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Cie Trio d'en bas Une Musique d'en Haut pour la France d'en Bas

Compagnie Trio d’en bas



Last Updated: 12/17/2009

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Country: FR
Signup Date: 3/24/2007
August 29, 2009 - Saturday 

A PROPOS DE [PROFET]

Une fois de plus, l’éclectisme et la qualité ont frappé … les quatre coups d’un théâtre à penser, rire et se sentir vivant !
Car, en fait, ils sont quatre sur scène. Elle (Johanna Rousset) se dresse sur ses petits ergots de poulette caquetante, juchée sur un tabouret ou en appui sur la tête ou l’épaule d’un de ses acolytes musiciens qui ne semble pas lui en tenir rigueur ; au contraire ! Tandis qu’elle déblatère et profère, ils ne cessent de la soutenir de leurs cuivres, clavier et percussions, discordants et en harmonie, pourtant. Leur son est aventurier, de même que la diseuse est de bonne aventure.
Aventure des chemins de colère grinçante contre l’absurde de la broyeuse « libérale », révolte cocasse pour opposer, à la folie mondialisante, celle virulente et tendre des mots susurrés, hurlés, gémis, crachés qui racontent un enfant attaché au pare-choc de la voiture de ses parents et auquel cela donne envie de chanter fort, très fort. Ou encore ceux de Michel Piquemal parlant de nos « démocraties » où la voix du pauvre ne vaut pas une roupie de sansonnet face à celle du riche. Des mots sertis, soulignés, accentués de musiques distordues ou mélodieuses, tambour ou saxo battant. Comme battrait un cœur, au bord parfois de la syncope mais dont la chamade sait aussi se faire amoureuse, languide presque, chaude certainement. Et le compagnonnage chaleureux de ces quatre-là, leur dérision poétique et musicale réchauffent et galvanisent en même temps qu’ils nous dessillent écoutilles et quinquets, fenêtres d’un esprit toujours à éveiller.  
Miss Mart. Journal Factotum Décembre 2009

A PROPOS DU TRIO D'EN BAS


Ils sont effectivement trois mais sonnent au moins comme quatre. Leur maelström sonore, innervé de satire sociale rigolarde, un peu foutraque, tient la route et assure les virages les plus serrés grâce à un engagement instrumental total, grâce également à un recul amusé sur l’ensemble de leurs « influences » : le jazz, Zappa, le post-rock, le free, les valses de Strauss, etc…  […] »

Stéphane Galland - Newsletter Mécènes du sud – Mars 2009


Un cocktail de jazz et de loufoqueries

Trio D’En Bas
rime avec Lubat. Un cocktail de jazz et de loufoqueries concocté par trois anciens membres de la Compagnie du facétieux batteur nous a été proposé une heure et demie durant.
Déjà, en dégustant ma délicieuse assiette de fromages variés, j’avais remarqué la table d’objets insolites et variés eux aussi disposée au centre des emplacements des musiciens.
Elle est d’emblée l’objet de leurs préoccupations : ils s’agitent autour et manipulent des trucs. On pense qu’ils font n’importe quoi mais très vite un rythme prend forme grâce aux casseroles savamment percutées. Yoann Scheidt batteur bruitiste masqué à visage découvert laisse ses camarades à leurs bidouillages et rend sa batterie prenante. Arnaud Rouanet saxophoniste boutiste-en-train se lâche sur son premier solo. Du free libéral ! Les mélodies de Porque Te Vas et plus tard d’Inspecteur Gadget surgissent ensuite. Tout ça sur un tempo reggae bien sûr. L’Inspecteur Gadget termine la pièce plus déglingué que jamais.

Le ton est donné. Un klezmer plus tard interrompu par un chant très populaire italien à 3 voix Mangia La Bella Polenta ! le tribun Arnaud affublé d’un seyant T-shirt Intermarché tente de nous vendre une musique d’en haut pour la France d’en bas. Ou l’inverse. Ou un mix des deux. Avant de mettre fin à ses tergiversations :
"Ayez confiance dans le Trio D’En Bas : une musique d’en haut pour la France d’en bas." D’où le titre.

Entre ces délires, de la musique : D’En Frisell, un morceau beau comme du Portishead. Samuel Bourille, entremetteur sonore, y fait se rencontrer des sons, ceux de son clavier et ceux de sa boiboîte que réchauffe le ténor d’Arnaud.

