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Kent Cokenstock



Last Updated: 11/26/2009

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September 28, 2009 - Monday 

Samedi 11 avril.



10h. Nous allons démarrer sensiblement tous les jours au même horaire. Fred Pallem est là. Antonin Leymarie aussi. Antonin est batteur ; il est venu avec tout un bazar qui va de la grosse caisse d'harmonie à la boîte en bois remplie de coquilles de moules. Beaucoup de temps perdu à tenter un son de batterie conventionnelle. C’est absurde et agaçant. Cela n'est pas du tout approprié aux chansons telles qu'elles sont conçues. Mais l’erreur est tellement humaine…

Il est 16h lorsque nous enregistrons enfin le play-back de UNE VILLE À AIMER, l'une des trois nouvelles chansons de l'album. Nous enchaînons avec AU REVOIR ADIEU qui baigne dans la même ambiance sonore que le précédent. Puis on tente ON A MARCHÉ SUR LA TERRE où Fred galère avec le son de sa Gretsch. On tourne le titre, mais bof…

 

Il est déjà 21h, je n'ai pas vu passer la journée. Je rentre chez moi, talonné par l’angoisse de ne pas y arriver. À la maison, je suis seul. Je revois un épisode du DÉCALOGUE de Kieslowsky : TU NE TUERAS POINT. Bizarrement la désespérance polonaise du film est tellement belle qu'elle calme mes états d'âme.

 

Dimanche 12 avril

 

Journée électrique. Mon Hagström Super Kent va vrombir toute la journée. Nous attaquons la séance avec DES ROSES ET DES RONCES. J'avais prévu de laisser faire ma partie de guitare à Ludovic Bruni qui n'arrive que demain. Or nous voulons aussi de la batterie sur ce titre. Il est donc nécessaire que je joue afin d'avoir un play-back cohérent. La chanson est vite mise en boîte, voix comprise. La nouvelle version est fort différente de l'originale. On dirait du psychobilly.

Nous enchaînons avec INOXYDABLE, titre symbolique dans PANORAMA. C'est la première chanson digne de ce nom que j’ai écrite après un mémorable concert de Doctor Feelgood à la Bourse du Travail de Lyon en 1975. J'étais sorti subjugué par le groupe. C'est en rejoignant ma banlieue sur ma Mobylette orange que m'est venu le riff d'INOXYDABLE totalement inspiré par l'incroyable jeu de guitare de Wilko Johnson. La version 2009 se fait à deux, batterie et guitare Super Kent. Minimaliste à souhait.

Nous restons dans ma préhistoire avec BETSY PARTY. Je n'ai pas rejoué ce morceau depuis 1982, depuis la fin de Starshooter. Trop représentatif du groupe, d'une époque, trop juvénile aussi. Il m'était difficile de le chanter sans sombrer dans la dérision. Le projet PANORAMA est un bon prétexte. BETSY sera chantée en duo avec Arthur H.

Pourquoi Arthur H ?

Je vous remercie de me poser cette question. Parce qu'en 1979, lors d’un concert de Starshoot' à Paris, Jackie Berroyer est venu nous dire bonjour dans les loges, accompagné d'un minot dont il avait la garde ce jour-là. Et ce minot, c'était Arthur. Arthur que j'ai un mal fou à joindre ces derniers temps car il est en tournée. Nous enregistrons le play-back sans les voix, Arthur ne peut venir que mercredi. Je m’amuse beaucoup durant la prise.

La journée se déroule très bien et nous avons largement le temps d'enregistrer CASH, chanson hommage à Johnny Cash. C'est un outsider sur l'album. Quelques jours auparavant Thierry Romanens m'a envoyé par mail l'adaptation musicale de ce texte que je lui avais fait parvenir, il y a bien longtemps, alors qu'il cherchait des paroles pour son prochain disque. J'ai voulu en faire une reprise illico.

Quand je dis que nous avons le temps, cela ne signifie pas que nous le perdons. Les heures sont fort remplies. Des amis nous rendent visitent que je salue brièvement sans quitter la cabine vitrée où je me trouve.

 

Il est 22h. Je passe chez Lilicub récupérer des vieilles boîtes à rythmes qu'ils me prêtent gentiment avant de partir demain en vacances en Inde. Il est fort tard lorsque je rentre à la maison.

 

Lundi 13 avril

 

Les jours se suivent et se ressemblent. Vu du ciel, une journée de studio n'a rien d'extravagant. Je commence à pester intérieurement sur les petits riens qui se répètent comme dans les vieux couples ou les familles. Une manie d'untel, un geste d'un autre qui, les premiers temps participent au charme de la personne et insidieusement deviennent des tares comme la poutre dans mon œil.

Je déteste l'artillerie téléphonique que l'on déploie pour soi-disant ne pas rater une urgence et qui, la plupart du temps, ne sert qu'à papoter façon mémère. Les ordinateurs connectés en permanence sur la vacuité du monde, les petites annonces musicales et les messages cybernétiques lancés à la manière des cancres du fond de la classe. Je crains en permanence que la concentration s'évapore et me voilà, à la fois artiste et contremaître, à surveiller la pendule des comptes à rendre et le pendule oscillant de l'inspiration. Cette crainte relève plus de la paranoïa que du réel. Elle s'adosse à l’évocation de mes débuts où la seule distraction possible en studio consistait en un lourd combiné filaire que l'on décrochait avec parcimonie pour ne pas troubler l'ambiance quasi mystique de l'enregistrement.

