L'attente était immense, le résultat fut au delà des espérances les
plus folles. Pour leur unique représentation dans l'Hexagone, Damon
Albarn avait opté pour les Nuits de Fourvière lyonnaises en raison du
cadre, de l'organisation et de la qualité de la cantine. Cette
reformation aurait pu tourner court, le batteur s'étant blessé après le
deuxième concert d'Hyde Park. Que nenni, Blur est invincible. Retour
sur une orgie auditive.
Rennes 9h10, Lyon 13h45, quand le fan a
rendez vous avec l'histoire, rien ne peut l'ébranler. Ni une panne
SNCF, ni la pluie diluvienne qui s'abat sur le cité rhodanienne. Le
parapluie est de rigueur, le rosé aussi. L'été sera beau, l'été sera
chaud. Dans les t-shirts, dans les maillots. Posté aux abords du
théâtre, je regarde évoluer les 4500 privilégiés qui déferlent
sagement. Je me sens jeune.
Ouverture des portes au moment où
Claire Chazal prend le mic' cathodique. La foule se range dans l'arène,
en cercles concentriques. Les coussins siglés Nuits de Fourvière sont
gracieusement offerts aux spectateurs douillets. Ils auront une toute
autre utilité un peu plus tard dans la soirée. « Il y a quatre places
en fosse » : commentaire improbable d'une hôtesse d'accueil, que l'on
sent dépassée. Placement à l'extrême gauche, dans les gradins. Vue
imprenable sur les backstages, où Alex James s'étire quand Graham Coxon
écrase une ultime cigarette.
21h35, début des débats, début des
ébats. Le son gronde, la foule répond mollement. Le tracklisting est
sensiblement le même qu'à Glastonbury.
She's so high, délicate pop song, s'imbrique dans
Girls and Boys
qui se charge de frotter à vif une majorité de trentenaires blasés.
Réactivité toute relative, foule trop tendue peut être par ce moment
historique. Six ans sans Blur, c'est un peu comme six ans sans sexe. Le
fan appréciera. Les titres célèbres défilent comme les chansons moins
connues.
Tracy Jacks, There's No Other Way, Jubilee, Badhead. Damon Albarn est un enfant fier de son joujou éternel. Une pause bière en bousculant la moitié de l'assistance et c'est
Beetlebum
qui résonne. Comme à la fac, je me place en haut de l'amphithéâtre,
avec en cadeau Bonux une vue étoilée sur Lyon. Le bonheur est total, on
sent que l'éternité, ce soir, nous tend les bras. Dès lors, mon esprit
divague, ma mémoire se fait moins précise. Pardonnez moi pour les
quelques imprécisions potentielles concernant le tracklisting.
Out of time, puis
Coffee and TV.
Tender,
cet immense monument britpop se joue délicatement par un Damon Albarn
envouté. Oh my babe. La voix n'est plus qu'une, celle d'une foule qui
bascule dans la communion. 13 minutes de bonheur simple. J'aime être
dithyrambique. Le fan n'aime pas être objectif.
L'ensemble
s'articule autour des premiers albums, Think Tank semble délaissé, peut
être à cause de Graham Coxon qui, à l'époque, avait découché.
This is a low
conclue le premier acte. Les deux suivants seront wock'n'woll et pop.
Blur quitte l'arène, Graham s'en grille une, Damon arrache son Fred
Perry. Avale quelque chose de liquide puis repart à l'assaut. Le
triptyque
Popscene, Advert, Song 2 est joué à deux
cents à l'heure et donne lieu à un scène irréelle. Le public, jusque là
sage, jouit et balance avec entrain les coussins recyclés, prêtés au
préalable. Un puis deux puis...deux cents coussins volent, dans cette
bataille improvisée. Albarn jubile, se roule par terre, slame. Alex
James, archange méché, se vautre dans ce salon improvisé. Communion
intense. Damon Albarn marque le rythme d'une batterie millimétrée.
Song 2
résonne, explose, irradie. Pogo. Pliée en moins d'une minute. Blur
disparaît. Puis revient. Cette fois ci pour marquer une dernière fois
cette soirée au fer rouge.
For Tomorrow suivi de
The Universal pour conclure. Damon Albarn lève les yeux au ciel, la messe est dite.
Tant
pis pour toi, lecteur, si, ce dimanche 5 juillet 2009, tu as opté pour
Sliimy et Slipknot aux Eurocks. Ou Au foin de la rue. L'histoire de la
musique moderne s'est écrite sans toi, quelque part sur une colline
surplombant Lyon. God bless Blur.