Paroles de Ciel :
La respiration du ciel
Au sol l'été qui dégénère
La couleur pourrissante des feuilles
Des feuilles mortes
Tousse comme une vague étrangère
Inclinant ce bouquet automnal
En un ballet frustre et buttant
Un bruit de mécanique
Le recensement est anonyme
Hêtrebouleauchênemégots
S'entassent, comme un mauvais mime
On singe le vent
Il n'y a ni grâce ni miel
L'orée approche du parterre
Qui sont ces danseurs en deuil
Que l'on déporte ?
Ces blessures de chlorophylles chairs
S'entrechoquant, sachant le mal
Me rappellent des éléphants
Dressés pour le cirque
Du soir lève des monts qui dominent
Le silence des bancs
Et frissonne ce qui se devine
L'humus se révoltant
Alors dans le plat de la pleine lune
Déteignant sur cet amoncellement chaotique
Un filet sonore se tresse
Inaudible à l'ouïe terrienne
Comme des insurgés, les feuilles pourrissantes rugissent :
Nous n'avons qu'un seul maître, il s'appelle le vent !
La respiration du ciel
Au sol l'hiver qui sait se taire
Le poing noir des feuilles
Des feuilles mortes
Paroles de Révolution :
Du haut de son balcon, jonché de probes gens
un chat noir aux yeux rouges languissait de son maître.
Les miasmes de ce monde qui sombre par l'argent
contraint ce petit chat presqu'à disparaître.
il sent ses tripes pourrir, moisissures qui du coeur
au foie et à la rate le consume : agonie en froideur d'un peuple en métal de peur.
Par son maître, jadis, il fit bien des folies;
de son souffle chaud pestilentiel, car funeste
s'illuminent quelques souvenirs :
une plage jamais trouvée, une bastille incendiée
reste, cet octobre trop froid
l'angleterre à son jeune âge.
Un spasme supplémentaire,
son âme se libère.
je vois déjà des rapaces, des corbeaux et des vipères
s'admirer de cette relique comme trésor de guerre
et en plus se proclamant révolutionnaire.
Opprobre!
le porte malheur gouttelé de sang
se sent comme condamné à la porte du malheur,
j'entends qu'il miaule en moi "sublimez tous ces gens"
et si on suit ses pas...
Paroles de Saisons/hors saisons :
Grappe de lobe
Tendre fossette, pudeur exquise
Le dos nu d'une robe
L'échine coule, s'amenuise.
La poigne ferme
Savoure, dérobe
Le pampre de la belle mise.
Lèvres gercées
Veines pervenches et arrondies
Les mats noirs dressés
Face au souffle bleu-gris.
La chaude écharpe
Qu'est un baiser
Chatouille la nuque amie.
Durs tétons
Epaules blanches fraîchement promises
Le corsage fripon
L'air baille à la chemise.
Les doigts tels
De jeunes rayons
Calculent la peau conquise.
Tiède nombril
Gouttes de sueur, jaune bikini
Le cou à fleurs d'huile
Etendu qui supplie.
La bouche au ventre
Recueille habile
La perle en catimini.
Poitrines aigries
Morne vagin et jets de selles
Les rides qu'on prit trahies
Par les senteurs Chanel.
Enrage ma vieille
Au temps -rêverie-
Des "où ça puait la pucelle".
Paroles de Fantôme :
ce que le ciel nous a promis,
ici juste un peu de pluie,
c'est la mer qui nous éclabousse,
embruns salés que le vent pousse.
lorsque comme des automates,
nos doigts s'enlacent,
nos doigts s'embrassent,
c'est nos mains qui pourtant se ratent.
je suis un fantôme, longeant les murs.
ce banquet qui clope la vie,
claudicante coupe de vin.
de l'instant dont se rassasient,
ceux qui habitent entre leurs mains.
et moi qui suis absent de celles
qui terminent des bras ouverts,
grands vers une ombre, un appel,
c'est le Là qui me passe derrière.
je suis un fantôme, longeant les murs.
ce qu'une rose a consenti,
à déposer sur ma rétine,
présence, extase, puis vient l'oubli,
damned! sitôt que j'imagine
ce qu'une rose a consenti.
les pétales effleurant ma chair,
les pétales effleurant ma chair,
souviens-toi de cette larme de nuit.
je suis un fantôme, longeant les murs.
Paroles de Angoisse :
Il ondule, derrière quelques remparts,
Aux pierres brumeuses et à la mousse fraîche,
Des lucarnes d'oiseaux
Sous le bonnet de l'âme tes mèches
Se détachent comme jaillissent les sources d'or,
Et déjà quelques mots
Des valises bêlantes, montures de hasard,
Quelques lettres se consument tout pendant que je sèche
L'horizon succulent
Mon temps est une quête -abîme abîme abîme-
Ma matière putréfiée, une angoisse d'abordage :
L'âme est immortelle
Il se mouche, dans la chose sublunaire,
Aux lumières ombrées, pesantes et accablantes,
Des souffrances éternelles