Réduire Les Risques En Teuf
Benoît DELAVAULT
ASUD 29
Dépassant le seule prévention des risques encourus par l'injection (VIH, Hépatites) la réduction des risques en milieu festif s'efforce de s'adapter à l'évolution des consommations et d'aborder tous les types de risques liés à l'usage de drogues? Quelques conseils pour « bien consommer »ou tout au moins « consommer à moindre risques ».
Le contexte de consommation et l'état d'esprit dans lequel on se trouve au moment de la fête sont, tout d'abord, des facteurs prédominants. Il est, en effet, totalement illusoire de penser que le produit seul peut tout faire. Il est donc important d'apprécier l'ambiance de la fête et de se sentir bien. Être avec des gens de confiance est tout aussi essentiel: mieux vaut avoir des potes sur qui compter en cas de galère (bad trip, accident...).
Mythes et contrevérités.
Pour réduire les risques d'une consommation de produits en milieu festif, il est essentiel de s'informer sur les effets des produits et de connaître leur mode de consommation. Consommer ne suffit pas pour connaître l'ensemble des effets d'un produit, et ce constat à inciter les acteurs de la réduction des risques à informer les teufeurs au plus prés de leurs préoccupations.
Beaucoup de mythes et contrevérités circulent, en effet, en teuf. Comme, par exemple, celui de la cocaïne végétale qui serait moins dangereuse – parce que « naturelle » - que la « mauvaise » synthétique. Synthétiser de la coke serait, en fait, très difficile et couterait beaucoup plus chère. Il n'y a donc pas de synthé, et la végé n'est pas un produit bio. Le mythe des descentes « difficiles » ou d'effets indésirables (dépression, mauvaise humeur, mâchoires crispée) liées à la présence d'amphétamines dans l'ecstasy est aussi répandu. Or les analyses en laboratoire de nombreux comprimés collectés en teuf ont démontrer que la grande majorité des ectasies vendus ne contenaient pas d'amphétamines, et que les autres produits de coupe (souvent des excipients utilisés dans es médicaments) sont généralement anodins pour l'organisme. Des résultats qui permettent de comprendre que les effets dont on peut se plaindre sont donc pratiquement exclusivement dus à une consommation abusive.
Savoir ce que l'on consomme.
Certains médicaments vendus pour de l'ecstasy peuvent être relativement anodin en prise unique, sauf allergie grave et immédiate. Mais combinés à d'autres substances licites ou illicites, ils exposent le consommateur à des interactions malheureuse.
Les différences de dosage majorent également le risque spécifique lié à l'ecstasy: nos analyses* montrent ainsi que la dose de MDMA peut varier de moins de 10 mg à plus de 160 mg selon les comprimés. Or, les risques dépendent de la dose peut-être pas en ce qui concerne le risque de « mort subite » (syndrome d'hyperthermie-rhabdomyolyse, hépatites fulminantes, complications neurologiques...), mais certainement pour celui de décompensation psychologique.
Des produits à risques très différents (hallucinogènes, par exemple) sont, par ailleurs, vendus pour de l'ecstasy (DOM, 2CB, 2CT7, etc.). L'effet vécu n'est alors plus du tout le même que celui attendu par le consommateur d'une substance censée être de la MDMA, créant du même coup des risques de panique grave. Les effets de ces nouvelles molécules sont, de plus, très mal connus.
Sus aux mélanges.
Certains mélanges sont plus nocifs que d'autres. On sait, par exemple, que la consommation d'ecstasy associée à celle de speed est extrêmement neurotoxique. Le mélange avec l'alcool accroit, de même, considérablement sa neurotoxicité et les risques de malaises et d'accidents. L'alcool à ainsi une part de responsabilité dans plus de 90% des accidents et overdoses. Différentes stratégies de mélanges sont, par ailleurs, développés pour rechercher un effet particulier ou explorer de nouveaux états de conscience. Rappelons, là encore, que le contexte et l'état d'esprit de consommation peuvent primer sur les effets du produit lui même.
