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Last Updated: 3/27/2009

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Monday, September 08, 2008 

L'Histoire Du Cannabis

Benoît DELAVAULT

ASUD 27


La culture c'est comme la confiture…

On connaît l'adage.

Dans le cas du cannabis, on serait plutôt dans la culture clandestine.

Alors, pour sortir du « placard » cultivez plutôt vos neurones que les petites graines.


Au hit parade depuis 10000 ans


Les premières traces de chanvre datent de quelques 10000 ans et sont retrouvées dans des débris de tissage, dans l'ancienne Mésopotamie (province de la Turquie actuelle) ; Le cannabis serait originaire d'Asie Centrale. Il s'est répandu au fil des migrations et des conquêtes vers l'Est (la Chine et le sub-continent indien) et vers l'ouest (le Moyen-Orient, la vallée du Nil, le Maghreb). Enfin, son usage à atteint l'ensemble du monde occidental et' à l'heure actuelle, l'Organisation Mondiale de la Santé considère que c'est la substance psychotrope illicite la plus utilisé à travers le monde.


De la Chine aux Indes, des usages sacrés, médicaux et récréatifs


Vers 2700 avant JC, le légendaire empereur Shen Nung – « Père de la médecine chinoise » - recommandait déjà l'utilisation du cannabis. Il était d'usage chez les anciens Chinois de graver la tige d'un plant de chanvre à l'image d'un serpent enroulé autour d'un bâton, ce qui ressemble au caducée. Lors de rituels thérapeutiques, un parent du patient frappait sur le lit du malade pour chasser les mauvais esprits.


En Inde, le chanvre est une plante sacrée. Elle serait issue de la transformation des poils du dos du dieu Vishnu échoué sur le rivage des terres habitées. Le dieu Shiva passe pour « avoir ramené le cannabis de l'Himalaya pour la joie et l'illumination des humains ». On honorait Shiva en versant du Bhanga (une boisson au chanvre) sur le lingam, une colonne phallique qui symbolise la force masculine. Au delà des rites religieux, la consommation s'est répandue dans tout le sous continent, et le cannabis est passé du statut de plante médicinale à celui de drogue psychoactive peu couteuse et facile à obtenir. Il est toujours utilisé pour stimuler l'esprit et apaiser le corps. Aujourd'hui encore les Sadhus ou « hommes saints » vouent leur vie au dieu Shiva et fument de grandes quantité de charas et de ganja. Pourtant les Nations Unies ont exiges que l'Inde éradique son cannabis. Comme si, sous pression des pays musulmans, l'ONU exigeait l'arrachage des vignes de vin de messe.


Les Scythes archéologiques Grecs rieurs


Ce sont les Scythes qui répandent l'usage religieux du cannabis des confins de la Sibérie en Europe, lors de leurs conquêtes. Grâce aux recherches archéologiques, on sait que ce peuple a parcouru des distances considérables. Leur présence sur les bords de la mer noire est attesté par l'historien grec Herodote (484-425 av. JC) qui témoigne de l'utilisation du cannabis lors des cérémonies funéraires. L'ivresse observée résulte de l'inhalation des fumées des graines et sommités fleuries jetées sur les charbons ardents dans une tente de fumigation. Les Scythes ont transmis la plante aux Parthes, Grecs d'Orient, pour un usage textile. Les Grecs puis les Romains connaissaient donc le chanvre et l'utilisaient pour fabriquer prés de 90% des voiles, cordages et tissus vestimentaires. En 460 av. JC, le philosophe Démocrite que bu avec du vin et de la myrrhe, le chanvre produit des délires et des états visionnaires. Il observe aussi des « rires irrépressibles ». Démocrite lui-même est du reste appelé le « philosophe rieur » par ses compagnons.


