme
«
Le blues est la musique du diable » rappelle Joël Daydé. Le diable est
taquin. Il peut habiter un « has been » revenu de trente-cinq ans de
purgatoire, et snober l'un de ses plus brillants sujets. La preuve à la
Tannerie vendredi soir.
Joël Daydé, donc. Des débuts prometteurs
dans le blues rauque, un tube mondial (« Mamy blue », 1971), puis la
descente en torche, grillé par le business. Le revoilà tout heureux de
se trouver ici, assis seul sur un tabouret avec sa belle guitare en
bois, sa mine et sa voix de cocker (Joe) qui n'a rien perdu de sa
superbe.
Monsieur chante le blues. Un blues séminal, tribal, tripal.
Robert Johnson, cet autre suppôt de Satan, John Lee Hooker, Presley,
Howlin'Wolf, Bo Diddley, Hendrix, Rory Gallagher… Daydé les ressuscite
à travers ses accords charnus et ses incantations.
Ses
préoccupations sont celles du bluesman ordinaire : trouver une fille à
aimer, une mère à consoler (« Oh, Mamy Blue ») un goulot de bouteille à
frotter sur six cordes en attendant le train qui mène vers l'au-delà.
Avec la salle bondée de trois générations d'aficionados, se nouent des
atomes crochus comme la patte du Malin. Tout le monde bat de la
semelle. Modeste, authentique, Joël Daydé se met le public en poche et
repart sous l'ovation.
Mick Taylor a d'autres préoccupations que
celles du bluesman ordinaire : le grand homme a perdu son téléphone
portable. Ce qui explique pourquoi il est arrivé à la Tannerie à 22
heures en ayant séché les balances, sans dire un mot à personne, sinon
pour râler sur tout et son contraire. Cette histoire de portable l'a
sans doute perturbé. Celui qui restera à jamais « l'ancien guitariste
des Stones » (ça doit êter terrible pour lui) joue très bien en ayant
la tête ailleurs. Il débite du blues (?) au kilomètre, en charentaises
et en pilotage automatique, comme un employé de bureau remplit chaque
jour la même page d'écriture.
Du coup, le visiteur de ce musée de
cire se met à penser à des tas d'autres choses (à son portable par
exemple) en attendant que ça se passe. Le diable, lui, s'en
contrefiche. Mick Taylor a déjà perdu son âme.
Marc Dazy Le Progrès 18.10.2009