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LE HARCELEMENT MORAL : un combat déloyal Une cible seule peut-elle obtenir justice?

Charles

Charles Marsan


Last Updated: 11/8/2009

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Victimes « sans bourreaux »

 

Le harcèlement psychologique (ou moral) est l'une des pires injustices qui persistent dans nos sociétés. Plusieurs auteurs prétendent aujourd'hui que les cibles de harcèlement moral sont dans les faits torturées avec des procédés semblables à ceux utilisés dans les régimes totalitaires. La condition des victimes parle d'elle-même…

 

par Charles Marsan

 

Le psychiatre Yves Prigent, auteur du livre : Face au harcèlement moral1 (2007), affirme que : « Les conséquences du harcèlement moral sur la victime ne sont pas de l'ordre du chagrin, de la colère, de la peine, de la contrariété, de la fatigue, de la dépression comme il en est en cas de travail pénible, de pressions, voire d'agressions caractérisées. Le harcèlement moral est un traumatisme au même titre que :

– D'autres formes de torture : en particulier les tortures morales opérées dans certains régimes totalitaires sous le nom de « lavage de cerveau ». Ces procédés ne tendent pas à détruire physiquement une victime, mais à lui faire perdre la confiance dans ses croyances, ses capacités, ses certitudes.

– Des situations graves et imprévisibles comme les prises d'otages, les attentats, les détournements d'avion. Ces situations ont en commun qu'elles se produisent de façon imprévisible et qu'elles entrainent une véritable effraction psychique.

Selon le Dr Prigent, les symptômes des états post-traumatiques, surtout connus depuis l'abondance des victimes du terrorisme, se rencontrent dans les vrais cas de harcèlement moral. Installant les victimes dans un état permanent de perplexité et d'hésitation; de rumination et obsessions sur la situation traumatisante. Il y a perturbation de la pensée : le sujet ne parvenant pas, malgré ses efforts, à chasser de son esprit cette situation, comme si elle devait se reproduire immédiatement. Cela évolue vers des troubles du contact : la victime ne cherchant plus à entrer en relation avec quiconque. « Elle se maintient enfermée, parfois elle ne quitte plus sa maison, ni même sa chambre, ni même son lit… » La guérison est toujours très longue et peut se faire vers des « modifications durables de la personnalité, des dépressions chroniques résistantes, ou même des organisations de type paranoïaque ».

Ariane Bilheran, docteure en psychologie clinique de l'université de Provence, propose la définition suivante2 : « le harcèlement vise la destruction progressive d'un individu ou d'un groupe par un autre individu ou un groupe, au moyen de pressions réitérées destinées à obtenir de force de l'individu quelque chose contre son gré et, ce faisant, à susciter et entretenir chez l'individu un état de terreur ». Le harcèlement moral (expression adoptée en Europe), par contraste au harcèlement physique, n'agit que sur la composante psychique d'un individu. Et ce, malgré que la composante sexuelle du harcèlement sexuel soit toujours présente dans le harcèlement moral qui s'attaque à l'intimité du harcelé. Dans nos sociétés démocratiques, les autres formes de harcèlement (sexuel et physique) étant sévèrement punies, le harcèlement moral (HM) est une voie détournée, moins visible, pour arriver à la même fin : « détruire un individu ». Il s'inscrit dans la durée et inclut la répétition, détruisant « à petit peu ». On le voit dans le couple autant qu'au travail.

Les victimes

Aucun auteur n'a trouvé de composante pathologique typique aux harcelés. Cependant, des traits de personnalités prédisposent au harcèlement. Selon Ariane Bilheran, la victime typique est un individu qui se distingue du groupe, souvent par des aptitudes et un charisme remarquables. Ces qualités peuvent susciter de la frustration dans son entourage. Il s'investit beaucoup dans son activité professionnelle, agace par sa gentillesse, son écoute, sa disponibilité, son humour et sa vitalité. Tous s'entendent pour dire que les victimes de harcèlement moral s'avéraient être « très bien dans leur peau » et avant tout : autonome.