Une page de pub (hilarité garantie grâce à la carte Auchan), une chanson à même pas 2 balles (Ah ! Si J’avais 1 franc 50) font office d’interlude. Trio D’En Bas rime aussi avec Zappa. Un spectateur (longuement) sorti pour fumer sa clope donne l’occasion à Arnaud de s’asseoir entre deux filles pour la reprise de I’ve Been In You et d’alterner voix rauque / voix aiguë.

C’est quasiment fini pour les farfeluosités. La fin du set est beaucoup plus sérieuse. Comme s’il y avait un temps pour rire et un temps pour se recueillir.

La merveilleuse pièce qui suit (début plus classique voire sirupeux, sons samplés, voix grave de Samuel, Yohann au trombone) hypnotise les spectateurs. Les yeux se ferment.
En rappel, La Valse Du Printemps revisitée par le Trio D’En Bas y gagne des parfums de samba. Une composition de Johann Strauss qui clôt cette soirée chargée d’humour et d’émotion.


McYavel - Concert&co - Octobre 2009


Délires insolites


D'improbables improvisations étaient au programme du Mandala, jeudi, avec les inventions et réinterprétations du Trio d'en bas. Entre pur delirium et expérimentations sonores, ces trois alchimistes du son ont démontré, que la musique ne se trouve pas encore confrontée à ses limites.

Casseroles, boîtes à musique, cloches, bruits de basse-cour, autant de surprises rythmiques qui laissent le spectateur abasourdi devant une scène qui, au final, se transforme rapidement en une chambre de mioche bordélique. La compagnie Lubat dont est issue le trio n’est pas si éloignée, son influence ayant forgé un caractère certain aux trois "multi-instrumenteurs" non seulement jazzmen, mais surtout musiciens, s’attachant aussi bien à la chanson française qu’à la variété internationale.

Devant l’affluence d’objets en tout genre, on oublie vite de présenter les membres "primitifs" de la formation. Un spectateur arrive en retard, ce n’est pas grave, le saxophoniste Arnaud Rouanet (saxophone, clarinette, percussions) s’arrête – "Bonsoir, installez-vous, tenez, je vous présente les musiciens" : Samuel Bourille (piano, accordéon voix) et Yoann Sheidt (batterie, percussions, voix). De toute façon, le minuteur est en marche pour quarante-cinq minutes de concert, mais "on peut toujours négocier".
"C’est open list ce soir". Le trio laisse une place très importante à l’improvisation. Aucun des trois compères ne saura à l’avance ce que l’un décidera de jouer, le but étant évidemment d’instaurer une fraîcheur et un contact certain avec le public, cobaye du laboratoire.

Le Trio d’en bas se sert de relectures, parfois caricaturales, d’un grand nombre de styles musicaux. Tout y passe : dub, classique, génériques de dessins animés, reprise de Frank Zappa, de George Brassens, l’ensemble bien sûr accompagné d’une sauce de "musique d’en haut pour la France d’en bas" qui mène ce petit monde de fanfarons délurés là où personne ne pouvait s’y attendre. Un groupe qui ne se prend pas au sérieux, des batucadas de casseroles, des projecteurs "lampes de chevet", des valises remplies de trucs et même de machins, le tout au service d’une musique qui part d’en haut pour aller vers le bas, donc "une musique de qualité". L’aléatoire est le mot d’ordre. De la valse au free jazz, l’humour et la poésie du décalage fonctionnent à coup sûr. Aux habitués du trio, le rire est toujours d’actualité face à l’innovation. Aux novices, la confrontation à ce patchwork musical et humoristique ne peut souvent que ravir.

Un groupe dont la musique se découvre sur scène ainsi qu’au sein des nombreux projets inter-arts comme la création "Profet" ou encore le spectacle "Nom de code : temps libre" avec la compagnie de cirque Hors Pistes. Le minuteur sonne, c’est la fin du concert.