Aujourd’hui, cette appréhension n'a pas lieu d'être. Les idées fusent et chacun sait être à sa tâche en temps voulu. Exit Antonin Leymarie et sa brocante percussive, place à Ludovic Bruni et la vélocité arachnéenne de son jeu de guitare. Lorsque j'arrive au studio, une envolée d'accords de flamenco m'apprend que Ludo est déjà là. Le temps pour Fred de poser son pork-pie hat et son iPhone et nous voilà jouant en direct LOUIS LOUIS LOUIS, l'un des titres les plus faciles du répertoire. Ludo à la guitare électrique, Fred à l'acoustique, je peux chanter avec eux, sans me prendre la tête, ce drôle d'hommage à Louis Blériot.

Durant la pause déjeuner, Jil Caplan m'emmène dehors pour que j'interprète UNE VILLE À AIMER dans la rue, devant sa caméra, tel un beatnik d'un autre âge.

La journée commençait bien, mais lorsque nous entamons MOIS DE MAI, tout se barre en couille. Non pas par dissipation, ni par manque d'inspiration, au contraire. Profitant d'un moment d'inattention de ma part, Fred et Ludo sont partis dans une direction inattendue avec piano et guitare acoustique qui me laisse fort dubitatif. Le morceau perd son air de cabaret électrique et se met à ressembler à une chanson d'Higelin, période CAVIAR & CHAMPAGNE. Cela me rappelle de bons souvenirs, mais là n'est pas le propos. Après un long détour inutile, nous repartons sur la base d'origine. Ludo et Fred se partage les guitares rythmiques, je chante en direct et, dans un même élan, j’accomplis le solo du titre, mariage de la Super Kent et d'un ampli taillé dans un paquet de cigarettes.



Retour sur ON A MARCHÉ SUR LA TERRE pour voir si Ludo aurait des bonnes idées. Rebof… On revient ensuite sur LES ÉLÉPHANTS. De nouveau l'inspiration se bloque. Ma direction musicale ne parle pas à tout le monde. Fred et Ludo suggèrent une nouvelle piste. Bien que vexé par l'abandon de mon arrangement, je dois reconnaître que cette version est séduisante et qu'il vaut mieux profiter de l'effet de surprise qu'elle suscite pour bondir en avant plutôt que tergiverser. Nous l'enregistrons tel quel.

 

Il est 21h30 lorsque nous arrêtons. Je suis rincé, vidé par la tension et les remises en cause successives. Heureusement que les autres ne sont pas comme moi. Ni Fred, ni Ludo, ni Bertrand ont ma susceptibilité et les émotions à fleur de peau. Un caractère passionné, emporté, est un fauve imbécile qu’on porte dans un sac-à-dos, une bombe qui menace d'éclater à chaque minute pour un rien. Elle se croit nucléaire et dévastatrice, la plupart du temps, elle n'est qu'un pétard mouillé. Et c'est tant mieux.

Je dîne en faisant mon courrier électronique. J'envoie un mail à Suzanne Vega. Nous allons chanter ensemble JUSTE QUELQU'UN DE BIEN.


à suivre...


HISTOIRE D'UN PANORAMA EN VIDÉO:

http://www.kent-artiste.com/12videos/index.php

yves

 
Magnifique de pouvoir suivre la venue au monde d'un album. Est-ce que tu souvent eu des regrets d'avoir laissé ..é un morceau ou préféré une version à une autre?
Yves

 
Posted by yves on September 28, 2009 - Monday - 9:51 PM
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Kent Cokenstock

 
Il y a des dilemnes sur le moment, mais pas trop. La couleur de l'album se fait souvent d'elle-même.
Les regrets ont beaucoup de chance, c'est d'avoir connu ce qui suit.

;-) K.

 
Posted by Kent Cokenstock on September 28, 2009 - Monday - 10:00 PM
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Stéphane Czopek

 
Dans "Panorama", il y a "Rire en dedans" ?
 
Posted by Stéphane Czopek on September 29, 2009 - Tuesday - 9:04 AM
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Marco vous propose...
Marc-Antoine BIDON

 
Merci Kent pour ce roman de Panorama, ça me fait saliver avant la sortie de l'album et les concerts!
Marco

"C'est en rejoignant ma banlieue sur ma Mobylette orange que m'est venu le riff d'INOXYDABLE totalement inspiré par l'incroyable jeu de guitare de Wilko Johnson..."


 
Posted by Marco vous propose... on September 29, 2009 - Tuesday - 9:08 AM
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Alisarine Crimson

 
"Un caractère passionné, emporté, est un fauve imbécile qu’on porte dans un sac-à-dos, une bombe qui menace d'éclater à chaque minute pour un rien."
Phrase intéressante.



 
Posted by Alisarine Crimson on September 29, 2009 - Tuesday - 1:17 PM
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vivie-64-la paloise

 
Merci beaucoup de nous faire partager le "Making of " de "Panorama", mais surtout le récit qui l'accompagne est d'une beauté, on vit avec vous ces 3 journées !!!! merci , et dire que le 4 avril pour votre concert à PAU , on est parti comme des voleurs sans vous dire un mot .... en tout cas le 12 octobre ça sera une journée d'Embellie avec la sortie de cet album !!!! surtout n'oubliez pas PAU pour un concert  !!!!!

 
Posted by vivie-64-la paloise on October 4, 2009 - Sunday - 8:18 PM
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