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Current mood:alambiqué
Alambic sortie Sud a parcouru des tuyaux entortillés avant de voir le
jour. Cette fois, Claude Mairet a écrit toutes les musiques, chacun a travaillé
un peu en solitaire, longuement. "En fait, ironise Hubert, sans cette
foutue rumeur on y travaillerait encore". Car c'est l'un des rares
artistes français, sinon le seul, sur qui ait couru une rumeur de mort (par
overdose). Rumeur tenace ; pendant l'été 1984, les rédactions sont assaillies
de coups de téléphone indignés ("Quoi, Thiéfaine est mort, et vous n'en
parlez pas ?"). Curieusement, le bruit court précisément quand
Thiéfaine commence vraiment à vivre. "Comme si les gens recevaient
seulement le contenu de Dernières Balises.
Trois ans auparavant, cette rumeur aurait joué mon jeu. Là, au début j'ai
rigolé, après j'ai trouvé ça pesant". Il répond donc par la sortie d'Alambic, où il glisse une sarcastique
chanson programmant sa mort pour "Un vendredi 13 à 5 heures", le jour de l'immatriculée-contraception ou
une connerie comme ça. Exorcisme pas triste.
.. ..
Surprise, Thiéfaine se montre un
peu sur la pochette, de dos, à demi nu. Assis dans une lumière océane (ou
galactique), il regarde un poste de radio, annonçant, dirait-on, musiques
visuelles et paroles en relief. Effectivement, il y a de ça. La perfection et
la précision de cet album confinent presque à la sophistication.
Esthétiquement, Alambic sortie Sud
est un point limite. Tendu, nuancé, une pulsation intense et maîtrisée.
Thiéfaine s'amuse parfois à quitter la
caverne, mais ça se présente mal : La
terre joue au bingo sa crise d'adolescence. Alors l'animal futurien s'octroie sa part de rêve, dans une rumination
solitaire, un peu passive. Il rit beaucoup dans cet album, mais du rire sans
joie des gueules de bois. Toutes les illusions retombent. Et j'ai beau raccorder mes fils/J'traîne un' vieill' caiss' marquée
fragile. Les chansons ont la chaleur mouillée de l'alcool et de
l'amour ; ici, le climat serait plutôt celui de la vie fœtale.
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J'voudrais
rentrer dans ta matrice
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Comme au vieux
temps d'ma létargeo
.. ..
Quand je jouais
avec la matière
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Dans la chambre
des éprouvettes
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Au milieu des
années-lumière
.. ..
Et du
rougeoiement des planètes
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Les musiques, portées surtout par
chœurs et synthés, aident Thiéfaine à flotter entre le vert et l'écarlate,
entre une science-fiction interstellaire et un passé sous-marin : Je flye vers le chaos caché/Dans les
vestiges de ma mémoire. Entre 1980 et 1983, il a fait le tri, reconstitué
ces vestiges, recollé les morceaux ("ma période Catgut") ; à
partir de 1983, il "joue avec le puzzle".
.. ..
Fin 1985, au milieu d'une grande
tournée, Thiéfaine passe quatre jours au Zénith. 12000 personnes
l'applaudissent au festival de Nyon, au cours de l'été 1986, où il participe
aussi au festival de Québec. Il trouve le temps d'élaborer un album, Météo für nada, qui paraît fin 1986.
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