Jacques Mesrine, héros étincelant ou sombre truand ? Les deux coexistent et s’affrontent dans « L’Instinct de mort », film double comme son sujet. Entre grand spectacle et vision singulière, un bon polar façon Richet, où l'on comprend le pouvoir immense de l'image.
Un coup de poing de près de 2 heures, voilà ce qu’est le film de Jean-François Richet. La vie du gangster français le plus célèbre, Jacques Mesrine, se dessine âpre, tendue, posée sur un fil, une pellicule. Le rôle endossé avec classe par Cassel, imprègne l’image et chaque détail s’imbrique parfaitement jusqu’à ce que la fuite en avant du voyou prenne sens pour le spectateur. Il voulait vivre, il en est mort.
De son retour d’Algérie aux quartiers haute sécurité de prison, on suit le parcours puissant et saccadé d’un homme trouble en quête de liberté. Jacques Mesrine devient devant nous un type ordinaire n’ayant que la violence comme expression possible et découvrant le pouvoir de l’image. Son image, son double fantasmé. Mais l’Histoire de tous les hommes fait partie de l’histoire d’un seul, jusqu’à avoir sa part de responsabilité dans une descente aux enfers programmée. Sans la guerre, sans la crise (tiens tiens), avec moins de non-dits, est-ce que Mesrine serait devenu l’ennemi public n°1 ? L’aurait-il seulement souhaité ?
« Dehors ou mort ! »Richet filme sans compromis, frontalement ; sa force est de nous proposer une vérité sur le braqueur télégénique, la sienne.
Violent, émouvant, le jeu compact de Vincent Cassel s’adapte au plus près de cette volonté naturaliste du réalisateur, comme le reste du casting, Elena Anaya et Roy Dupuis en tête. On se surprend d’ailleurs à aimer de nouveau la présence du fils prodigue et sa gueule cassée. Après un écart dans des films « alimentaires » (comprenez trop de moyens pour peu d’idées, citons pour mémoire « Blueberry » ou « Sa Majesté Minor » huhu), Vince redevient grand. À l’image d ‘un Javier Bardem ou d’un Johnny Depp des faubourgs parisiens, Cassel se grime et gagne en profondeur. Mesrine c’est lui.
« L’Instinct de mort » est finalement une histoire simple. Un homme quelconque devient quelqu’un, un flingue à la main, pour vivre mieux. C’est aussi un film simple, d’un mec qui tient une caméra comme d’autre une arme, pour vivre plus. Point de mot, choc des photos.
Sortie du 2nd volet « L’Ennemi public n°1 » le 19 novembre