Accepter de redescendre.
A toujours vouloir monter plus haut, on risque de tomber très bas. Les premières montées restent uniques, et on a souvent tendance à chercher à retrouver ces premiers états de conscience; Le meilleur moyen de retrouver ces effets est de faire de bonnes pauses entre les prises, pour éviter de développer une trop grosse tolérance et reconstituer ses réserves de neuromédiateurs.
Il faut aussi accepter à un moment de redescendre. Rien ne sert de bouffer 15 tazs. A partir d'un certain seuil, qui diffère selon les personnes, le cerveau sature. La reprise de produit set à peine à maintenir un effet plateau qui « sent la fin ».
Et bien récupérer.
Même si cela peut sembler basique, manger et dormir sont les éléments les plus importants pour récupérer. De nombreux produits consomme ont une action coupe faim et sont stimulants. Il n'est donc pas toujours facile de remplir ces besoins primaires sans se faire un peu violence dans les jours qui suivent la teuf.
* réalisées dans le cadre de la mission XBT de Médecins Du Monde.
LES PRÉCAUTIONS D'USAGE SELON TECHNO PLUS
Renseigne-toi le mieux possible sur la qualité et l'effet du produit que tu achètes.
Évite de consommer si tu es fatigué, si tu as des problèmes cardio-vasculaires, d'hypertension, d'épilepsie, d'asthme, de tétanie; si tu as des problèmes psychologiques, de dépression; et pour les femmes, si tu es enceinte ou si tu allaites.
Si tu as décidé de consommer, fais le avec des gens de confiance, dans un contexte rassurant.
Fais attention aux doses. Les premières fois, ne prend pas plus de la moitié de ce qu'un habitué prend.
Sois vigilant sur le fait qu'avec certains produits, tu ne ressens plus la douleur.
Évite les mélanges entre produits, en particulier avec l'alcool.
Bois de l'eau régulièrement (mais pas trop d'un coup), fais des pauses, aère toi.
Lors de la descente, repose-toi, détends-toi, mange des produits vitaminés et sucrés. C'est moins risqué que d'en reprendre.
Si tu sniffes, utilise ta propre paille pour éviter la transmission des hépatites. Si tu shootes, utilise ta propre seringue (et qu'une fois) pour éviter la transmission des hépatites et du SIDA.
Évite d'avoir l'estomac plein (risque de vomissement).
Évite de prendre le volant et d'entreprendre une activité à responsabilité.
Évite de répéter l'expérience avant plusieurs semaines. Consommer trop régulièrement atténue une part des effets et augmente les risques lié »s à l'abus (dépression, angoisse, insomnie...)
Même très sur de toi, n'oublies pas la capote et prévois du gel lubrifiant.
Le kit de survie du teufeur
Un bloc de Post-It pour faire ses pailles soi même. C'est ludique et le papier à l'avantage par rapport aux pailles traditionnelles de ne pas risquer de couper nos fragiles muqueuse nasales. La paille doit être à usage unique pour éviter toute transmission du VHC. Le petit plus, c'est d'avoir de l'eau stérile pour se rincer le nez avant et après avoir sniffé.
Des préservatifs. Ce serait trop con de passer à coté ou de faire sans. Le gel lubrifiant a aussi toute son utilité dans ces situations: il lubrifie le préservatif, évitant ainsi la principale cause de déchirure. De plus, la consommation de produit peut entrainer un assèchement des muqueuse vaginales chez les femmes. Rappelons, à cet effet, qu'il existe un préservatif féminin encore sous-utilisé, alors que la grande majorité de ceux qui l'ont essayé en vante les mérites.
Des sucreries pour éviter l'hypoglycémie.
Des bouchons d'oreilles, surtout sur les teufs de plusieurs jours.
Et de l'eau.