On a d'autant plus de mal, déclare le Dr Prigent, à repérer le harcèlement moral, puisqu'il s'agit presque toujours d'un phénomène sournois, caché. Dans l'agression classique, l'agresseur « s'avance » de manière visible et clairement hostile. On voit généralement d'emblée où « il veut en venir ». Le harcèlement moral, lui, s'organise de manière subtile et longtemps inapparente.

Le docteur Prigent résume que : 


La violence est sourde, muette et aveugle […] peu visible et perceptible, même pour la victime elle-même, pour l'entourage immédiat […] Le pervers n'entend pas le langage de la raison ou du cœur; il ne voit pas la réalité de son interlocuteur. L'acte pervers ne tend pas à nuire utilement, mais à détruire absolument. Le pervers est donc un prédateur.

Quelques caractéristiques du comportement pervers

Comme son étymologie l'indique, le pervers (celui qui harcèle) retourne catégoriquement les situations. À l'image des forces démoniaques qui visent à pervertir une jeune vierge, le pervers tente de transformer le bien carrément en mal. On dit qu'il manipule en ce sens qu'il utilise les gens comme de véritables objets qu'il déplace avec la main. On parle de l'instrumentalisation des personnes. Ses communications sont obscures, ambigües, contradictoires dans le but d'assurer son emprise sur sa victime d'où elle est incapable de se dégager pour agir selon ses propres désirs. Il s'agit, pour lui, d'unir (convaincre) les autres pour exécuter le « travail ».

On dit que les victimes se trouvent « KO debout » en ce sens qu'elles ne comprennent aucunement ce qui leur arrive. Le pervers ne s'attaque pas à ce que fait sa victime, mais à ce qu'elle est : sa confiance, ses croyances, ses capacités, ses certitudes. Il y a ainsi toujours atteinte à sa personne par dépouillement de son honneur et de sa dignité. Aussi, le pervers agit toujours de façon imprévisible, ce qui empêche la victime d'élaborer un mode de défense, de se faire une idée, de savoir « sur quel pied danser ». Le docteur Prigent note que les pervers se plaignent à l'entourage de leurs victimes, à leurs supérieurs, afin de les isoler selon la technique habituelle du prédateur : « le loup qui isole un mouton du troupeau ».

Le rapport avec les régimes totalitaires, selon docteure Bilheran.

 

Le fonctionnement des systèmes totalitaires peut nous renseigner sur les mécanismes psychologiques à l'œuvre dans le harcèlement moral. Le harcèlement moral est un procédé totalitaire, à l'aulne duquel peut se mesurer le degré de démocratie d'une société donnée […] Tout d'abord, le pouvoir du système totalitaire se fonde sur l'usurpation, et non la compétence : ce sont bien davantage les manœuvres stratégiques à s'emparer du pouvoir que la compétence à gouverner qui caractérisent un pouvoir totalitaire […] La finalité d'un pouvoir totalitaire est de soumettre ses sujets inconditionnellement, par l'orchestration progressive d'un savant « lavage de cerveau ». Faute de soumettre certains récalcitrants qui auront conservés autonomie de penser, il s'agira de les anéantir.

 Qui pourrait témoigner de cette réalité?

Pour mettre ces notions en contexte, j'ai cherché des victimes dans Internet, ce qui m'a mené à Marie-France Cordeau, auteure du livre Le harcèlement psychologique au travail3. Elle s'occupe aussi d'un espace où communiquent une cinquantaine de victimes québécoises. Elles se servent de cette plateforme pour s'entraider et s'encourager, se transmettre des informations, s'échanger des contacts. C'est une association anonyme contre le harcèlement. L'une des responsables, billesnoires, m'a parlé de quelques victimes dont Paul : une cible qui lutte depuis 2005 pour faire reconnaitre son cas de HM. Je l'ai rejoint et on s'est rencontré à Beloeil.