Quentin Daniel – Le Clou dans la planche (webzine) – 1er mai 2009



Trio d'en bas ou le tric trac des tressages musicaux

Le Trio d’en Bas, c’est la musique à cors et à cris fabriquée par trois
hidalgo qui nous secouent de haut en bas, de bas en haut, qu’importe le sens des ondes, car au bas mot, le trio d’en bas se joue en trictrac des temps nouveaux, mot formé sur une base onomatopéique atypique évoquant un bruit dont on a pu oublier l’histoire savoureuse ; elle n’est pas sans rappeler que jamais un coup de dés n’abolira le bazar ! Comme le rappelle le Dictionnaire historique de la langue française : « Depuis le XVIè s., trictrac désigne par métonymie (1534) un jeu analogue au jacquet où l’on utilise des dés et des pions, à la même époque le damier sur lequel on joue (1553) puis (fin XVIIè s.) une partie de ce jeu (faire un trictrac). Retrouvant sa valeur d’onomatopée, trictrac par allusion au bruit fait par l’oiseau, a été le nom usuel d’une sorte de givre (1776) et d’un passereau (1834). »

Du Cornet à dés de nos escamoteurs…

Comme surgis du Cornet à dés de Max Jacob, variation sur l’axiome mallarméen dont la reformulation pourrait être selon la préface de Michel Leiris à son recueil : « Un coup de dés jamais n’abolira le jeu de dés. », les délices improvisés qui écorchent les oreilles néophytes se propagent dès lors en ondes frénétiques, en haut, en bas, en tout sens, et même de traviole : les dés de nos trois escamoteurs sont des dés-lyres, entendons par là délires acoustiques et mélodies débridées qui touchent tant au burlesque qu’au sublime, surtout au sublime en percutant les tympans de leurs auditeurs…
Quelle est la démarche du Trio d’en Bas ? Une démarche au hasard apparent, au bazar entêtant, bref, au bas-art envoûtant ! Leur musique fait trépigner les voûtes plantaires et embaument les voûtes célestes, elle foudroie comme un éclair lancé par les dieux que nos trois héros savent prolonger, relancer tout en sachant, comme l’inscrit Max Jacob dans sa préface de 1916 que « Tout ce qui existe est situé. » Leur micmac sonore étincelant ne transigera donc pas avec leur manifeste dadaïstico-surréalistico-Music and Co : « Dans un tel contexte, messieurs dames, d’insécurité sonore flagrante, d’absence de repères, et de surdité croissante de l’ensemble de la population, notre chère exception culturelle française vit actuellement des heures sombres. Certains pourraient croire à un repli identitaire stérile et nostalgique, à l’instar de la chaîne radiophonique du même nom, afin de nous préserver de cette « mal ouïr » si justement dénoncée… NON ! Ne restons pas sans voix face à de telles menaces. Ensemble, refusons le dictat médiatique aux slogans injurieux tels : « Une musique d’en bas pour la France d’en bas »… pour que ceux d’en bas soient encore plus bas. « Une musique d’en haut pour la France d’en haut » … pour rester entre amis. Ainsi, afin de mettre un terme à cette trop célèbre fracture artistico-sociale, il nous faut une musique, comprenez-vous, qui partirait du haut pour atteindre, par la suite, le bas. Donc une musique de qualité. OUI !... Ayez confiance dans la Cie Trio d’en bas, « Une musique d’en haut pour la France d’en bas. »
N’ayons pas peur des mots, un tel manifeste nous laisse pantois, avec pour seul désir, celui de rester en bas à écouter la musique du Trio d’en Bas : que tout ne soit pas DADA mais d’EN BAS, car de leur composition tombée du ciel, on en est BABA, on n’a qu’une envie, être le petit lambda qui danse la lambada du Trio d’en Bas !
Mais qui sont nos trois escamoteurs aux escapades musicales élitaires pour tous ?
Trois chevaliers des temps post-modernes qui se sont fondés en trident strident contre les tubes de dentrifice freedent, car ils ont la dent dure, et un sens aigu du free, ces trois compères qui, je vous rassure, se lavent aussi les dents, fusse avec la marque freedent, ou avec un cure-dent dont je n’ai cure... Première dent, un saxophoniste qui nous donne à entendre l’infini du dedans aux mélopées bleues, deuxième dent, un batteur qui nous donne à danser sur le bord subtil des percussions, des bruissements, troisième dent, un pianiste qui nous donne à sentir l’infini dehors aux notes des sans-voix, et voilà, le trident rassemblé, finement aiguisé, dont pas un n’est à côté, toujours dans le tempo déchirant d’une tempête free-jazz sur le point d’éclater !
Mais qu’est-ce que c’est que ce charabia ?
Vous comprendrez rapidement, en découvrant la musique du Trio d’en Bas qui offre à ouïr en quelque sorte le dehors du dedans. C.Q.F.D. [euh, ce qu’il fallait dessiner…]