Cocorico dans le monde musulman


C'est en Gaule, plus précisément dans la vallée du Rhône, que l'on trouve la première preuve historique de la culture de chanvre en Europe occidentale, en 270 av. JC. Dioscride, médecin et botaniste gallo-romain du 1er siècle, l'utilise comme analgésique et mentionne ses vertus aphrodisiaques et apéritives ainsi que son pouvoir psychotrope en précisant que le cannabis « fait venir devant des yeux des fantômes et illusions plaisantes et agréables ». Galien, un siècle plus tard, indique que déjà à l'époque « l'on en donnait habituellement aux convives des banquets pour les mettre à l'aise et les rendre joyeux » et souligne les dangers de l'abus, redoutant qu' »elle ne blesse le cerveau quand on en prend trop ». On perd la trace du cannabis gaulois dans la décadence de l'empire romain. Le développement de l'usage dans le monde musulman est lié à la religion. En effet, l'islam interdit l'usage de boissons alcoolisées mais incorpore le chanvre, associé au prophète Elie, patron de l'eau. Le cannabis est ainsi reconnu comme un psychotrope comme l'alcool, sans que son usage ne constitue un péché. Il s'intègre dans la vie religieuse, sociale et culturelle du moyen orient, comme en témoigne les fameuses Mile Et une Nuits du Calife Haroun Al Rashid. Avec les invasions arabes des VIIeme et VIIIeme siecles, le cannabis passe de la péninsule arabique en Afrique du Nord, puis en Espagne, en France et dans le pourtour méditerranéen.


Du Moyen Age a la Renaissance: l'interdiction posée par l'Église


au cours du Moyen Age, le chanvre s'est répandu dans l'Europe entière. Du XIeme au XIIIeme siècle, les croisées découvrent en Terre Sainte les préparations a base de résine de cannabis, sous forme de Haschich; L'inquisition voit dans le cannabis une herbe diabolique et ordonne son interdiction en Espagne au XIIeme siècle et en France au XIIIeme siècle, en proclamant que l'ingestion de cannabis était hérétique et satanique. La connaissance officiel des propriétés du cannabis disparut. Il restera pourtant un ingrédient des potions de sorcières et guérisseurs, début de la persécution rituelle des usagers.


Le cannabis de l'âge classique au Siècle des Lumières


En 1546, Rabelais donna au chanvre le nom de Pantagruelon, en écho à son héros Pantagruel, pour contourner l'interdit religieux. Il précisa que le chanvre permettait aux hommes « non seulement de se joindre par delà les mers, mais aussi de tenter l'escalade des cieux », faisant ainsi allusion aux cordages en chanvre et aux propriétés psychotropes. Médecin, Rabelais en recommandait l'usage pour divers maux.

Du XIVeme au XVIIIeme siecle, le chanvre est essentiel aux grandes découvertes puisqu'il sert a fabriquer les voiles, cordages, sacs, tentes et vêtements. George Washington en cultivait dans son domaine de Mount Vermont, comme en atteste son journal. La production mondiale explose et le chanvre est considéré comme une ressource de premier ordre, source de nombreux conflits majeurs comme la désastreuse campagne de Russie de Napoléon.


Au XIXeme siècle, la redécouverte coloniale et le modèle orientaliste de consommation


Ce fut l'époque faste du cannabis. En partant a la conquête de l'orient, les français et les anglais redécouvrent ses propriétés psychotropes et son potentiel thérapeutique, comme les médecins qui accompagnent le général Bonaparte pendant la campagne d'Egypte. Vers 1840, Jacques Joseph Moreau de Tours, aliéniste a la Salpêtrière ramène du chanvre du Caire. Il ingéré du Haschich pour en décrire les effets psychotropes dans son traite Du Haschich Et De L'aliénation Mentale (1845). Bien qu'assimilable a celui de la folie, le procédé de l'intoxication du Haschich est pour lui un moyen unique d'exploration du psychisme humain. Il encourage son entourage a l'imiter et se fait l'initiateur de l'usage du cannabis auprès des intellectuels et artistes parisiens de l'époque, très marqué par le romantisme et l'orientalisme.


Les haschichins


Avec Théophile Gaultier, il fonde le club de haschichins en 1844. Ce cercle se réunit tous les mois a l'hôtel Pimodan, a paris, pour ingérer du dawamesc. C'était une sorte de « confiture verte », mélange a base de résine de cannabis et de divers ingrédients (girofles, cannelle,...) absorbée sous la forme d'une « noix » d'une trentaine de grammes. Ce club étonnant comptait parmi ses membres, Charles Baudelaire, Gérard De Nerval, Alexandre Dumas, On y croisait aussi Daumier, Balzac et Delacroix, La consommation de cannabis selon le modèle orientaliste se répand en Europe et aux États unis,. Jusqu'en 1900, les foires mondiales et autres expositions universelles comprennent un « salon fumoir a la turque ». Jusque dans les années 1920, il en existe plus de 500 a New York.