Paul est un colosse brillant et drôle. Un gros nounours qui ne me semblait pas avoir le profil d'une victime brisée par le harcèlement. Une bonne poignée de main, le regard vif, sensible, le gaillard m'attendait dans le restaurant où on avait rendez-vous. Il s'informait de moi, me demandait si je connaissais l'endroit. « Je suis très heureux qu'un écrivain, enfin, s'instruise du harcèlement moral » m'exclama-t-il. Il s'intéressait à mon article… me demandait quels auteurs, j'avais lu, vérifiant de sorte si j'étais assez informé pour l'entendre.

On prend une table dans un coin tranquille. Je lui demande : parlez-moi un peu de vous, ce que vous avez fait jusqu'ici : « Je suis né en 66, j'ai fait mes études élémentaires, secondaires et mon CEGEP dans le 450. Depuis tout jeune, je rêvais d'avoir une profession libérale, comme mon père, un emploi lucratif où ce serait moi le patron. J'ai toujours aimé l'école, les filles surtout et la biologie. J'ai fait un Baccalauréat en sciences puis une maitrise et un doctorat. Disons que j'ai réalisé une belle carrière dans la profession de mes rêves. J'ai eu trois enfants et j'étais heureux et très bien installé. Pendant ce temps, un harcèlement s'est développé dans ma vie, et je me suis retrouvé accablé, tout seul, à la rue. J'ai été victime d'une terreur inouïe ».

 Comment avez-vous compris ce qui vous arrivait?

 « Tout le problème, c'est qu'il est impossible pour une victime de prévoir ce qui va arriver. Tout est fait pour que personne ne comprenne. Au début, je ne savais pas contre qui je me battais! Je n'aurais jamais imaginé, seul, qui orchestrait le harcèlement. Tout s'est éclairé, lorsque je suis tombé sur le livre de Marie-France Hirigoyen : « Le harcèlement moral4 ». Ça a été l'un des plus grands jours de toute ma vie! C'était en octobre 2005.

« Toutes les situations de ma vie que je ne comprenais pas étaient écrites là, noir sur blanc. Avec des mots précis, des concepts clairs. Malgré mon instruction et ma curiosité, je n'avais jamais entendu parler de ça. Ce livre faisait de ma situation une seule et simple image. Le méga casse-tête pour lequel je voulais mourir devenait alors clair et logique! Mon harceleur était un pervers, et moi : sa cible qu'il a voulu éliminer à tout prix. La dépossession et même la réification des victimes. L'entreprise de destruction des cibles! Je saisissais alors, d'un tout, ce qui s'était passé ».

Donnez-nous des exemples!

« Deux de mes trois résidences m'étaient extorquées par des personnes qui m'ont demandé de l'aide. Mes véhicules, par des carrossiers et garages de mécanique. Des réparations qui devaient prendre quelques jours ont pris plusieurs mois! Aussi par des saisies et procédures abusive. On abimait mes biens les plus chers. On a détruit des dizaines de toiles que j'avais peintes. On m'a volé des tas de poèmes originaux. On provoquait des accidents où je me trouvais responsable! C'est facile de créer une coalition contre un individu, quand celui qui lance l'attaque est riche et puissant. Surtout au Québec, avec un peuple asservi donc « coopératif ». En 1999, mon ordre professionnel m'a accusé d'être toxicomane suite à la plainte d'une amie. Je n'avais jamais été accusé d'une seule faute professionnelle en onze années de pratique! Ça m'a pris trois années pour obtenir justice et faire cesser ces atteintes à ma réputation et ma vie privée. Vous pouvez consulter les dossiers, c'est public! On m'a accusé dans des poursuites criminelles pour trafic de drogues. Tenez, regardez cette poursuite : LA REINE contre moi, 71 pages! On a fabriqué ces preuves. Par exemple, ici, à la page 33, c'est une fausse facture… C'était tout arrangé pour procéder sans moi. Je n'étais rien dans tout ça, je ne devais même pas prendre connaissance de ce précis judiciaire. On a essayé de faire de moi un criminel alors que ma profession me rapportait plus de 300 000 $ par an, honnêtement. Quand on ne connait pas le HM, ce que je vous dis là, c'est impossible! Vous devez penser alors que je suis fou! Le harcèlement individuel, c'est vraiment fou! Le pire, c'est que dans cette chasse aux sorcières plusieurs associés (es) ont été là pour me porter préjudice. Parjurer. Me voler! Me baiser! »