…Surgit l’envol free d’un passereau,…

Chaque dent du Trio d’en Bas, pour filer l’image, avait poussé comme une dent de lait sur les chantiers transartistiques de la compagnie Lubat de Gasconha. Le trio d’En Bas en est l’héritier singulier : « Avec l’amitié comme fondement et l’aventure humaine comme piment, c’est le désir de recherches et d’expérimentations artistiques qui les a logiquement rapprochés. Aujourd’hui la compagnie Trio d’en bas creuse son sillon à la force du poignet, métaphore assumée du travail des paysans de la musique, artisans du son, apprentis artistes en formation à vie. »
Apprentis artistes certes, tout artiste l’est peu ou prou, mais comme leur art est vivifiant ! L’art excède chaque dent, prend la forme d’un dédale de lignes musicales ayant le sens du détour, autant de questions en partance sur les inégalités et les précarités de la condition humaine, sur la dérive sociétale du tout commercial : « Ce choix est assumé comme un regard posé sur la société du spectacle, car la démarche artistique est aussi une démarche politique. » Mais point d’embrigadement, fut-il sociologique, alternatif, ou situationniste ! Entre ces musiciens, la liberté est la condition sine qua non !
Leur idéal comme ligne d’horizon de leur musique qui passe tel un passereau réside dans la formule « une musique d’en haut pour la France d’en bas » : « utopie d’un art élitaire, accessible et exigeant, tentant de permettre à tout un chacun de redevenir propriétaire de sa part de cerveau disponible jusque-là vendue au plus offrant. »
Pour garder toujours cette tension vers l’idéal permettant la délivrance du trident, le Trio d’en Bas ne pratique pas l’art du triage, mais l’art du tressage avec l’inattendu : collages, superpositions, décalages, pour sortir des carcans qui sépareraient musique d’élite et chants populaires, bref une démarche qui parie sur l’« expérimentation éphémère » pour faire mesurer néanmoins à ses auditeurs la distance qui sépare une œuvre d’un aboli bibelot d’inanité sonore formaté de son vivant.
Le bricolage est alors admis, il y a toujours un peu d’artisanat dans l’art, mais c’est un bricolage mené avec rigueur qui débouche sur une écriture collective et polymorphe, tant elle brasse de ressources musicales diverses : le jazz, le post-Rock, le free, les déformations d’airs populaires, les pastiches de jingles populistes, créant ainsi une matière sonore hybride pour le plus grand plaisir des oreilles avides de contrées sonores inconnues, qu’il s’agisse de continents engloutis ou de terres nouvelles … En les écoutant on songe à des artistes multiples qui ont toujours voulu repoussé les limites de leur musique : John Coltrane, Thelonious Monk, mais aussi bien évidemment Luba, Frank Zappa, Akosh et bien d’autres…
Du Cornet à dés de nos escamoteurs orfèvres, ou plutôt du cornet acoustique de nos trois expérimentateurs hors pair, surgit l’envol free d’un passereau, ce tric-trac qui traque le moindre bruit, le moindre son, même le plus anodin comme le prémisse aux battements d’ailes d’une musique en définitive très birdy.

…Le zigzag, les hauts et les bas d’une musique métamorphique !