L'age d'or du cannabis thérapeutique


Au milieu du XIXeme siècle, un medecin irlandais, William O'Shaughnessey, expose les propriétés thérapeutiques du cannabis. Après avoir observé ses collègues indiens prescrire des extraits de chanvre pour traiter des maladies alors considérés comme incurables, il remet un rapport à l'Académie des Sciences d'Angleterre. Affirmant que outre ses propriétés analgésiques puissantes, il constituait « le remède antispasmodique le plus précieux qui soit ». Il fut alors prescrit comme remède des douleurs, notamment menstruelles (par exemples de le reine Victoria). Le cannabis devint le médicament à la mode. De 1842 à 1900, plus 'une centaine d'articles médicaux sont publiés qui recommandent sont utilisation.


Cannabis contre morphine


A la génération suivante, les médecins se désintéressent peu à peu du cannabis et des ses effets analgésiques, au profit de l'usage des opiacés (morphine). En effet, l'invention de la seringue hypodermique, dans les années 1850, révolutionne les pratiques médicales en permettant un soulagement rapide de la douleur par injection de médicaments solubles. Les dérivés du cannabis, pas soluble dans l'eau, ne peuvent être injectés (et ne le sont toujours pas aujourd'hui). A partir de 1863, le cannabis est progressivement remplacé par la morphine.


Les temps modernes: de la « diabolisation » à la prohibition mondiale


Parallèlement à ce déclin, les premiers années du XXeme siècle furent les années de « diabolisation » du cannabis. Aux États-Unis, une vaste campagne prohibitionniste prend naissance sur fond de racisme, de dépeçage par les banques de la société paysanne traditionnellement chanvrière, de lobbying de secteurs économiques émergeant et de puritanisme. Une propagande calomnieuse fut encouragé par Harry J. Anslinger, directeur du bureau des stupéfiants 1931 à 1962. Il alimenta la presse en histoires sadiques et sanglantes démontrant l'extrême danger du cannabis. Cette terreur aboutit en 1937 à l'adoption d'une loi draconienne: Le Marihuana Act. La prohibition du cannabis venait de remplacer celle de l'alcool (1919-1933). Il fallut attendre la décolonisation pour que les pays européens suivent la politique américaine. La Single Convention et ses suites, l'UNDPC et la War on drug mondialisent la prohibition du cannabis sans arriver à freiner l'expansion de sa consommation.


La renaissance du cannabis dans les contre-cultures d'après-guerre


Dans les années 1950, Henri Michaux apparut comme l'un des premiers penseurs des drogues et du psychédélisme (terme qu'il utilise dès 1955). cet intérêt se développa aux États-Unis, avec l'expérimentation de cannabis, LSD et psilocybine dans l'underground et les universités. Dans les années 60/70, la consommation de cannabis devient un phénomène de masse qui concerne surtout les adolescent et les jeunes adultes. L'utilisation du du cannabis se distingue des autres drogues (héroïne, cocaïne, amphétamines...) par son association avec le mouvement hippie. La route vers l'orient et la musique pop consacreront cette « drogue douce ». La consommation est alors synonyme de fraternité et de liberté, mais surtout de lutte contre les valeurs établies. En France, l'époque est marquée par la publication en 1976 dans le journal Libération de l'appel du 18 joint (voir ASUD 14, l'article de J.P. Géné).


Plus prés de nous


L'histoire contemporaine du cannabis est marquée par les nombreuses initiatives militantes, officielles ou culturelles pour normaliser son statut légal et social: depuis le Legalise It de Peter Tosh et des Rastas, jusqu'au récent retour du Shilum dans les tribes Goa, en passant par les scènes ouvertes du mouvement squat des eighties, Amsterdam devenu la Mecque du joint, les 577 pétards envoyés par le CIRC à nos députes, le combat pour la reconnaissance du cannabis thérapeutique, le chanvre global suisse mais aussi la tolérance zéro sarkosienne... En vingt cinq ans, le cannabis est devenu un fait social majeur. Nous poursuivrons donc l'évocation de cette histoire en construction dans notre prochain numéro.