Vous parlez de harcèlement individuel, y'en a-t-il plusieurs sortes?

« Je vous invite à lire l'article « Petits meurtres entre amis5 » dans la revue Piste UQAM, en 2005, il est sur la toile. Marie Grenier-Pez traite des différentes formes de HM ».


Selon le Conseil économique et social, Paris, 2001 : « Dans le harcèlement individuel, le harcèlement est intentionnel, vise à humilier, détruire l'autre et à valoriser son pouvoir social ou personnel. L'instrumentalisation des individus et des instances par ces personnalités retarde ou rend impossible la reconnaissance des agissements délictueux, tant leurs procédés peuvent être hostiles, subtils et redoutablement efficaces, surtout face à des individus fortement investis dans leur métier ».

« J'ai été la cible d'une forme de harcèlement qui utilise les individus et les instances, cela durant plusieurs années, dans le but clair de me détruire. On voulait que je me suicide, enfin! Je le comprends. Les agissements ont été délictueux, les procédés hostiles, subtils et redoutables. C'est incroyable ce dont il est question ici ».

Comment vous êtes-vous aperçu que quelque chose ne fonctionnait pas?

« Plein de choses! C'est un peu comme dans le film de Jim Carey : « Le show Truman ». Les évènements sont arrangés avec le « gars des vues » et à un moment donné on se met à faire des expériences (vérifier les choses). On s'aperçoit alors que ça ne tourne pas rond. Par exemple : J'avais laissé une de mes résidences à une nouvelle comptable, qui (avec mon gérant de banque) me disait que mon entreprise était mal administrée. Bref, j'engage cette comptable qui m'offre d'habiter une maison que j'avais à louer, avec ses trois enfants. Mes équipements étaient tous payés et mon crédit était R1 (parfait). Or, à la fin août 2003, je passe « chez moi » et je trouve les deux plus jeunes enfants de ma comptable, seuls, elle n'était pas là. C'était bizarre! Je cherchais quelques papiers et trucs informatiques à moi, les deux jeunes étaient là, comme de vrais zombis. Je vérifie l'endroit, je tape sur les lits, la poussière lève! Je bouge la vaisselle, elle était là depuis des semaines. Ma maison était abandonnée! Les enfants avaient été mis là, au cas où je passerais. Pourquoi ce jour-là? Parce que je venais tout juste de reprendre possession d'une automobile. À ce moment-là, je me suis aperçu que c'était menaçant. Cette femme m'a mis en faillite en moins d'une année! J'associais alors de nombreux méfaits, je voyais bien qu'il s'agissait d'un vrai complot. Par la suite, quand j'ai commencé à « allumer », c'est devenu ouvertement violent… »

Marie France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste, auteure du premier livre intitulé « le harcèlement moral3 », traduit en 27 langues, en 1998, explique dans son ouvrage que :

 

Résister à l'emprise, c'est s'exposer à la haine. À ce stade l'autre qui n'existait que comme un objet utile, devient un objet dangereux dont il faut se débarrasser par n'importe quel moyen […] Tout ce qui existait déjà de façon souterraine apparaît désormais au grand jour. L'entreprise de démolition devient systématique […] Il ne s'agit pas d'amour qui se transforme en haine comme on tend à le croire, mais d'envie qui se transforme en haine […] on peut même parler de haine de l'amour pour décrire la relation perverse […] Lorsque la haine s'exprime franchement, c'est avec le souhait de la destruction, de l'anéantissement de l'autre.


