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La Gorge du Marteau



Last Updated: 1/4/2010

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Status: Single
City: paris
Country: FR
Signup Date: 1/23/2007

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Tuesday, June 23, 2009 
Le Mou avance lentement
ici les flèches empruntent les détours de leurs cibles
le récipient appelle les passages encore chaud d’une ouverture,
des pirogues inversées
pénètrent le voyageur
pour qu’il étudie chaque détour de la jungle
 
Nous avons croisé des créatures sans tête
qui marquaient un passage
 
Pour chaque nouvelle infection
nous rédigeons un poème
 
Un peintre bicéphale collectionne des demi-morts
il construit des trottoirs en bordure du crâne
pour ne pas se faire écraser
 
La route affiche des yeux clignotants
que l’on ne peut atteindre
un enfant se réchauffe en parlant avec deux serpents giratoires
 
une mère imbécile invoque le père des seringues
nous regardons à travers des vitres molles
nous mangeons nos chaussures
pour tromper la milice
 
Le Mou avance par surprise
Nous avons des langues dans les mains
pour surveiller leurs caméras et leurs bandes
nous fabriquons des microphones
pour tous les chiens de la ville
 
nous traversons les boulevards
camouflés de nos manteaux sonores
 
quand l’un d’entre nous est pris
il peut mordre à l’envie
il nous est ainsi arrivé de taguer quelques murs
avec notre merde
 
 
 
 
nos adversaires mangent des bouts de lunettes sales
parfois
par bonheur
l’un d’eux s’égorge irrémédiablement
 
Pour chaque mort salutaire
nous rédigeons un poème
 
Puisque nous sommes
enfants de la balle et du trou
 
Puisque nous sommes
enfants nègres du feu aliéné
 
un canon dessine
des corps noirs sur les berges
 
Puisque nos mères
accouchent aussi de grenades
 
Puisque nous sommes nombreux
à entendre sans oreille
la marche qui vient
 
Puisque nous sommes nombreux
à voir sans yeux
le bruit d’une cible
 
Pour chaque nouvelle hypothèse-trou
nous rédigeons un poème
 
chacune de nos langues
est une banque invincible
 
Puisque nous enregistrons
les couteaux d’un repas aussi vieux que cet arbre
 
Puisque nous sauvegardons
nos masques
dans des cahiers invisibles
 
Pour chacun des vieux clochards de la ville
nous rédigeons un poème
Un ver besogneux
chaque jour
mange sa terre
 
j’ai caché un nouvel estomac de secours
dans ma tête
 
Puisque nous écrivons
sur des ventres énormes
 
mon ombre à trois chevaux et une lune
dans la poche
 
Nous faisons sécher la viande sur le corps de la bête
 
Pour chaque repas épargné
nous rédigeons un poème
 
Quelques prisonniers
jouent à se lancer des têtes
 
un premier
le chasseur
attrape le crâne
pour l’envoyer vers le mur d’enceinte
 
un second
le chasseur
féconde le crâne
au pied du mur d’enceinte
 
un troisième
le chasseur
attrape le second et lui tranche le crâne
pour connaître un passage dans le mur d’enceinte
 
Pour chaque tête ouverte
nous rédigeons un poème
 
Voici la morte
avec ses six couches de silence
entre les cuisses
 
Voici la morte
avec ses bras de terre
entre les cuisse
 
Voici la morte
avec une autre morte
entre les cuisses
 
Voici la morte
avec la mère de toutes les mortes
entre les cuisses
 
Voici la morte
avec un enfant qui parle
entre les cuisses
 
Voici la morte
avec un tambour
entre les cuisses
 
Voici la morte
aux cuisses de cheval
qui appelle un tambour de cuisse
 
Voici la mère du marteau
qui appelle un nouveau concert de tambour
 
Pour chaque nouveau concert de tambour
nous rédigeons un poème
 
Un charpentier est monté arracher
tous les yeux du toit
 
quelques enfants sont tenus éveillés contre un mur
avant d’être jetés
sur un matelas de sperme
 
ici
on joue à jeter les enfants
par les fenêtres
 
le Mou se contracte
comme une drogue missile
 
comme un accident qui vous dépiaute la tête
comme un noyau de chair électrique
comme une porte sans pluie
et sans vent
comme un porte dont on aurait coupé les pieds
 
à tout moment
la sentinelle peut voir une lumière
sous la porte
 
Pour chaque nouvel effondrement
nous rédigeons un poème
 
il s’agit d’essorer quelques organes
soigneusement choisis
 
puis d’en recueillir toute l’encre noire
toute la saleté iodée
et fluorescente
 
nous refusons de gâcher notre mort
en accouplements stériles
nous refusons d’allaiter vos cadavres
nous refusons de brûler le vagin de nos fils
nous refusons de manger le pénis de nos filles
 
Et nous rappelons au peuple
qu’il est aussi responsable du grand cimetière
Et nous rappelons à la main
qu’elle est aussi responsable des langues
Et nous rappelons à la langue
qu’elle est aussi responsable des pieds
 
Pour chaque nouvel affrontement
nous rédigeons un poème
 
Un jour, mon père
membre de la confrérie des grandes fourmis
voulu m’enseigner la géométrie de la mort
comme l’on trace l’architecture d’un vieil hôpital
 
 
mon père
comme tous les hommes du pays
était psychiatre ou gendarme
tout ceci dépendant
de l’opulence variable des seins du soleil
et des mascarets biliaires des automnes à fragmentations
 
Nous
nous récoltons à l’automne
le tabac
le vin
et les ongles
 
Pour chaque nouveau mascaret
nous rédigeons un poème

[...]

Laurent Jarfer
 
noesora

 
Belle plume de feu, de brume et de verre blanc...sang.

 
Posted by noesora on Tuesday, September 29, 2009 - 7:46 PM
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