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C'est un jour triste pour la faune africaine. Le gouvernement tanzanien a décidé de transformer le Parc National du Serengeti en un supermarché haut de gamme pour le tourisme de masse.
Un aéroport va être construit à quelques kilomètres à l'ouest du parc, sur un site qui, d'après ma carte, se trouve en plein sur la route de la plus grande migration de mammifère au monde – plus de 2,5 millions de gnous, zèbres et autres antilopes. Des hôtels cinq étoiles vont faire passer le nombre de lits de 940 aujourd'hui à un terrifiant 4500 ! Autant dire que, lorsque ce projet sera réalisé – pour une fois, je suis heureux que les choses se fassent lentement en Tanzanie – c'en sera fini du troupeau d'éléphants ou de la famille de lions observés en solitaire. Les Land Rover blanches remplaceront les acacias parasols en arrière-plan des photos et le bruit des moteurs les chants d'oiseaux sur les films. S'il y a encore de quoi prendre des photos ! La Tanzanie, qui s'était pourtant jusqu'à présent démarqué par sa politique de conservation, suit maintenant l'exemple du Kenya, alors qu'il est connu que les parcs kényans sont moins intéressants que ceux de Tanzanie, les animaux ayant fui, harcelés par les touristes. Cela sonne comme une condamnation à mort pour le guépard, l'animal le plus sensible à la présence des voitures qui le perturbent pendant ses chasses exclusivement diurnes et au rendement "naturellement" faible. Dans The Citizen, on parle de "elaborate investment plans to turn [the Serengeti] into a serious economic zone" in order to "attract tourists for the development of our country". Voilà, le mot magique est lâché, le développement économique nous sauvera tous ! Mais économique pour qui ? Pour le compte en banque déjà bien rempli de gros investisseurs – peut-être même pas tanzaniens –, certainement. Pour les locaux, paysans, artisans, commerçants, villageois sans eau courante ni électricité, certainement pas. Grâce à cet aéroport à quelques minutes de l'entrée du parc, les touristes ne seront même plus dérangés dans leur confort par les images de pauvreté perçues à travers les vitres de leur 4x4, ni par les (hypocrites ?) scrupules qui les accompagnent. Mais voilà, tout cet argent – qui, entre nous, aurait pu servir à goudronner, par exemple, la route entre Dodoma, la capitale politique, et Mwanza, la deuxième plus grande ville du pays, ou, mieux encore, servir à la formation d'instituteurs dignes de ce nom – va sûrement passer, entre Dar es Salaam et le Serengeti, par la case "poche de politicien"…
Bref, on est loin, très loin du tourisme solidaire que j'espère d'autant plus pouvoir vous proposer comme alternative dans les mois à venir. Si vous avez des amis à WWF ou Greenpeace, c'est le moment de les contacter – ici les gens ont d'autres chats à fouetter que de s'occuper du sort de la genette tigrine ou du guib harnaché…
Bon, je comptais vous parler un peu de moi, mais je me suis un peu emballé là, alors ça sera pour une prochaine fois…
Viva la revolución !
07:32
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