À quel point violent?

 

« La vraie violence a commencé quand j'ai parlé de complot. J'associais actes criminels et dessein déprédateur contre moi. Le lendemain, on m'a fait enfermer de force en psychiatrie, de toute urgence, en bafouant tous mes droits. J'ai été retiré de la circulation et la coalition qui s'est alors alliée contre moi avait tous les moyens. Ma réalité dépassait la fiction! Le 12 sept. 2003, on prétendait que j'étais suicidaire, on a voulu vérifier, par une évaluation psychiatrique, ma santé mentale. J'ai participé à la procédure qui ne devait durer que deux jours tout au plus ».

Comment ça s'est passé, ils ont dû vite voir que vous n'étiez pas fou!

        « Au premier hôpital, à Greenfield Park, j'explique à deux psychiatres que je suis la victime d'un complot, que mes maisons sont extorquées. Je leur explique tout. Que je ne sais pas trop qui me veut du mal! Que je ne suis pas un malade! Mais « un putain de pro, moi », voyons! (sic). Dans la requête pour la cour, il est écrit (pour justifier l'urgence) que je consomme « deux onces de cocaïne par jour »; or, je n'ai pas de cocaïne dans le sang! Je fraternise avec les fous de la place. Le lendemain matin on me transfère à Châteauguay. On me remet toutes mes choses, j'avais trois miles dollars sur moi, notamment. Or là-bas, on me laisse dans une grande salle commune, à environ quinze mètres de l'entrée des ambulances. Pendant environ 36 heures! Imaginez! On espérait que j'allais m'évader (c'était très facile) et que leur chasse allait se poursuivre de plus belle. Mon pervers savait alors que j'associais de graves méfaits contre son équipe; or pour lui, je devais être « retiré du jeu ». On m'a ensuite enfermé à double tour dans un endroit sécurisé et on m'a médicamenté comme un vrai zombi, moi-même ».

Qu'est-ce que vous avez fait? Comment êtes-vous sortie de là!

« J'ai menacé la direction de l'hôpital où j'étais interné, de les poursuivre, le 16 septembre, avec un nouvel avocat, Me Pierre Beaupré, spécialiste en habeas corpus. Il n'avait jamais vu ça, un individu comme moi dans une situation pareille. Pourtant, il faisait ça depuis des décennies. Le 18, on m'a laissé partir. Si j'avais connu les travaux de Heinz Leyman sur le « mobbing », j'aurais compris! Mais là, je ne le pouvais pas. Un complot contre moi, oui, mais pourquoi donc? Je ne pouvais l'expliquer. On me faisait croire que tout était normal. Pour vous résumer, on a orchestré contre moi vingt-quatre recours civils, trois poursuites criminelles et deux en droit disciplinaire (voici la liste avec tous les numéros de causes). On a demandé ma radiation de mon ordre professionnel pour sept années! Cela, malgré que je leur aie produit une défense de cinquante pages, la voici, où j'énonce toutes les incohérences. Tout ça sur de fausses preuves et des parjures. On se foutait de moi, comme si je n'existais pas! C'est évident que j'ai été victime de harcèlement moral et que je n'ai eu aucune chance de m'en sortir ».

Comment avez-vous alors réagi?

