Un retour triomphal
Le petit village de Berdorf, berceau de la Petite Suisse Luxembourgeoise qui fêtera l'année prochaine le centième anniversaire de l'harmonie locale, a vibré samedi dernier d'une émotion particulière, à la hauteur de l'événement qu'elle accueillait.
Retour sur une journée magique et une soirée époustouflante.
Comme à son habitude, et ainsi que l'exige le concept même des Soirées & Rencontres Musicales instauré par Christophe Dupin, le concert nocturne était précédé d'un récital/rencontre/atelier/workshop matinal réservé aux enfants.
Des pitchounes – dont les plus jeunes devaient avoir 4 ou 5 ans, les plus âgés entrant à peine dans l'adolescence – ont pu ainsi écouter Jean-Paul Merrienne (meilleur cor anglais au monde, soliste de l'Orchestre National de Montpellier) leur interpréter l'andante du Concerto d'Aranjuez avant de leur expliquer le fonctionnement et les spécificités de l'instrument en ébène. Cosima Favier, magistrale dans son interprétation de Saint François de Paul marchant sur les flots, expliqua cette œuvre Franz Liszt avant d'appeler les enfants pour une découverte ludique des entrailles du piano. Le jeune Quentin Malchaire, qui avait déjà fait ses armes au sein des Soirées Musicales de Berdorf en jouant en tant que soliste aux côtés de l'Ensemble Berlin, assura quant à lui une démonstration de trompette moderne et baroque. Puis la chorale Voices International Community Choir vint interpréter, en formation restreinte, deux œuvres de Mozart dont le Lacrymosa, avec un simple accompagnement au piano, était des plus poignant.
Si l'on en croit Christophe Dupin, la musique de Mozart „est comparable au Rock'n'Roll du milieu du XXe siècle, fougueuse et rebelle, et souvent très mélancolique". Une programmation blues et rock vint s'ajouter à ce concert matinal, donnant naissance à un trio tout à fait improbable. Christophe Dupin a remit sa guitare à l'épaule pour rendre hommage à son ami et professeur Peter Kuhn, auteur-compositeur-interprète aujourd'hui décédé, au génie comparable à celui de Mozart. Jean-Paul Merrienne a délaissé pendant un temps son cor anglais pour endosser le rôle de batteur et Cosima Favier, pianiste classique, a relevé le défi d'improviser un solo rock sur le „Tape des Mains" du célèbre groupe français Les Forbans devant un public des plus enthousiastes.
Le concert du soir fut l'apothéose d'une journée magique, en présence du ministre des affaires étrangères, Nicolas Schmitt. Dans une église bondée, l'Ensemble Berlin nous offrit le „Concerto n° 2 pour cor et orchestre" de Joseph Haydn dans une configuration inédite – à savoir dans une formation cor, flûte, hautbois et ensemble à cordes. L'interprétation légère et très subtile, pleine de grâce et de noblesse du soliste Franz Draxinger correspondait à merveille à l'état d'esprit de Haydn. Il fut accompagné par un ensemble tout aussi inspiré, qui fit ressentir au public la beauté de cette œuvre majeure de Haydn, pour laquelle il convient de souligner également le jeu du flûtiste et du hautboïste.
Avant d'aller plus loin dans la programmation, rappelons qu'une des particularités des Soirées & Rencontres Musicales de Berdorf, qui fait à la fois sa force et nimbe chacun des concerts d'un halo de lumière où le divin est presque palpable, est que les artistes – professionnels comme amateurs – exécutent la programmation exigée par Christophe Dupin. Ceci implique donc un état d'extrême concentration pour les artistes qui doivent jouer ensemble en ne s'étant rencontrés que la veille, voire le jour même, pour une brève répétition.
Ainsi, Jean-Paul Merrienne nous offrit-il une interprétation profonde et émouvante de l'Adagio KV 580, tiré du Requiem de Mozart, superbement accompagné par les cordes de Berlin.
On notera également la parfaite homogénéité entre Cosima Favier et les vents de l'Ensemble Berlin lors du Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur Op. 16 de Beethoven, dans lequel la pianiste a pu exercer tout son talent avec une subtilité de touche exemplaire, avant d'accompagner la chorale luxembourgeoise Voices International Community Choir pour le Lacrymosa extrait du Requiem de Mozart. Cette chorale, bien qu'amateur, fit parcourir un intense frisson d'émotion dans le public par son interprétation fine et sensible de cette pièce que Mozart composa juste avant de s'éteindre.
Dans un esprit plus léger, Voices International Community Choir nous offrit A la Cart, une œuvre de Judith Watson d'après Mozart, qui fait référence à un incident survenu dans la petite enfance du génie. La qualité d'interprétation de ce canon à quatre voix valut à la chorale d'être bissée.
Le concert s'acheva sur l'Octuor KV 497 de Mozart qui fut à l'origine composé pour deux pianos (Sonate à quatre mains) et qui a été récemment transposé pour l'Ensemble Berlin dans une version d'octuor. Ce fut une première interprétation au Grand Duché à double titre car non seulement l'Ensemble Berlin nous offrait-il une transposition inédite mais encore la jouait-il en nonette, avec une virtuosité inégalée et inégalable qui leur valut une standing ovation et un rappel lors duquel la formation entière interpréta une œuvre de Félix Mendelsson-Bartholdy spécialement transposée pour elle.
L'ensemble du public s'est accordé à dire que ce concert était un cadeau inestimable qui leur était fait, tant par la qualité de la programmation que par la virtuosité des intervenants et attend avec impatience les trois concerts annoncés pour 2007… et nous aussi !
© Chantal Leroux