Sur ma planète, les poissons planent au-dessus de ma tête.
Ils glissent, souples, le long des falaises à pic,
Parmi d'immenses forêts jaunes, blanches, rouges et bleues.
Souvent, je prends plaisir à flâner avec eux
Car j'ai le cœur léger dans mon immensité.
Sur ma planète, les poissons planent au-dessus de ma tête.
Sur la planète Terre, il y a le Monde,
Celui que nous connaissons tous.
Mais, ce n'est pas le seul,
Il y a un monde caché,
Un monde hors du commun
Dont seuls quelques humains ont entendu parler.
Très peu d'entre eux s'y sont aventurés.
Sur la planète Terre, il y a un monde caché,
C'est le monde d'Edina.
Le monde d'Edina, il est au fond des mers
Parmi les poisson-anges et les requin-marteaux,
Les forêts de coraux qui montent vers le ciel.
La frontière de ce monde, c'est la surface de l'eau.
Le monde d'Edina, il est magique et beau.
Grande tortue marine aux yeux humides et doux,
Edina marche au fond de la Baie de Lamen.
Comme ses cousines, les tortues terrestres,
Elle se déplace lourdement, au fond de l'océan,
Parmi les eaux turquoises des îles du Vanuatu.
Mais, lorsque la douce Edina
Prend son envol, entre deux eaux,
Elle nage avec tant de grâce
Que tous les habitants de Lamen,
Des poisson-clowns aux murènes,
Ralentissent leurs ondulations
Pour regarder la belle
Fendre les flots.
Edina est une jeune femme,
Et, avec son mari Lonsen,
Ils pensent qu'il est temps maintenant
De devenir papa et maman.
Ils s'aiment au fond de l'océan
Et, de leur amour cristallin,
Va bientôt naître une ribambelle
De petites tortues à nageoires :
Des palmes qui leur serviront d'ailes.
Comme les poissons, comme les oiseaux,
Les tortues pondent des œufs blancs.
Lorsque le jour est arrivé,
Edina remonte de la baie
Vers la plage où elle est née
Et où doivent naître ses enfants.
Elle se hisse avec peine sur le sable blanc,
Creuse son nid au cœur de ce tapis de nacre
Et dépose, dans de grands efforts,
Les œufs d'où sortiront ses chers petits.
Puis, elle retourne à l'eau, elle n'a plus rien à faire,
Dame Nature veille à tout et se charge du reste.
C'est elle qui enverra ses enfants à la mer.
Epuisée, Edina se repose sur le sable
Et les bris de coraux qui jalonnent le fond
De l'océan, sous l'œil de l'attentif aimant,
Lonsen, son chevalier, qui a fait d'elle une mère.
Sous le regard ému des raies et des carangues,
Des poisson-perroquets et des étoiles de mer,
Au bleu plus pur et plus intense
Que les vagues et le ciel réunis,
Les parents attendent, impatients,
Dans le profond silence,
L'heureux événement.
Quelques semaines plus tard, sous le soleil radieux
Des îles du Pacifique où brûlent les Tropiques,
Les œufs éclosent enfin et la course commence.
Les petites tortues s'escriment, maladroites,
A franchir les rides que notre ami le vent
Dessine chaque jour sur le sable blanc.
Elles ne comprennent rien à ce qu'il leur arrive
Mais, l'instinct leur indique l'unique direction.
Elles se ruent, imprécises, vers les lèvres d'écume
Qui marquent la limite des deux mondes vivants,
Et, même si quelques-unes abandonnent la lutte,
Epuisée par ce but qui s'éloigne à chaque pas,
Une grande partie d'entre elles franchit finalement
L'écume, puis les vagues qui les engloutissent
Vers le monde innocent où vivent leurs parents.
Tout à coup, l'onde bleue s'anime.
Edina et Lonsen voient surgir dans leur ciel,
Agiles comme s'ils avaient toujours connu ces ailes,
Ces petites tortues de quelques centimètres,
Leur progéniture, gracieuse et si légère,
Qui leur tombe dessus, comme par enchantement.
Etonnante escadrille qui s'approche du fond,
Comme une neige coule en de verts flocons.
Sur ma planète, mes enfants planent au-dessus de ma tête.
Ils glissent, souples, le long des falaises à pic,
Parmi d'immenses forêts jaunes, blanches, rouges et bleues.
Maintenant, je prends plaisir à flâner avec eux
Car j'ai le cœur léger dans mon immensité.
Sur ma planète, mes enfants planent au-dessus de ma tête.