« En sortant de l'hôpital, j'ai viré mes avocats qui, ça devenait évident, avaient comme mandat de me faire condamner dans mes causes. Professionnelles (afin de me retirer mon travail) et criminelles (pour le justifier). J'ai alors exigé, par une plainte à Me Comeau, syndic du barreau de Montréal, de prendre possession du précis judiciaire qu'on me cachait depuis avril (dossier que j'ai finalement eu le 3 novembre 2003). Juste ça, c'est invraisemblable. Ce qui m'a donné confiance, c'est quand j'ai réussi à obtenir un arrêt des procédures dans la cause criminelle 2002-MSTP-4978, le 8 septembre 2004, à Longueuil. Savez-vous ce que ça prend pour faire ordonner un arrêt des procédures en droit criminel? En tout cas, il ne faut pas être fou! Sachez qu'on m'a radié avant même que j'aie pu démontrer l'illégitimité des procédures en droit pénal. On avait fait témoigner des complices, subito presto, devant le comité de discipline, pour me retirer mon travail. Cherchez! Jamais un professionnel n'est jugé en droit disciplinaire (pour les mêmes accusations) avant que ne soit terminé son procès criminel! Un autre fait étant que jamais il n'y a eu de rapport psychiatrique de déposé dans cette affaire alors que la procédure l'ordonnait (dans les sept jours). Ça, ce n'est que le début de la violence. Le pire s'est déroulé après que j'aie déposé une plainte contre les policiers. Alors, on a tout fait pour me reprendre ces preuves. Là, j'étais en état de choc!

Qu'est-ce que tu veux comprendre? Tu fais tout pour faire plaisir et être aimé dans la vie, vraiment tout (je suis un sacré bon gars, vois-tu), et tu te rends compte que ceux en qui tu avais le plus confiance se retournent contre toi, même les membres de ta propre famille qui alors se servent de leurs pouvoirs légaux pour t'enfoncer encore plus creux. J'aimerais vous parler d'amour, mais, ici, c'est de haine qu'il est question. Cette haine collective, ouverte et effrontée, pour moi, c'est ça l'enfer! Soit que ça te rend très fort, soit que ça te tue. Ça dépend comment t'es constitué ».

À la question : pourquoi donc cette haine? Ariane Bilheran répond :

Parce que la présence du futur harcelé est devenue insupportable, tant elle réveille de frustrations et d'envie. Parfois, le futur harcelé est ce que la personne haineuse aurait souhaité être et qu'elle n'est jamais parvenue à devenir. Cette partie sacrifiée d'elle-même se retrouve dans cette haine en miroir : le futur harcelé devra être éliminé pour que le psychisme de l'autre retrouve son précaire équilibre […] Presque toujours, le harcelé dit rétrospectivement : « mais je ne lui ai rien fait, pour qu'il/elle me harcèle! » Eh bien, non, justement : il a simplement été lui-même, et surtout, n'a pas envisagé que tant d'envie et de haine puissent être corrélées sur sa petite personne, lui qui est si autonome.

Qu'est-ce qui est alors le plus difficile à supporter?

« En plus du fait d'avoir été trahi, isolé et violé dans mon intimité, l'idée généralement admise qu'une victime ne peut être innocente est intolérable. Cela fait en sorte que le HM se perpétue. Tout est arrangé pour qu'on nous croie responsables de ce qui arrive. Le piège élaboré est très bien calculé. Les gens te disent : « Tu dois bien savoir pourquoi on te fait ça, ti-Paul! » « Ne viens pas me dire que t'es blanc comme neige »! « Si on ne connait pas le HM, on se trouve dans un véritable cul-de-sac ». Il est reconnu que dans le harcèlement moral la victime est victime parce qu'elle a été désignée par l'agresseur. « Elle est, en tant que victime, innocente du crime pour lequel elle va payer » affirme Marie-France Hirigoyen. Elle est ciblée parce qu'elle est devenue gênante. Lorsque j'en ai parlé à Paul, il m'a répondu : « Tellement, Charles, que je comprends très bien ceux et celles qui se suicident, suite à du harcèlement ».

