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Le soleil se lève. Dan a démissioné la veille, en partant à 19h, après treize années passés derrière cinq bureaux, le cul posé sur cinq fauteuils différents. En rentrant chez lui il a quitté sa femme qui lui préparait un superbe dîner pour leurs cinq ans de mariage. Il est allé ensuite coller la première baffe à son fils de huit ans, avant de se faire frapper, de se laisser frapper par le nouveau mari de son ex-femme. Jusqu'à se retrouver une lèvre en sang, un oeil fermé, un poignet tordu et la peau brûlante, assis sur ce banc à contempler pour la première fois de sa vie un lever de soleil.
Il passe une heure à pleurer sans larme. L'heure d'après il passe sa main dans ses cheveux, et ouvre les yeux. Son regard baigne dans la lumière orange.
L'Orient jaillit comme un fleuve, La lumière coule à long flot, La terre lui sourit et le ciel s'en abreuve Et de ces cieux vieillis, l'aube sort aussi neuve Que l'aurore du jour, qui sortit du Très Haut.
Et des pleurs de la nuit, le sillon boit la pluie, Et les lèvres de fleurs distillent leur encens, Et d'un sein plus léger l'homme aspire à la vie Quand un esprit divin vient englober ses sens.
Notre terre éblouie du rayon qui la dore, Nage plus mollement dans l'élastique éther, Comme un léger nuage enlevé par l'aurore Plane avec majesté sur les vagues de l'air.
Les pointes des forêts que les brises agitent, Bercent l'ombre et la fraîcheur pour le choeur des oiseaux ; Et le souffle léger des ondes pures qui palpitent Parfume en s'exhalant le lit voilé des eaux.
Celui qui sait d'où vient l'aurore qui se lève, Ouvre ses yeux noyés d'allégresse et d'amour, Il reprend son fardeau que la vertu soulève S'élance, et dit " Marchons à la clarté du jour ! "*
Le reste du jour, il marche. Il ne regarde pas la route et avance. Il change de ville, change de coeur. Il joue avec un vieux bouton de chemise retrouvé au fond de son pantalon. Et en marchant, il bute sur un trottoir d'où il entend un homme chanter son âme.
A l'ouest, lorsqu'il se retourne, il voit son premier coucher de soleil et ne prête plus d'intérêt à rien.
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*Un lever de soleil, A. de Lamartine
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