Guillemont (part1)
L'enfer, qu'est-ce que l'enfer ? Existe t-il d'autres synonymes de ce mot, une définition plus précise ?
Pour l'humanité, la première guerre mondiale devait être de courte durée, une simple formalité.... Pour les hommes, elle se déroulera dans l'horreur la plus absolu. Nous sommes le 3 septembre 1916 dans la baie de somme, et rien n'est moins incertain qu'un lendemain possible...
je suis là, où vie est une parenthèse et la mort une réalité. Ici vit l'enfer ! Son coeur bat, comme une machine régulière nous emportant dans les bas fond de l'inhumanité, pour nous soumettre, chien de guerre, à ses désirs les plus immondes. Ici, la vie est abominable. Il fait chaud dans la tranchée, l'air est lourd, vicié, irrespirable... Il raisonne le grondement sourd des obus de l'armée Gough (réserve britannique) qui se déchaîne sur les lignes adverses pour reprendre ce lieu tombé sous le joug ennemi. Nous sommes Sur le front et les combats font rages depuis plus d'une semaine.
Autour de moi les hommes sont terrifiés, les rats, attirés par les cadavres, s'offrent leur plus beaux festins. J'entends les hurlements de douleurs s'élever de part et d'autres des tranchées et l'odeur de la poudre noire engendre des brumes opaques, qui me brûle les poumons. Le tac tac tac répétitif des Vickers machine gun mêlés au pilonement incessant des mortiers de 75 qui martèlent leurs hargnes, nous rendent completement fou ;
nous sommes à la fin de l'été, un été chaud et mortel et le soleil qui ne cesse de briller haut dans le ciel, nous impose sa chaleur. J'ai du mal à respirer tant l'air est épais et les corps en décompositions qui s'entassent dans la tranchée, répandent une odeur pestilentiel. Cet exhalaison, ce parfum insoutenable, est celui de toutes les peurs, celui du mépris de la vie, celui de l'incertitude ;
- vivre ou mourir ?
Ce soir, plus que tout autres, Aucune trêve, ni même un instant de répit ne nous sera donné. J'entends la Dca ennemi, des canons Krupp faire feu ; elles ripostent aux attaques des quelques bombardiers alliés qui survolent leurs lignes.
De temps à autres j'entends le sifflement des Minenwerfers passer à proximité de notre position pour exploser quelques dizaines de mètres plus loin ; ses projectiles appelés vulgairement marmites, sont de lourdes torpilles d'une soixantaine de kilos qui s'abattent sur nous à un rythme régulier. les dégâts qu'elles causent en explosant sont effroyables.
Je suis assis dans la tranchée, aux premières lignes, recroquevillé comme un enfant qui se serait égaré et je tiens ma tête posée sur mes genoux entre mes deux mains, en priant dieu pour que tout s'arrête. Cela fait maintenant plus d'un mois que nous tenons la position. les pertes sont estimées à plus de 200 000 hommes tout camps confondu, un chiffre qui parle de lui-même... un mois que je baigne dans l'horreur la plus absolu.
J'attrape mon paquet de tabac, mes feuilles et tente de me rouler une sèche. mes mains tremblent, ma bouche est pâteuse, j'ai du mal à contrôler mes gestes, ma respiration...
Il est 23h50 et cette nuit, notre peloton doit infiltrer les tranchées allemandes pour tenter de reprendre Guillemont.
à côté de moi il y a louis, on ne se quitte plus depuis un certain temps, 2 inséparables paraît-il !
Il y a 6 mois, lors d'une embuscade, louis m'a sauvé la peau. Depuis ce jour, nous sommes comme 2 frères. Louis a quarante-cinq ans et il est veuf. Sa femme est décédée pendant l'accouchement de leur fille, Giselle, il y a six ans. Giselle est tout ce qu'il lui reste... à l'heure qu'il est, elle vit chez ses grands parents, en espagne. Il ne parle pas beaucoup d'elle, c'est trop dur d'en parler ; il préfère faire comme si, comme si il était seul au monde, noyant son chagrin et ses craintes dans l'alcool.
Dans la tranchée, les hommes commencent à s'agiter, ils sont nerveux en cette soirée d'été. Le capitaine viens de nous rejoindre pour nous faire part du déroulement de l'opération. Il étale calmement la carte d'état major à même le sol, précise les positions, les objectifs et nous demande de faire au mieux. Les dernières mises aux points étant énoncées, nous partîmes en patrouille, silencieusement dans la nuit, vers les lignes adverses.
A suivre....