À ce propos Ariane Bilheran soutient que :

L'une des issues les plus radicales et « efficaces » du conflit est le suicide. Il n'est pas rare qu'une situation de harcèlement moral conduise au suicide, dans lequel la victime aura vu la seule délivrance possible de sa souffrance […] Le suicide est une issue logique du harcèlement moral, car le harcelé en vient à éprouver le sentiment de son inutilité, de son incompétence, de sa nullité. La perte d'estime de soi est l'un des nœuds du harcèlement moral. Dans un système où l'on fait croire à l'individu qu'il est non seulement inutile, mais indésirable, si personne ne prend clairement sa défense, et si la victime n'a pas une force psychique peu commune, il est évident qu'elle va droit au suicide. C'est en cela aussi que les témoins, ceux qui sont souvent des complices passifs, sont gravement responsables […] Le suicide est d'une efficacité redoutable pour poursuivre les finalités du harcèlement moral : tout d'abord, le harceleur se « débarrasse » du harcelé, et ce, sans paraitre avoir agi dans ce sens (les mains propres) […] Pour le harceleur et son entourage complice, le suicide est l'issue la plus souhaitable du harcèlement moral : la victime ne parlera plus, elle s'est auto-supprimée, dédouanant ainsi de toute responsabilité ceux qui l'ont acculée à ce suicide.

 Le vrai combat en est un de reconnaissance des victimes

Sans avoir authentifié toutes les preuves que m'a laissées Paul, je peux comprendre qu'il soit difficile, voire impossible, de reconnaitre des faits tels qu'énoncés. Ariane Bilheran prétend toutefois que : « On ne peut travailler à la prévention sans réparer les victimes actuelles » :

Tout d'abord, il s'agit de reconnaitre les victimes ainsi que les horreurs qu'elles ont vécues. À la lésion sociale doit se substituer la reconnaissance sociale. Cette reconnaissance sociale est nécessaire pour la réhabilitation de celui qui a été banni d'un groupe. Ensuite, il s'agit d'un besoin de justice. La justice doit avoir la latitude et le devoir d'intervenir comme autorité morale garante de cette réintégration sociale. Toute agression réclame restauration, et cette restauration est tout aussi essentielle pour les harcelés que pour n'importe quelle autre victime d'agression.

Cette reconnaissance sociale porte, cependant, ses conséquences. Car, admettre les faits du harcèlement individuel, c'est reconnaitre des crimes perpétrés par l'État : des abus des forces policières, un non-respect, souvent odieux, des valeurs juridiques fondamentales…, l'incitation au suicide!

Ces sinistres propos se trouvent, à point, à l'ordre du jour, puisque, du 4 au 6, juin prochain, se tiendra à l'UQÀM la 6e Conférence internationale sur le harcèlement psychologique / moral au travail. Des dizaines de chercheurs internationaux, spécialistes de cette question, viendront présenter leurs travaux lors de cette activité biennale qui se tient pour la première fois en Amérique. Des juristes, des psychothérapeutes, des membres des syndicats, des professeurs... y participeront et... Paul aussi!


Pour informations : http://www.bullying2008.uqam.ca

http://www.bullying2008.uqam.ca/documents/programme_preliminaire.pdf

Bibliographie

1 PRIGENT YVES, Face au harcèlement moral, Desclée de Brower (paris), 2007, 80 p.

2 BILHERAN ARIANE, Le harcèlement moral, Armand Colin Collection 128 (Paris), 2006, 127 p.

3 MARIE-FRANCE CORDEAU, auteure du livre : Le harcèlement psychologique au travail, Éditions JCL (Chicoutimi), en 2004, a créé une liste d'envoi pour rallier les victimes au Québec (forum pour victimes seulement).

4 HIRIGOYEN MARIE-FRANCE, Le harcèlement moral, Pocket (Paris), 1998, 252 p.

5 GRENIER-PEZ MARIE, « PETITS MEURTRES ENTRE AMIS » Approche psychosomatique et psychodynamique du harcèlement moral au travail, Site web : http://www.pistes.uqam.ca/v7n3/articles/v7n3a3.htm, Revue Pistes UQAM, volume 7, no 3, novembre 2005.

L'original de cet article est en ligne sur le site de Centpapiers.com

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Je vous invite à lire cet excellent article sur le problème ici présenté.
http://www.centpapiers.com/Mythe-scientifique-et-destruction,3605

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