Le passereau déployant ses ailes, le trident Trio d’en Bas qui lui sert de perchoir sait s’enraciner dans la tradition des chants de lutte. La création 2007 de « Trio d’en Bas lutte » ne se cantonne pas à un devoir de mémoire que le centenaire de 1907 aurait imposé : bien plus, le hasard du calendrier permet au groupe de donner une torsion au thème de la révolte pour s’interroger sur les implications au présent des combats dans lesquels les vignerons se sont engagés dès avant 1907, à l’heure où la mondialisation pourrait effacer une part de l’exception viticole du Languedoc Roussillon. Dès lors l’exploration du thème de la révolte qui plonge le trident dans la terre tel un cep de vigne permet à chaque dent d’explorer d’autres facettes de la révolte par-delà les dates commémoratives à travers une culture populaire dépoussiérée : « Revisiter une chanson anarchiste italienne, la guitare portugaise de Carlos Paredes, Georges Brassens ou des chants de la guerre d’Espagne… Dans un esprit proche d’un Charlie Haden et son Libération Music Orchestra utilisant les chants révolutionnaires comme matière à interprétation et improvisation. »
Rien n’arrête l’envol du passereau qui zigzague sur toutes les traditions pour s’interroger, à travers les hauts plongeons et les bas ascendants de la musique métamorphique du Trio d’en Bas qui fait de la tradition de la guinguette une matière évolutive et non le chant du cygne d’un musée musical pour passéistes « rétrogrades-conservatrices-traditionalistes-trou d’bal ». Il s’agit alors de donner une chair nouvelle à une tradition irréfutablement festive et revigorante : que les corps dansent sur les places des villages et non que les corps étouffent dans le confinement des boites aux rythmiques calibrées.
Prolongeons la déambulation aérienne du Trio d’en BaL, par-delà le temps, les époques, car le trident s’interroge sur le rapport au temps, à la temporalité, pour mieux en faire ressurgir peut-être l’intempestif, ce dont témoigne leur formidable œuvre de réflexion en musique « Nom de Code : Temps Libre » : « Dès les premières années de notre vie, le temps dont nous disposons est bien découpé, rythmé, avec des petits espaces de temps dit « libre » coincés parmi les temps imposés et collectifs… ». Comment libérer le temps présent ? C’est peut-être cette haute question que se pose le trident Trio d’en Bas, qui ne se prive pas de suggérer par son œuvre même des bribes de réponses : par une durée musicale qui peut laisser l’impression de s’écouter hors du temps de l’horloge, par une prolongation de la durée musicale, durée interne de l’auditeur, en geste, mouvement externe de l’acrobate, qui suggère une échappée Hors Pistes pour reprendre le nom de la compagnie avec laquelle le groupe musical a proposé une percée de temps libre, de temps libérateur en sortant du carcan que peut former un groupe de musique pour l’ouvrir à une chorégraphie à prise de risques, qui à son tour, relève un défi, celui de la pesanteur, par une improvisation accompagnée par la musique repoussant la limite de l’équilibre, tant mélodique qu’acrobatique.
L’acrobatie comme métamorphose de la musique du Trio d’en Bas, mais aussi le texte comme caisse de résonnance du tracement du trident servant de partition au livre Le Prophète du Libéralisme de Michel Piquemal, pastiche du best-seller de Khalil Gibran. Cette œuvre caustique qui entremêle dès lors musique et théâtre, fait de la musique un contre-point du texte, et du texte l’incandescence de la musique soulignant sa part de dérision comme un cri et un mode de questionnement sur le monde qui nous entoure, et parfois nous anesthésie sous sa pesée : « Connaissez-vous la parabole des grenouilles ébouillantées ? Si l’on prend des grenouilles et qu’on les jette dans l’eau bouillante, elles sautent et se débattent. Par contre si on les met dans l’eau froide et qu’on augmente peu à peu le gaz, on parvient à les ébouillanter sans faire de vagues. Cette parabole reflète bien la stratégie de notre médiocratie consumériste et libérale qui a peu à peu lobotomisé les citoyens par la publicité, la consommation, le discours sécuritaire, le gavage alimentaire, et la presse aux ordres.
Lorsque j’ai écrit Le Prophète, je l’ai voulu comme un sursaut d’une de ces grenouilles coriaces pas tout à fait ébouillantées. »

Lauréat du Concours Jazz Migration 2010 pour sa formidable capacité à joindre au pur délirium une expérimentation free qui pousse la composition originale jusqu’au déchirement d’une improvisation soudaine qui n’est que la crête d’un seul élan, celui du passereau appelé à devenir peut-être albatros, ce « prince des nuées / Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; », mais un albatros qui « Exilé sur le sol au milieu des huées, » se moque bien des huées, sait retrouver ses ailes de passereau, marche, claudique parfois comme un jazzman un peu éméché, un oiseau de métamorphose, phœnix capable de renaître de ses cendres, qui sait essuyer les hauts et les bas pour que sa musique d’en haut soit toujours destinée à la France d’en bas, en un zigzag foudroyant, celui de son trictrac insolent tressant l’absolu de la note bleue à l’ordinaire des combats de la petite vie.

RYS - Août 2009