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La poésie et la chanson se touchent. Avec la langue. S'agacent l'une et l'autre le bouton. Bien sûr, ce discours-là était plus audible dans les années 70 qu'aujourd'hui. Je me souviens par exemple de la collection « Poètes d'aujourd'hui » chez Seghers, où l'on publiait ceux qu'on appelait, par ailleurs, des chanteurs. Charlebois, je ne sais plus s'ils ont osé, mais Félix Leclerc, j'en suis sûr. Pour moi, Basile & Nash s'inscrit dans cette tradition, j'allais dire ce temps, où l'on mélangeait plus volontiers les serviettes et les torchons, surtout à l'office, où poésie et chansons s'abouchaient facilement, se goussaient sans complexe, sans domination. Ce temps, j'allais dire cette tradition, où les écrivains les plus prosaïques, par ailleurs, écrivaient aussi des chansons. Sartre, parce qu'il voulait sauter Greco qui lui préférait, sans doute à juste titre, Miles Davis. Hardellet qui, à ma connaissance, ne voulait pas sauter Béart, mais on ne sait pas tout. Pour en revenir à Basile & Nash, il faut parler de Prévert. De ce poète-là. Mal aimé, maintenant. Scolarisé à outrance. Pauvre. Communiste, de surcroît, dans ce qui semblerait presque un pléonasme à certains. Prévert, poète ? Allons, donc. Presque un chansonnier, ma bonne dame, un vague cartomancien du réel… Mais en s'emparant de certaines pièces longues de Prévert, comme le Petit bruit de l'--uf dur, pour moi une de leurs plus grandes réussites, Basile & Nash (mais surtout, Basile, en l'occurrence) montre que Prévert travaillait une seule langue, peut-être, mais sur plusieurs territoires savamment entre : celui de la poésie, de la chanson et du théâtre. A ce titre, il n'est pas dit que l'on ne puisse pas désormais parler de Prévert comme l'un des inventeurs du slam, après tant d'autres. Le slam est ce qu'on appelait, toujours dans les seventies, une performance. Le sport qui détourne tout à son avantage, la compétition qui se niche maintenant dans tous les recoins de la vie, nous cache le sens artistique de ce mot, qui vient de l'anglais, et semble y être resté. Avec Nash, dont les boucles tissent des trempolines saisissants, avec la guitare funky de Nathalie, ce groupe donne moins des concerts qu'il ne propose un spectacle dont on n'a pas encore tout à fait trouvé le nom. Arnaud Viviant
12:16 AM
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